30.09.2007

Séparation éphémère

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Larmes de tristesse sillonnant trois petits visages innocents
Coeurs en détresse derrière une vitre, regards attendrissants
Cherchant le réconfort de leur adorable papa affectueux
Séparation éphémère de l'être le plus merveilleux

Trois petites têtes blondes arborant un dernier sourire
Avant le départ, témoignage d'un amour sincère et pur
Pour ce papa unique, heureux de le voir rire
Âmes apaisées, regards illuminés d'un bleu azur

Pincement au coeur de voir ces êtres chéris éloignés
Envie de sentir près de lui ces petits anges adorés
De les serrer dans ses bras pour les cajoler et les aimer
Âmes rassurée à l'idée de les revoir dans un décor coloré

Larmes séchées à l'approche de leur nouvelle demeure
Début d'une nouvelle ère, instant d'éternels bonheurs
Étreintes infinies, cascade de câlins, fin de la souffrance
Petits êtres adorables comblés par leur existence

Celle d'avoir un papa plein d'attentions
Toujours là pour soigner leurs maux par son affection.

Coeur et raison

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Ma raison me parle, me dit de faire attention
Alors que mon coeur s'emballe, il est en ébullition
Des émotions incontrôlables qui pleuvent à foison
Qui écouter ? Mon coeur ou ma raison ?

La raison du coeur est bien plus douce que celle de l'esprit
Elle me plonge dans un univers plein de vie,
Celui des sensations, des sentiments,
Des émotions que je savoure douloureusement ou tendrement

Le coeur : le foyer des tourments et de la confusion
Le centre de la perturbation et de l'agitation
Un brasier d'étourdissements et d'ébranlements
Le pôle de l'effarouchement et de l'affolement

Cette anarchie des sentiments est nécessaire à mon équilibre
Elle me fait vibrer et vivre
Donne un sens à mon existence,
Douleur et bonheur sont une alliance

Que je ne voudrais pour rien au monde effacer
Car elles construisent ma personnalité.

CORINNE VOMSCHEID

Cendre printanière

A l’heure solennelle où volent les parterres,
D’une étrange bise automnale aidant le vent,
La mélancolie s’empare des feuilles à terre…
Leurs redonne un ultime sentiment d’enfant.

Rougissante telle une future mariée
Se sublimant telle une future mère
Et s’affirmant ainsi qu’un puceau initié
Ta présence sincère effleure nos prières

A l’heure sensuelle où s’enflamme les pétales
D’un panaché osé tel l’aurore en été
La nature nous susurre son envie vitale
Célèbre souffle des artistes dépités

Volant ainsi qu’une couleur héroïne
Filles de la flore, telle une voix connue
Tu distille ta vie tel une frêle épine
Insinuant un poison dans nos têtes nues

A l’heure éternelle d’un coup de foudre rouge
J’admire à travers ces éblouissants indices
La présence d’un sphinx, quand tes prunelles bougent,
Mélancolie, preuve d’un automne d’épices


RONAN

Douce tendresse

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J'ai croisé un être de lumière et de soleil, un ange
Ses ailes se sont déployées pour venir à moi
Sur une toile particulière il s'est imposé tel un roi
Naissance d'un étrange sentiment né de ces échanges

Cris du coeur éclosion d'une affection exaltante
Métamorphose d'une amitié en un amour envoûtant
Emplissant nos coeurs d'une vague de passion
Sensations inédites, flot d'intenses émotions

Flamme étincelante dans nos yeux pétillants
Bien-être illuminant nos coeurs embrasés
Battements de coeur incontrôlables, sentiments enivrants
Désir puissant d'un immatériel baiser

D'une main simplement posée sur mon coeur
Transmission d'une énergie nacrée de chaleur
Celle d'un ange prodigieux descendu des cieux
De ses ailes me couvre de bonheur, instant merveilleux

Éclairant nos âmes d'une joie renversante
Nous baignant dans une félicité scintillante
Nos deux moitiés sont immortalisées pour l'éternité.

Apparition céleste

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J'ai croisé un être de lumière et de soleil, un ange
Ses ailes se sont déployées pour venir à moi
Sur une toile particulière il s'est imposé tel un roi
Naissance d'un étrange sentiment né de ces échanges

Cris du coeur éclosion d'une affection exaltante
Métamorphose d'une amitié en un amour envoûtant
Emplissant nos coeurs d'une vague de passion
Sensations inédites, flot d'intenses émotions

Flamme étincelante dans nos yeux pétillants
Bien-être illuminant nos coeurs embrasés
Battements de coeur incontrôlables, sentiments enivrants
Désir puissant d'un immatériel baiser

D'une main simplement posée sur mon coeur
Transmission d'une énergie nacrée de chaleur
Celle d'un ange prodigieux descendu des cieux
De ses ailes me couvre de bonheur, instant merveilleux

Éclairant nos âmes d'une joie renversante
Nous baignant dans une félicité scintillante
Nos deux moitiés sont immortalisées pour l'éternité.

La catastrophe de 2102

1. L'expérience


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Octobre 2099

Les rayons du soleil pénètrent à flots par l'unique petite ouverture d'une salle carrelée, baignée d'une lumière fluorescente d'un blanc bleuté. Le long des murs, on aperçoit des tuyaux et des négatoscopes ainsi qu'un assortiment d'instruments en tout genre. Il s'agit de la salle réservée aux trois caissons d'hibernation dans lesquels baignent des êtres humains dans de l'azote liquide. Parmi ces corps repose Abel, le frère jumeau de Lauren, une jeune femme de trente-sept ans, médecin-chercheur à l'institut des traitements expérimentaux depuis une dizaine d'années. Elle observe son frère, le regard perdu dans le vide, l'air songeur. Souffrant d'un mal incurable qu'il a contracté lors de son voyage spatial, les jours d'Abel sont comptés. Le professeur Hebbingen et Lauren, sa collaboratrice, ont décidé de tenter sur lui en février 2091 une toute nouvelle expérience, celle de la cryogénisation. Il s'avère qu'Abel est le cobaye idéal pour ce genre d'expérience en raison de ses origines biologiques extraordinaires. Il se trouve dans ce caisson en verre depuis presque dix ans, en attendant que sa soeur découvre le remède qui le guérira de ce mal. Lauren se demande aujourd'hui s'il sortira un jour de cet état d'hibernation. Pour le moment, le vaccin qui le guérira définitivement, n'a pas encore été trouvé.


Lauren quitte son frère, il se fait tard, elle a encore des analyses à faire dans son laboratoire. Elle rejoint le monde extérieur, l'air est étouffant. Elle se tamponne le front avec une serviette imbibée d'un produit lavant. Elle transpire à grosses gouttes, la température est caniculaire pour un mois d'octobre, il fait 35°C, une chaleur exceptionnelle pour cette période automnale. Heureusement que les intérieurs sont tous équipés de climatiseurs ! se dit-elle en sentant cette chaleur la saisir brutalement. Quelle merveilleuse idée, les batteries d'extracteur de potentiel zéro ! Elles sont bien plus écologiques que l'énergie nucléaire de la première moitié du vingt et unième siècle !
En regagnant sa voiture électrique, elle se remémore sa conversation de la veille avec Lucy, la femme d'Abel. Celle-ci est une jeune femme d'une trentaine d'années aux cheveux bruns coupés courts et aux yeux noisette d'une lueur jaune cuivré. Elle a connu Abel par l'intermédiaire de Lauren. Ce sont des amies de longue date. Un jour, Lucy a fini par avouer à son amie qu'elle était sous le charme de son frère. Cette dernière poussa alors un éclat de rire à cette annonce mais voyant que Lucy était sérieuse, elle se ressaisit. Elle comprit que son amie était tout simplement amoureuse de son frère jumeau. Elle organisa donc un rendez-vous entre les deux êtres qui lui étaient le plus chers au monde et le courant passa tout de suite entre eux. Ils se marièrent deux ans plus tard, donnant naissance à une ravissante petite fille aux yeux bleu azur qu'ils appelèrent Mylène.
Mais l'accident d'Abel dans son astronef en novembre 2090 mit fin à cet amour idyllique. Il tomba dans le coma et un examen approfondi révéla la présence d'un virus étranger à la Terre dans son organisme. Celui-ci le rongeait à petit feu. S'il n'était pas soigné dans les mois qui suivaient, il mourrait. C'est ainsi que trois mois plus tard le professeur Hebbingen le plaça dans un caisson d'hibernation pour stopper l'évolution de ce mal incurable. Durant les premiers mois, Lucy passa tout son temps au chevet de ce caisson aux parois transparentes puis ses visites s'espacèrent. Elle ne croyait plus à la guérison d'Abel par la découverte d'un vaccin et encore moins à la réussite de la cryogénisation. Elle reprit ainsi sa vie en main et fit la connaissance d'un français lors d'un meeting, Richard. C'était un homme charmant, bien plus sensible que la moyenne masculine et doté d'une grande générosité. Il avait en outre un physique à faire pâlir plus d'une femme. Il ne laissait pas indifférent quand il se rendait quelque part, les femmes se retournaient sur son passage. Lauren aurait pu penser que Lucy était tombée sur la perle rare mais elle la considérait simplement comme la femme d'Abel. Savoir son amie aux bras d'un autre homme était une idée insupportable.

Le coup de fil de Lucy de la veille laisse Lauren perplexe. Son amie vient en effet de lui annoncer qu'elle allait emménager dans le sud de la France avec sa fille dans la villa de Richard, son fiancé. Elle fait comprendre à Lauren qu'elle n'a plus aucun espoir en ce qui concerne Abel et que Mylène a besoin d'un père à ses côtés. Lauren se montre compréhensive à l'égard de Lucy mais elle doit bien s'avouer qu'elle est troublée. Elle sera désormais seule à s'intéresser à l'avenir d'Abel et à espérer son retour dans le monde réel. Je ne baisserai jamais les bras, petit frère, je te le promets ! se dit-elle intérieurement.



Sur le chemin du retour, le trajet est pénible : l'atmosphère est de plus en plus étouffante, de nouveaux incendies se sont encore déclarés dans les forêts avoisinantes. Les autorités craignent de manquer d'eau pour freiner ces feux. Lauren passe devant quelques habitations qui n'ont pas été épargnées, les dômes sont complètement dévastés, il ne reste plus qu'un amas de résidus carbonisés. Quelle désolation ! songe-t-elle. Qu'allons-nous devenir si les températures continuent à augmenter ainsi ?
Voir tous ces feux autour d'elle l'angoissent terriblement, elle a en effet peur de ces incendies au point d'en faire des cauchemars toutes les nuits.

2. Alerte


Pôle écologique de Washington, mars 2100

Les principaux dirigeants de chaque continent sont réunis au siège écologique mondial de Washington pour discuter de la situation inquiétante du changement climatique. Les scientifiques ont communiqué leurs chiffres, il s'avère que la situation climatique du globe est on ne peut plus préoccupante. L'effet de serre continue de croître : les émissions de CO2 sont gigantesques, il faut prendre des mesures radicales sinon l'humanité signera son arrêt de mort dans les prochains mois. Il est de plus en plus difficile de maîtriser les incendies qui se propagent rapidement, atteignant les zones habitables car les nappes phréatiques s'assèchent. L'eau devient une denrée rare.
Un scientifique américain, William Delorm, se fait remarquer dans l'assemblée. Il soumet une proposition qui pourrait certainement réduire l'émission de CO2. Chaque participant se tourne vers lui pour l'écouter attentivement :
- Si nous voulons résorber l'excédent de CO2, nous devons ensemencer les océans en particule de fer pour permettre au phytoplancton de réduire les émissions de carbone.
- Et comment comptez-vous vous y prendre ? dit une voix s'élevant au fond de l'assemblée.
- Nous nous appuierons sur les travaux du célèbre astrophysicien Alan.
- Mais nous ne savons même pas où il se trouve ! enchaîna un autre membre de l'assemblée. Je vous rappelle qu'il a subitement disparu de la surface de la terre il y a une trentaine d'années sous forme d'énergie et qu'on ne l'a plus jamais revu depuis.
- Sa fille, Lauren, est en possession de ses travaux, déclara Delorm calmement. Elle est en mesure de nous aider, je l'ai déjà contactée, elle est prête à collaborer pour l'équilibre de notre système écologique. Dans ses travaux, Alan explique comment transférer le carbone absorbé par le phytoplancton dans les océans profonds.
- Ne perdons pas de temps alors ! s'esclaffe le responsable de l'assemblée en enfonçant son poing sur la table. Passons immédiatement au vote pour mettre en place ces travaux. ... Qui vote pour ? continue-t-il en balayant la salle d'un regard circulaire.
Toutes les mains se lèvent à l'unanimité.



Deux mois plus tard , les travaux prennent effet et les océans sont ensemencés en particule de fer. Il faut attendre des mois durant pour obtenir un résultat visible sur l'ensemble du globe. En octobre 2100, les premières estimations arrivent sur le bureau de William Delorm, des résultats qui l'horrifient, ce ne sont absolument pas les résultats escomptés.

3. La menace

Avril 2102

La canicule perdure sur l'ensemble de la planète depuis début mars à l'exception des pays nordiques où les températures sont clémentes bien que plus élevées que la normale saisonnière.
Lauren se trouve dans sa maison d'Andover dans l'état du Massachusetts lorsqu'un ciel d'ardoise file à l'est au-dessus de la ville. L'air est étouffant, les gens suffoquent, ils ne supportent plus cette canicule. Il n'est pas tombé une goutte de pluie depuis des mois et les nuits sont chaudes, les températures ne descendant pas au-dessous de 28°C. Mais le miracle arrive enfin, c'est ce que croient les habitants du Massachusetts.
Tout à coup, l'horizon s'obscurcit, le ciel couleur plomb est zébré d'éclairs blancs et bleus qui grondent de plus en plus fort. L'orage arrive sur les coups de quinze heures. Une pluie diluvienne balaye les rues d'Andover, inondant tout sur son passage tant le sol est sec. Des trombes d'eau s'abattent sur l'ensemble de l'état et des états voisins. Les habitants de ces régions n'ont pas vu un tel déluge depuis des années, le dernier remontant aux années 2080.
Lauren est la première à être étonnée de ce changement soudain et bienvenu. Sur le moment elle pense que cette pluie va rafraîchir l'ensemble du territoire et approvisionner les sols asséchés en eau. Depuis plusieurs mois, l'alimentation en eau commence à poser de sérieux problèmes si bien que des restrictions ont été posées sur l'ensemble du pays. Mais le sol est si sec que l'eau n'arrive pas à infiltrer les nappes phréatiques. Cette pluie diluvienne fait plus de mal que de bien : des zones habitables sont intégralement ravagées et invivables. Des milliers d'appareils servant à l'alimentation des cités-dômes sont fortement endommagés et inutilisables. Il faudra des mois avant de remettre le système en service d'autant que les paraboles servant à capter l'énergie solaire sont détruites.
Les habitants ne peuvent pas se passer de cette technologie, elle leur permet de survivre à cette chaleur caniculaire grâce aux systèmes de climatisation et de ventilation mis en place dans les cités-dômes qui sont protégées des rayons solaires par un système électromagnétique. En outre, les inondations se propagent dans les galeries souterraines détruisant sur leur passage les containers d'alimentation si bien que les réserves de levure sont réduites à néant. Les serres hydroponiques dans lesquelles est cultivée la levure sont dévastées. Sans cette levure, les habitants se retrouvent sans provisions, les synthétiseurs de nourriture ne leur servent plus à rien puisqu'ils son conçus pour reproduire, à partir de la levure, n'importe quel type d'aliments. Ils ne savent pas encore comment ils vont survivre à ce désastre.
Il leur faut dans un premier temps évacuer les lieux et se rendre dans des états épargnés par cette tempête. Certains se réfugient en Europe même si les températures sont encore plus excessives que celles de l'Amérique, d'autres se réfugient dans le sud du pays à la frontière du nouveau Mexique. Les cités-dômes commencent à manquer de place pour accueillir tous ces gens chassés de leur région. Les autorités ne savent pas encore comment pourvoir aux besoins de l'ensemble de la population.
Lauren se réfugie à Seattle, là où se trouve un laboratoire près à accueillir le caisson de son frère. Le transport n'est pas une mince affaire. La plupart des appareils et véhicules médicaux sont hors service. Pour qu'Abel survive à ce déplacement, il ne lui faut surtout pas de variation de température, son organisme ne résisterait pas au choc thermique. Une source supplémentaire d'angoisse en ce moment de panique ... mais Lauren ne laisserait pour rien au monde son frère seul sur cette terre de désolation. Elle sent au plus profond d'elle-même qu'un jour, Abel se réveillera et vivra à nouveau normalement comme avant son accident.

4. Aggravation


Mai 2102


A Washington, les problèmes climatiques occupent toutes les discussions des hommes politiques et scientifiques. Une réunion a lieu au pôle pour faire un bilan de la situation. William Delorm, le concepteur du projet sur la réduction des émissions de C02 est présent. Il n'a pas de bonnes nouvelles à annoncer, l'ensemble de la planète est menacé. Au lieu d'une diminution de l'effet de serre durant les derniers mois, celui-ci a augmenté. Le responsable, explique Delorm, en est le protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre plus puissant que le C02. Le scientifique décrit la façon dont celui-ci s'est propagé :
- Suite au transfert du carbone absorbé dans les océans profonds, la matière organique, qui s'est développée au fond de ces océans, s'est oxydée en consommant l'oxygène dissous dans l'eau de mer. Étant donné que certaines parties de l'océan sont dépourvues d'oxygène, les conséquences sont désastreuses. Certaines bactéries, capables de dégrader les nitrates, se sont multipliées et ont développé ce gaz, le protoxyde d'azote.
- Comment pouvons-nous contrer ce problème ? demande le représentant de l'Afrique du Sud.
- Nous n'avons pour le moment aucune solution pour remédier à cet effet de serre. Il est trop tard pour éviter le pire, répond William Delorm. J'ai bien peur qu'il faille prendre des mesures radicales et mettre l'ensemble de la population au courant de l'imminente catastrophe.
Les membres de l'assemblée se mettent à pâlir à l'annonce de ce verdict. Chacun se scrute du regard, montrant son désarroi le plus profond. Des murmures se font entendre, puis le responsable de l'assemblée se lève pour prendre la parole :
- Mesdames et messieurs, la situation est très grave mais nous pouvons limiter les dégâts en prenant des mesures immédiates.
- J'ai bien peur que cela ne serve pas à grand chose, rétorque Delorm.
- Qu'entendez-vous par là ? réplique le responsable en le foudroyant du regard.
- La température a augmenté en l'intervalle de quelques mois de plusieurs degrés ayant pour conséquence des effets dévastateurs dans de grandes zones habitables, en particulier celles situées en bordure de mer ou d'océan. La montée des eaux en si peu de temps a obligé l'évacuation de la population sur des dizaines de kilomètres. En outre, notre approvisionnement en levure s'épuise à toute vitesse depuis les intempéries de mars dernier dans le nord-est des états-unis, sans compter celles qui ont frappé quelques jours plus tard l'Europe centrale. Nous nous heurtons à une multitude d'autres problèmes comme la multiplication des incendies de plus en plus difficiles à maîtriser.
Chacun écoute attentivement les paroles de Delorm, absorbé par ces vérités terrifiantes.
- Il va falloir lancer une alerte rouge sur l'ensemble de la planète et demander à ce que l'on rapatrie le maximum de la population dans l'hémisphère nord, souligne le représentant des États-unis. La vie de millions de gens est en jeu.
- J'ai bien peur que cela ne soit pas réalisable dans un délai imparti.
- Que proposez-vous alors ?
- D'évacuer dans un premier temps les personnes à risque comme les enfants et les personnes âgées et de laisser les professionnels sur place pour venir à bout de ces incendies avant que ceux-ci ne se propagent sur tous les continents.
- Il va falloir mobiliser tous les réservistes et faire appel aux véhicules blindés des militaires pour affronter ces feux.
- Cela ne fait aucun doute !
- L'information doit parvenir dans chaque foyer pour demain soir au plus tard pour que nous prenions les premières dispositions afin de mettre en place le plan rouge dés lundi prochain. Ai-je été clair ? demande le responsable de l'assemblée.
Les représentants des divers pays acquiescent d'un signe de tête et la réunion prend fin. L'heure est grave. Une course contre la montre est lancée pour éviter la mort de millions de gens.

5. Premiers signes

Fin juin 2102

Lorsque Lauren quitte le laboratoire pour reprendre la route et regagner son domicile, elle a la sensation d'être frappée de plein fouet par cette chaleur insoutenable. Elle a beau porter sa combinaison spéciale, munie d'une capuche et d'un masque pour se protéger des rayons ultra-violets, elle sent cette chaleur lui brûler les entrailles. Depuis une cinquantaine d'années, les combinaisons sont devenues obligatoires lors des pics de pollution et des journées caniculaires, devenues courantes ces derniers mois, en raison de la diminution de la couche d'ozone. En outre l'air extérieur est hautement toxique si bien que les combinaisons sont pourvues d'un filtre intégrant un ventilateur et une batterie qu'il faut recharger chaque jour. Seules quelques régions laissées à l'abandon sont épargnées par la toxicité de l'air.
Lauren s'empresse de rejoindre sa voiture électrique, la sonde extérieure indique 48°C. Lauren règle la climatisation sur 28°C, une température agréable comparée à l'air du dehors. Elle tape sa destination et branche son récepteur sur les informations locales. Un message est répété en boucle : « Par décret planétaire, les habitants sont priés de rejoindre au plus vite leur dôme et de ne le quitter sous aucun prétexte. De plus amples explications seront données ultérieurement »
A l'annonce de ce message, Lauren demeure perplexe. Ce dernier ne présage rien de bon, songe-t-elle dépitée. Les battements de son coeur s'accélèrent, elle a un mauvais pressentiment. Une demi-heure plus tard, elle arrive devant la porte de son appartement. Elle compose le code qui lui permet l'accès à son habitacle et se dirige vers son transducteur. Au moment où elle l'empoigne, la sonnerie de celui-ci se met à vibrer.
- Allô ! fait-elle.
- Bonjour Lauren, dit une voix assez lointaine. C'est Richard. Je vous appelle de Paris. J'ai de mauvaises nouvelles.
Lauren sent ses jambes se dérober sous elle, elle n'aime pas le ton que prend la voix de son interlocuteur.
- Que se passe-t-il Richard ?
- Il s'agit de Lucy et Mylène. Il hésite avant de poursuivre, s'éclaircissant la voix. Elles ont péri dans les incendies qui se sont répandus dans tout le sud de la France. Elles se sont retrouvées coincées au coeur de l'incendie sans possibilité de fuir. Elles étaient encerclées par les flammes. Les secours n'ont rien pu faire. Il était impossible de franchir cette immense barrière de feu.
- Mon dieu ! s'esclaffe Lauren. Ce n'est pas possible !
- J'aurais tant aimé être avec elles à ce moment, dit-il en sanglotant. Elles étaient toute ma vie. Je m'en veux terriblement de les avoir laissées seules alors que les conditions météorologiques étaient mauvaises. J'ai voulu privilégier mon travail à ce qui m'est de plus cher.
- Ne vous faites aucun reproche, Richard, répond Lauren d'un ton compatissant. Le destin en a décidé ainsi. Lucy et Mylène sont d'innocentes victimes comme beaucoup d'autres sur cette terre. Nous sommes tous touchés par les ravages du bouleversement climatique.
- Que vais-je devenir sans elles ? Nous avions projeté de nous marier en décembre prochain.
L'annonce de ce mariage laisse Lauren sans voix. Malgré les circonstances, elle reconnaît qu'elle éprouve un léger ressentiment. Sa meilleure amie n'avait pas perdu de temps pour refaire sa vie.
Lauren songe à son frère, Abel, plongé dans un caisson d'hibernation en attente d'un remède miracle. Comment réagira-t-il quand ils sortira de son état de cryogénisation en apprenant la mort de sa femme et de sa fille ? Un choc difficile à digérer ! se dit-elle. Pour le moment, il est préférable de penser aux changements climatiques. Il sera temps de songer à cette question le moment venu ! Ce n'est pas pour demain, nous n'avons encore trouvé aucun traitement susceptible de guérir Abel !
-Vous êtes toujours là Lauren ?
- Je suis désolée, j'étais plongée dans mes pensées. Je suis sincèrement désolée pour vous mais je ne sais pas ce que je peux faire pour vous en cette triste période.
- Je voulais vous l'annoncer immédiatement après l'avoir appris. Mylène était votre nièce, sa dernière parente.
- Oui, je comprends. Cette mauvaise nouvelle m'afflige profondément.
- Je vais vous laisser. Je dois mettre certaines choses en ordre.
- Je vous souhaite beaucoup de courage, Richard, termine Lauren en se montrant sincèrement attristée.
Elle met fin à la conversation et songe à toutes ces catastrophes climatiques de ces derniers mois. Ces incendies à répétition sur l'ensemble de la planète ne laissaient présager rien de bon. Beaucoup de gens avaient péri dans ces feux et le nombre de victimes se multipliait de jour en jour. L'heure était grave, la Terre et l'humanité couraient à leur perte.

6. Le désastre


Au fil des semaines, aucun continent n'est épargné par les ravages des incendies qui s'étendent de manière exponentielle sur l'ensemble de la planète. Ils sont de plus en plus violents et fréquents, affectant la capacité de l'écosystème : les espèces animales et végétales ne retrouvent plus un fonctionnement et développement normal après ces feux dévastateurs qui contribuent à la déforestation, la désertification et à de graves problèmes d'érosion. On constate par ailleurs sur d'immenses étendues d'importants facteurs de pollution liés à la multiplication de ces feux. Des panaches d'aérosols denses se répandent sur plusieurs centaines de kilomètres, en particulier sur les continents africain, asiatique et européen. Une autre pollution inquiète les scientifiques : la pollution photochimique lorsque les gaz dégagés lors des incendies, interagissent avec les rayons solaires et le plus alarmant reste l'effet de serre qui continue de croître en raison du gaz carbonique rejeté dans l'air suite aux incendies mondiaux.

Ces continents entièrement ravagés sont désormais inhabitables, ce sont des terres de désolation, des terres arides où s'accumulent toutes sortes de débris provoqués par des phénomènes d'érosion et d'accumulation s'accompagnant d'un appauvrissement des sols. En outre le désert gagne du terrain, la dégradation des sols empêche toute culture et surtout, les températures sont extrêmes : caniculaires la journée et très froides la nuit. L'écart est tel qu'aucun être vivant ne peut survivre dans de telles conditions.

Le taux de mortalité sur ces continents est catastrophique : 95% de la population a péri dans ces incendies meurtriers. Beaucoup sont morts par asphyxie. La chaleur a en outre provoqué des explosions de bouteilles de gaz et de réservoirs, ainsi que de certains produits entraînant la projection d'éclats touchant de malheureuses victimes. Les rares rescapés se sont réfugiés vers l'hémisphère nord, la seule partie de la planète où les températures sont clémentes comparées à l'ensemble du globe.

Lauren fait partie de ces survivants épargnés par les bouleversements climatiques. Face à ce phénomène mondial, elle est désemparée. Elle ne cesse de se morfondre sur cette terrible catastrophe, étant désormais seule au monde. Ses amis et ses proches parents ont péri durant les incendies. Il ne lui reste plus que sa mère mais elle ne sait pas où elle se trouve en ce moment, elle n'a aucune nouvelle d'elle depuis plus d'une semaine, elle craint qu'elle ait aussi péri durant cette catastrophe. Quant à son père, sa disparition en 2080 reste un mystère, des témoins racontent qu’il fut auréolé d’une lumière vive avant de s'éclipser définitivement, laissant Portulan, son épouse, seule au monde avec ses deux enfants. Lauren se sent terriblement seule dans ce monde de désolation, elle n'a plus la force de se battre. Sa mère se trouvait à Saint Paul dans le Minnesota quand les incendies ont commencé à se répandre sur l'ensemble du territoire américain. Elle ne sait que penser. Ses moyens sont limités, la plupart des véhicules ont été démolis par les feux et les cités-dômes ne forment plus un rempart contre les agressions extérieures. Elles sont devenues désormais inutilisables.
Lauren se trouve en ce moment même dans le sous-sol du laboratoire où repose Abel, l'un des rares endroits abrités du monde extérieur. Elle est bloquée dans ce bâtiment depuis trois jours déjà. Ses provisions s'amenuisent bientôt elle manquera d'eau. Elle a réussi à maintenir le caisson d'Abel à sa température habituelle grâce à une batterie d'extracteur de potentiel zéro mais elle ne sait pas encore comment elle va pouvoir le transporter pour le conduire au pôle nord, unique lieu où elle a une chance de survivre.
Alors qu'elle pense sa situation désespérée, un miracle se produit.

7. Le miracle

Un phénomène inattendu se déroule sous les yeux de Lauren : une boule d'énergie se matérialise devant elle pour prendre forme humaine. Elle est bouche-bée, il s'agit d'Alan, son père mystérieusement disparu il y a une vingtaine d'années. Lauren a connaissance des pouvoirs particuliers de ce dernier mais elle ne s'attendait pas à ce qu'il surgisse en ce moment critique. Elle l'observe sans mot dire, il est resté le même qu'en 2080 si ce n'est qu'il a les traits un peu plus tirés et le visage plus émacié. Ses yeux azur sont toujours aussi perçants, Abel a hérité de ce côté esthétique. En voyant son père ainsi, elle a l'impression d'être devant son propre frère avec quelques années de plus. La ressemblance entre le père et le fils est stupéfiante.
Alan la gratifie d'un sourire chaleureux :
- Bonjour Lauren ! s'esclaffe-t-il d'un ton paternel.
Voyant que sa fille est abasourdie par sa présence, il poursuit :
- Tu te demandes certainement la raison de ma présence ici. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais sache que j'ai toujours veillé sur toi et Abel depuis mon départ précipité en 2080.
- Où étais-tu ? demande-t-elle intriguée.
- Je me trouvais très loin de la Terre. J'avais une mission à accomplir sur une autre planète mais elle est loin d'être terminée. Ta mère a toujours su où je me trouvais mais elle avait l'obligation de garder ce secret pour ne pas perturber cette mission très importante pour l'humanité.
Lauren écarquille les yeux, elle ne sait que penser de ce discours. Elle ne saisit pas très bien ce que lui raconte son père. Elle sait que sa mère est d'origine extra-terrestre et qu'Alan l'a aidée à une époque où son peuple était menacé d'extinction. Ses parents ne se sont vraiment jamais attardés sur cette question et son frère, Abel, n'a même pas connaissance des origines de sa mère.
Alan l'interrompt dans sa réflexion et continue :
- Là où je me trouve, je peux quotidiennement voir ce qu'il se passe sur terre et surtout savoir si toi et ta mère allez bien.
- Sais-tu ce qu'est devenue maman ? s'empresse-t-elle de demander.
- Oui, elle va bien. Elle nous attend dans ma navette pour que je vous conduise en Alaska. Le peuple de ta mère est là pour aider les terriens à surmonter cette terrible catastrophe. Le peuple de Portulan nous est entièrement reconnaissant de les avoir aidés il y a une quarantaine d'années. Il veut faire de même en cette période critique et apporter le soutien aux humains.
Lauren est estomaquée. Tout ce qu'elle entend, semble si irréel qu'elle en croit à peine ses oreilles. Son coeur bat la chamade à l'idée qu'elle va retrouver sa mère et que son père va l'aider à transporter son frère. Une lueur d'espoir naît dans son coeur meurtri par les derniers évènements.
- Je suis venu avec une centaine de navettes qui vont permettre aux humains de rejoindre l'hémisphère nord. En outre, le peuple de Portulan travaille à la reconstruction de dômes pour vous aider à survivre dans ce monde de désolation. En attendant, vous serez tous logés dans des bunkers. Vous prendrez possession des bunkers déjà existants et de nouveaux seront rapidement mis en place. Il va de soi qu'au début, votre vie va être pénible.
Lauren acquiesce d'un hochement de tête sans mot dire.
- Ne perdons pas de temps Lauren ! Suis-moi, je vais te conduire jusqu'à ma navette tandis que Hélios et Arman se chargeront du transport du caisson d'Abel.
- Qui sont ces deux personnes ? demande Lauren.
- Ce sont d'excellents amis de ta mère qui m'ont beaucoup aidé dans des périodes critiques.

Ils quittent le sous-sol du laboratoire. Alan marche d'un pas alerte, arborant un sourire de satisfaction et Lauren le suit, désemparée. La situation des derniers jours et les retrouvailles avec son père la déconcertent.
Tant de choses en si peu de temps ! songe-t-elle en son for intérieur. Il faut que ma vie est celle de mon frère soient menacée pour que notre père refasse surface. Cela me semble bien étrange.
Cette mission dont lui a parlé son père l'intrigue car elle serait à l'origine de la disparition soudaine de celui-ci. Elle pense que cette mission doit être capitale pour qu'Alan s'éclipse pendant deux décennies. Pour le moment, elle se souvient que le plus important est de mettre son frère en sûreté et de trouver un endroit viable, ce qui est loin d'être une tâche aisée.


8. Retrouvailles

La navette d'Alan se trouve dans le hall du laboratoire. Le temps de rejoindre l'habitacle, une chaleur suffocante saisit Alan et Lauren en dépit de leur combinaison de protection qui leur apporte un peu de fraîcheur. La température est de 50 degrés. Dehors, il fait encore plus chaud, on atteint les 70 degrés, une chaleur insupportable pour n'importe quel être vivant. Lauren est soulagée quand elle pose enfin le pied dans la navette, l'air ambiant est agréable et surtout, elle découvre Portulan dont le visage rayonne. Elle ne semble pas affectée par la terrible catastrophe. Lauren a l'intuition que la présence de son père y est certainement pour quelque chose. Elle a également été privée de son absence durant des années. Son retour au sain de la famille est un miracle !
- Bonjour ma chérie ! s'esclaffe Portulan en prenant sa fille dans ses bras.
- Bonjour maman. Tu sembles bien te porter ! fait-elle remarquer.
- C'est exact. Sans Alan je ne crois pas que j'aurais survécu à ces incendies. Il m'a sauvée de justesse. Quand j'ai vu toutes ces flammes à quelques mètres de moi, j'ai bien cru que ma dernière heure était arrivée.
- Maman, tu sais bien que tu as une force hors du commun, tu es bien plus résistante que la plupart d'entre nous les humains. Tes origines extra-terrestres te sont d'une aide inestimable ! Je suis persuadée que tu aurais trouvé une solution même si papa n'était pas intervenu.
- Tu te trompes ma chérie. J'ai été prise d'étourdissements et je me suis évanouie. Ton père est arrivé juste à temps pour m'extraire de ces flammes. En outre l'air devenait irrespirable.
Portulan hésite un instant avant de poursuivre d'un ton grave :
- Je serais morte aujourd'hui s'il ne m'avait pas sauvée.
Des larmes d'émotion troublent la vue de Lauren. Elle vient de comprendre que son père a accompli un miracle. Grâce à lui, sa famille est sauvée. Elle prend conscience de son importance en ce moment grave. Il est leur sauveur et sera toujours là pour les protéger quoiqu'il arrive. Elle pivote sur elle-même pour regarder son père, elle le voit parler avec deux hommes de taille imposante. Ce sont certainement Hélios et Arman, se dit-elle.
Alan fait comprendre à Portulan et Lauren qu'il va chercher le caisson d'Abel avec ses deux compagnons. Une demi-heure s'écoule avant leur retour. L'installation du caisson à l'intérieur de la navette n'est pas une mince affaire mais Alan a tout prévu. Une fois les branchements effectués, ils quittent le laboratoire. La navette rejoint un vaisseau en orbite dans lequel stationnent de nombreuses navettes qui ont accueilli beaucoup d'humains en péril. Le vaisseau est en pleine effervescence. L'agitation atteint même son paroxysme quand le responsable annonce que l'habitacle ne peut plus recevoir de nouveaux arrivants et qu'il en est de même pour tous les autres vaisseaux abritant les survivants de cette horrible catastrophe.
Il reste à ce jour un peu plus de 700 000 survivants sur la planète Terre. La plupart des animaux sauvages ont péri durant les feux et les inondations tandis que les animaux en captivité sont morts dans les sous-sols aménagés pour eux. De nombreuses espèces sont rayées de la surface de la Terre. Le célèbre zoo de San Diego est anéanti. Le peuple de Portulan est parvenu à sauver quelques spécimens, bien peu pour permettre de sauvegarder la chaîne alimentaire. La végétation a également disparu, elle ressemble désormais à un tas noir carbonisé. Seuls subsistent quelques arbustes robustes qui ne sont en réalité d'aucune aide pour la survie de cette planète. L'augmentation des températures dans les mers et les océans a été un désastre. Une nouvelle espèce végétale s'est développée au fond des océans, espèce nocive pour l'environnement et dangereuse pour les autres végétaux qui sont étouffés par elle. Les poissons n'ont pas survécu à ce bouleversement climatique. Ils ont tous péri, des bans entiers reposent sur le bord des plages pollués par les algues.
L'ampleur de la catastrophe est telle que la Terre se meurt dans une longue agonie. Personne ne sait à ce jour ce que cette planète va devenir.

9. Un monde de désolation


Lauren jette un coup d'oeil sur les écrans retransmettant des images de la Terre. Elle est foudroyée par ce qu'elle découvre : la végétation est entièrement détruite, toutes les habitations sont calcinées, les routes sont devenues impraticables tant la chaleur les a déformées. Le paysage ressemble à un champ de bataille ravagé par les incendies. Il n'y a plus âme qui vive sur cette terre de désolation, d'énormes volutes de fumée s'échappent des sols. Une épaisse couche noire toxique se répand dans l'atmosphère. Il est désormais impossible de circuler sur cette terre à l'air libre car celui-ci est irrespirable et mortel. En outre, les rayons ultra-violets du soleil sont encore plus nocifs qu'auparavant. La multiplication des feux a eu pour conséquence une augmentation du taux de CO2 et une diminution de la couche d'ozone qui n'a plus son effet protecteur.
La vie sur terre est devenue pour le moment inconcevable. Les survivants de la catastrophe n'ont pas d'autre choix que de résider dans les vaisseaux durant des mois en attendant que des dômes de fortune soient bâtis. L'équipe d'Alan s'attelle à la reconstruction d'habitacles viables. Les terriens ne peuvent pas s'éterniser dans leurs vaisseaux, leur hébergement n'est que temporaire.
En mars 2103, les premiers habitacles sont terminés. Ils ressemblent à des bunkers pour protéger la population des attaques extérieures. Lauren est l'une des premières à faire son entrée dans ces nouveaux logements. Ces habitations n'ont plus rien à voir avec les cités-dômes d'antan, elles sont pourvues du strict minimum en attendant que de nouveaux dômes pointent à l'horizon. Il faudra encore attendre quelques années avant que les dômes de la nouvelle génération fassent leur apparition.


Lauren pénètre dans un couloir sombre peu chaleureux construit en sous-sol. Il est pour le moment impossible de construire des bâtisses à la surface de la terre, ce serait une perte d'énergie et surtout invivable. Elle découvre à sa gauche une rangée de portes qui donne accès aux logements. Alan et Portulan sont présents : Lauren va vivre ici avec sa mère en attendant de trouver quelque chose de plus confortable tandis que son père va les laisser pour poursuivre sa mission. Il leur promet de veiller sur elles et de revenir immédiatement en cas de problème majeur. Portulan sait qu'elle peut faire confiance en son mari, il ne lui a jamais menti, a toujours gardé le contact en dépit de la distance qui les séparait. Il aime Portulan toujours aussi intensément qu'au premier jour. Ils ont consolidé leurs liens et communiquent par transmission de pensée. Ils ne se cachent rien, chacun sait ce que ressent l'autre et perçoit aussitôt la détresse de sa moitié.
Portulan regarde son mari s'éloigner, le regard triste mais heureuse. Alan lui a fait comprendre qu'un jour ils seraient enfin réunis pour toujours. Cette douce pensée la rassérène, elle le laisse donc partir, l'esprit en paix.


Lauren et sa mère prennent possession des lieux. Lauren fait la moue en découvrant cet endroit lugubre composé de deux pièces : l'une faisant office de séjour et l'autre servant au repos. Elle va devoir vivre en permanence en ce lieu et renoncer à son ancien confort : elle a l'impression de revenir à l'âge de pierre. Le strict minimum a été installé afin de reloger rapidement l'ensemble des survivants de la catastrophe. Pour le moment, l'habitacle est éclairé à l'aide de mini batteries d'énergie. Seule la salle attenante au logement de Lauren est pourvue de la meilleure technologie du moment pour pouvoir maintenir le caisson d'Abel à une basse température. Lauren se sent apaisée de savoir son frère à proximité. Elle n'aurait jamais pensé que celui-ci survivrait à cette catastrophe mondiale. Elle songe qu'elle et son frère ont beaucoup de chance d'avoir des parents exceptionnels. Sans eux, ils seraient certainement morts actuellement.
Pour améliorer le confort des survivants, l'étape suivante consistera à introduire des paraboles pour que chaque foyer puisse recevoir sa manne d'électricité grâce aux usines solaires formant un anneau en orbite géostationnaire autour de la Terre. Elles ont toutes été détruites durant la catastrophe, il faut en fabriquer de nouvelles. Ces usines solaires fournissent une énergie propre et illimitée qui est envoyée sans danger par micro ondes sur la Terre. Une fois les paraboles installées, les appareils électroniques seront réintroduits progressivement pour que la population puisse retrouver une vie décente.
Chaque mois, le peuple de Portulan livrera des denrées alimentaires issues de sa planète jusqu'à ce que le terriens puissent à nouveau pourvoir eux-mêmes à leurs besoins. Les prochains mois vont être longs et difficiles pour eux. Ils doivent repartir de zéro et fonder une nouvelle société.

10. Un quotidien difficile à gérer

Lauren vit difficilement les premières semaines dans son nouvel habitacle. Elle a tellement eu l'habitude de tout avoir à portée de main qu'elle est désorientée. Elle fait partie de cette génération où tout était fourni à domicile et les tâches ménagères devenues obsolètes. Aujourd'hui elle doit tout faire elle-même et laisser son travail de côté.
La priorité des survivants de la catastrophe réside dans la reconstruction de la société. Il faut rétablir un équilibre pour que chacun y trouve sa place. Mais tout le monde se sent quelque peu dérouté par cette nouvelle vie. Depuis la catastrophe, plus personne ne fait de projets d'avenir. Les loisirs ne sont plus à l'ordre du jour. Seul compte l'instant présent et la survie dans ce monde sans vie. Personne ne peut se permettre de prendre du bon temps à l'extérieur. La terre et l'air sont fortement contaminés, tenter une excursion dans ce monde de désolation, c'est signer son arrêt de mort. Pour pouvoir communiquer les uns avec les autres, les compagnons d'Alan ont mis quelques véhicules à disposition qui protègent les humains des attaques extérieures. C'est ainsi que des réunions ont lieu, des réunions ayant pour but de trouver une solution à cette situation intenable.
Le principal sujet de ces rencontres est l'aménagement d'une première cité-dôme car elles ont toutes été anéanties pendant les incendies. Chacun sait que c'est une tâche ardue et que l'on ne peut plus concevoir les mêmes dômes qu'avant la catastrophe car la situation climatique a évolué. Il faut trouver un rempart pour se protéger. Finalement un scientifique finit par se manifester et exposer son point de vue pour l'élaboration d'une cité-dôme. Il suggère de l'implanter au Groenland car le terrain est stable et peu touché par les ravages du climat. Il conçoit des plans qui prennent rapidement forme. Aidés d'architectes compétents, le projet est mis en place dés le début de l'année 2104. Il faudra trois ans pour mettre au point la première cité-dôme de la nouvelle ère. En 2108, la construction en est terminée, elle portera le nom de Soleil en signe d'espoir pour l'avenir de la planète. Ce dôme est conçu pour accueillir 100 000 personnes. Ceux qui ont le privilège d'investir ces lieux sont radieux. Pour eux, c'est l'aube d'un renouveau.
Lauren fait partie de cette catégorie de personnes qui se voient octroyer un appartement doté du confort nécessaire à l'élaboration de leurs recherches. La priorité en revient aux médecins, chercheurs et scientifiques qui ont des connaissances essentielles pour l'avenir de la planète. Dans ce nouveau monde démuni, ils doivent travailler à la construction de nouvelles technologies et garantir ainsi l'avenir de l'humanité et de la Terre. Le peuple de Portulan leur a fourni un matériel déjà obsolète sur sa propre planète mais très utile pour ces têtes pensantes de la nouvelle ère. A partir de cet équipement, ils vont introduire de nouvelles technologies qui va aider les humains à surmonter la catastrophe de 2102. Il leur faudra des années pour parvenir à quelques chose de satisfaisant mais l'urgence du moment est de reloger l'ensemble de la planète dans des cités-dômes. C'est ainsi que de nouveaux dômes voient le jour dans les cinq années suivant la naissance de Soleil : Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne s'implantent au nord-est du Canada. Pour les survivants de la catastrophe, c'est une victoire. Ils voient enfin une lueur d'espoir dans ce monde de désolation. Malgré tout, ils ont conscience de leur impuissance face aux caprices du temps. Il leur sera impossible de vivre à l'extérieur des dômes pendant encore longtemps, toute tentative hors des constructions humaines est vouée à l'échec. Ceux qui essaient de s'aventurer dehors en dépit des avertissements des chercheurs reviennent malades ou ne reviennent jamais.

Épilogue


Mai 2115

Lauren arbore un large sourire lorsque le professeur Hebbingen lui annonce qu'il pense avoir trouvé la formule qui pourrait guérir Abel du mal incurable dont il souffre. Il explique qu'il lui reste quelques mises au point à faire et que le vaccin pourra être testé sur Abel une fois qu'il sera sorti de sa cryogénisation. Il n'omet pas de souligner que cette étape est délicate. Jusqu'à ce jour, aucun volontaire n'a survécu à cette expérience. Lauren lui rappelle les pouvoirs particuliers d'Abel qui pourraient faire toute la différence entre lui et les derniers volontaires. Le professeur acquiesce d'un signe de tête avant de mettre l'accent sur un autre point. Il préfère encore attendre un moment avant de sortir Abel de son hibernation car il aimerait faire une autre série de tests pour s'assurer de la réussite de l'expérience.
Dans ce monde sinistre Lauren entrevoit une note colorée grâce au professeur Hebbingen. Elle a le sentiment qu'un jour prochain, elle reverra son frère en bonne santé et qu'ils partageront à nouveau leur douce complicité d'autrefois.

Une rencontre impromptue

Une rencontre impromptue


Alison jeta un coup d'oeil furtif derrière elle, le coeur battant, hors d'haleine. Elle essayait en vain de semer les quatre types qui la traquaient depuis plus d'une heure.
Elle devait retrouver son amie Karen sur le parking de la cafétéria, elles avaient prévu de passer la soirée ensemble. A peine sortie de chez elle, quatre types s'étaient jetés sur Alison, l'un lui plaquant une main sur la bouche, l'autre lui bandant les yeux avec un tissu empestant la friture. Au dernier moment, quand ils voulurent la pousser dans la voiture, elle réussit à flanquer à l'un des types un coup de talon bien placé et à s'échapper. Elle fonça aussi vite qu'elle put, ne perdant pas de temps à se retourner et se faufila à l'extérieur du parking souterrain dans lequel l'avaient emmenée les quatre individus.
Une fois hors d'atteinte, elle courut à en perdre haleine, paniquée par ce qu'il lui arrivait. Elle ne comprenait pas cette course-poursuite ! Qu'avait-elle fait au juste pour être traquée ainsi ? C'était une jeune femme honnête de trente-deux ans qui menait une vie simple. Elle n'avait rien d'attrayant dans son mode de vie quotidien, elle avait tout juste de quoi vivre. Pourquoi s'intéressait-on à elle ?
Dès qu'elle se sentit en sécurité parmi la foule, Alison se risqua à regarder derrière elle, ne remarquant aucune trace de ses poursuivants.
Mais que lui voulaient-ils donc ? Elle avait tout juste eu le temps de les dévisager qu'ils s'étaient acharnés sur elle, ne lui laissant pas la possibilité de pousser un cri. C'était à n'y rien comprendre !
En ce moment précis elle pensait que le destin était injuste avec elle. Elle avait réussi à se construire une vie équilibrée après s'être battue durant des années. Sa vie n'avait été en effet qu'une succession d'ennuis en tout genre. Mais depuis cinq ans, elle avait trouvé un équilibre stable, ayant un travail intéressant et un bel appartement. Il ne lui manquait plus que le prince charmant dans son existence et elle serait comblée. Elle espérait que la présence de ces individus dans sa vie n'était pas un mauvais présage ! Elle avait en effet pu constater à maintes reprises que lorsque le destin commençait à s'acharner sur elle, plus rien ne pouvait l'arrêter. Les ennuis se succédaient les uns derrière les autres. C'est ainsi qu'elle se remémora sa triste existence

La malchance l'avait accaparée dès son plus jeune âge. A peine née, on avait dû la mettre sous assistance respiratoire, suite à des complications postnatales. A deux ans et demi, elle perdit son père dans un accident de voiture. Quelle guigne ! Elle avait survécu à ce drame, la laissant aux mains d'une mère extravagante et narcissique. En grandissant, elle apprit à faire face aux désillusions qu'offre ce magnifique univers de l'adolescence. Elle se croyait aimée de son entourage, en réalité elle était manipulée, on lui promettait la lune et rien ne se produisait. Résultat : elle finit par tomber de haut et par se replier sur elle-même, fuyant inconsciemment tout contact avec le monde réel.
Elle entra ainsi dans le monde des adultes comme une âme en peine et s'amouracha du premier venu qui profita de son innocence et de son manque d'expérience. Il dilapida les quelques économies qu'elle avait réussies à mettre de côté durant toute son existence. Quand il l'abandonna comme une moins que rien, elle dut payer les dettes contractées à son nom durant leur relation et renoncer à tous ses rêves : elle n'avait plus un sou sur son compte en banque !
Le destin ne l'avait décidément jamais épargnée. Elle attirait les problèmes comme un aimant. Elle avait en effet eu son lot de mésaventures : un hold-up dont elle avait été témoin à l'âge de vingt ans qui lui avait presque coûté la vie ; elle s'était retrouvée, une arme braquée sur la tempe à servir d'interlocutrice à la police. Une autre fois, alors qu'elle rendait visite à son amie résidant au dixième étage d'un immeuble en piteux état, elle était restée bloquée durant toute une nuit dans l'ascenseur, c'était un dimanche et personne n'avait évidemment remarqué cet incident qui avait failli la rendre hystérique. Elle avait eu aussi droit à la panne sèche au milieu de l'autoroute. Quelqu'un lui avait sifflée son essence sans qu'elle s'en rende compte : sa jauge n'indiquait plus le niveau du réservoir depuis des années ! Ce genre d'incidents, elle les collectionnait à la pelle ! Elle aurait pu en écrire un livre tant la liste était longue. Elle prenait ces péripéties comme une fatalité à laquelle elle ne pouvait se soustraire. Malgré tout, elle arrivait encore à en rire ! Il fallait bien avouer qu'Alison avait un curieux sens de l'humour. Elle prenait la vie comme elle venait, avec ses avantages et ses inconvénients !
Le destin lui accorda une trêve de quatre ans, période durant laquelle elle acquit de l'assurance. Elle trouva une excellente place dans une agence immobilière, monta en grade et, au moment où elle fut sur le point de faire d'une pierre deux coups, le destin frappa à nouveau. Une dénommée Jessica fit irruption dans sa vie, lui volant en l'espace de deux mois, sa place de co-directrice et son futur mari, le directeur de l'agence. Elle retrouva sa vie misérable, sans un sou en poche. L'un des employés de l'agence avait en effet détourné des fonds, liquidant l'argent qu'Alison avait placé sur le compte de l'agence. Il ne lui restait plus rien !
Alison était une battante ! Ce n'était pas ce nouveau coup du sort qui allait l'arrêter. Elle repartit du bas de l'échelle et se reconstruit une nouvelle vie. Elle se promit de ne plus se laisser embringuer dans ce genre de situation et de ne plus faire entrer d'hommes dans sa vie sans avoir fait au préalable une enquête minutieuse sur eux. Elle mena ainsi une vie de célibataire endurcie durant cinq ans, période fructueuse où elle parvint à se reconstruire une existence digne de toute jeune femme de trente ans passés. Jusqu'à ce soir, sa vie avait été un long fleuve tranquille sans mésaventures pour ternir sa vie parfaite de petite célibataire.




La voilà! s'écria Ovide en pointant son index en direction de la boutique de cadeaux du centre commercial.
Dépêchons-nous ! Elle va encore réussir à s'échapper ! On a assez perdu de temps ! enchaîna Simeon énervé. Nous n'avons plus le choix, il nous faut employer les grands moyens.
Tu ne crois pas que cela peut être dangereux dans ce monde ? objecta Ovide.


Simeon ne fit pas attention à la remarque de ce dernier et sortit de sa poche un petite boîtier qui clignotait. Il composa quelques numéros sur le clavier et quatre overboards se matérialisèrent sous leur yeux. Chacun prit celui qui lui était destiné, survolant la foule du centre commercial. Ils ne passèrent pas inaperçus, les gens se retournaient à leur passage, en écarquillant les yeux. Firman pesta, il espérait que leur petite escapade en 2025 ne se retournerait pas contre eux. En se dévoilant ainsi, ils étaient susceptibles de changer le cours des évènements, chose interdite lors des déplacements dans le temps. Ils avaient une mission précise à accomplir et ils devaient s'y tenir.

Lubin va être furieux quand il apprendra que nous avons eu recours à nos overboards ! s'esclaffa Firman.
Il veut que nous lui ramenions cette femme, il l'aura ! Peu importe les moyens. Nous ne pouvons pas nous attarder en ces lieux plus longtemps que prévu. Si nous dépassons le laps de temps autorisé, nous nous désagrégerons aussitôt comme si nous n'avions jamais existé !

Cette dernière remarque refroidit nos quatre poursuivants qui accélèrent la cadence, se rapprochant rapidement d'Alison.



Ce n'est pas possible, se lamenta Alison en voyant les quatre types à quelques mètres d'elle. Allons, calme-toi ! Ce n'est peut-être pas si grave que ça, se dit-elle pour se rassurer. Tu rêves, ma pauvre, lui répondit sa conscience. Tu ne croyais tout de même pas que tu allais continuer ton train-train sans que le destin mette son grain de sel dans ta vie ? Tu sais bien qu'il aime prendre soin de toi ! Non, c'est faux, répondit Alyssa à haute voix si bien que les clients de la boutique de cadeaux se retournèrent en l'entendant s'esclaffer. Le destin n'a rien à voir avec ça ! J'ai été manipulée par la société, par mon entourage ! Mais ça, c'est terminé ! Plus personne ne contrôlera ma vie ! Je contrôle ma destinée ! La preuve, tout me sourit depuis cinq ans désormais ! Que dis-tu de ça, hein ? dit-elle ironiquement en s'adressant à sa conscience. En fait, elle se moquait de l'ancienne Alison qui était morte et enterrée depuis qu'elle avait pris son destin en mains.



Les types se trouvaient à présent à quelques mètres d'elle. Alison était là, pétrifiée, ne sachant que faire.

- Mademoiselle, auriez-vous l'amabilité de nous suivre sans faire d'histoires ? fit Ovide en la prenant fermement par le bras.

Alison les observa à tour de rôle, tétanisée. Leur accoutrement était inhabituel, ils portaient de drôles de combinaisons comme s'ils cherchaient à se protéger d'un quelconque virus. Elle remarqua en outre qu'ils se déplaçaient à l'aide d'un skate-board volant. Que c'est étrange, songea-t-elle.
La main d'un des types sur son épaule la sortit de sa torpeur, elle reprit contact avec la réalité, une réalité qu'elle n'aimait pas. Ce qui lui arrivait en ce moment même lui semblait encore plus curieux que toutes les situations pénibles qu'elle avait connues. Ces individus sortaient de l'ordinaire !
Ils la conduisirent hors du centre commercial et la firent monter dans un véhicule ressemblant à une navette volante.

- Nous vous laissons entre les mains de Cuny ! fit Simeon. Il va vous conduire auprès d'une personne qui essaie de vous rencontrer depuis fort longtemps ! expliqua Ovide d'un ton impavide.
- Mais pourquoi toute cette mise en scène? Ne suffisait-il pas de me dire que quelqu'un cherchait tout simplement à me voir ? objecta Alison d'une voix aiguë.
- Lubin vous expliquera tout, rétorqua Simeon.
- Qui est ce Lubin ? s'enquit Alison.
- Assez perdu de temps ! Cuny, vous pouvez emmener Mademoiselle !
- Bien entendu !

*

Alison était dans un état second. Toute cette histoire lui donnait le vertige. Elle sentait ses jambes se dérober sous elle, des tremblements incontrôlables prenaient possession de son corps qu'elle ne maîtrisait plus. Elle avait l'impression que son destin lui échappait à nouveau. L'ancienne Alison faisait son retour sur la scène : les ennuis reprenaient le dessus. Elle eut beau essayer de contenir sa peur, celle-ci s'amplifiait au fil des secondes et les battements de son coeur se répercutaient désormais à ses tempes comme des coups de marteau brefs et puissants.
Elle survolait sa ville natale dans une navette à la conception futuriste en compagnie d'un individu qu'elle ne connaissait même pas et qui refusait de répondre à ses questions. Le trajet dura une petite heure puis ils atterrirent à l'orée d'une forêt. Ils descendirent du véhicule, Cuny lui ordonna de le suivre. Ils parvinrent près d'une grotte dissimulée sous les feuillages des arbres et se faufilèrent à l'intérieur. Un autre appareil encore plus curieux que la navette les attendait. Cuny fit signe à Alison de prendre place, lui demandant de rester calme en voyant cette dernière s'agiter. Il programma la machine et déclara :

- Cette machine est une machine à voyager dans le temps.

Alison le dévisagea comme s'il lui avait annoncé la fin du monde.

- Ne cherchez pas à comprendre les raisons de votre présence ici, vous le saurez en temps et en heure, poursuivit-il froidement. Contentez-vous d'obéir et tout se passera au mieux.
- Mais ... balbutia Alison.
- Nous n'avons pas de temps à perdre Mademoiselle, nous devons partir immédiatement !

Alison, face au ton glacial de Cuny, obtempéra. Elle avait la gorge nouée et le coeur palpitant d'angoisse. Sa dernière heure était-elle arrivée ? Elle était emprisonnée dans cette machine, les bras et les jambes fixés par des harnais attachés au siège de voyage tandis qu'un casque recouvrait sa tête. Elle avait l'impression de partir pour un voyage spatial dont la destination était hautement incertaine. Elle sentit tout à coup des secousses violentes et la machine annoncer le départ imminent : trois ... deux ... un ...
Elle vit défiler sous ses yeux des images incohérentes, sentit une migraine se presser derrière son front tandis que son coeur battait la chamade. Elle crut un instant qu'elle ne survivrait pas à ce voyage et qu'elle finirait réduite en poussière. Les secousses étaient si intenses qu'elle eut un instant l'illusion que son corps allait se désagréger puis tout à coup ce fut le calme complet. Plus de secousses, plus un bruit, plus d'images floues, ... la machine avait stoppé son voyage. Elle n'aurait su dire combien de temps avait duré cette pénible épreuve mais elle eut l'impression que cela avait duré une éternité. Elle en ressentait encore les effets !
La porte de la machine s'ouvrit doucement, le casque qui lui protégeait la tête se retira tandis que les harnais se défirent tout naturellement. Elle se dégagea de son siège, se leva avec un léger étourdissement et sortit de la machine.

La vue était magnifique. Une étendue verdoyante agrémentée de massifs fleuris et d'arbres déployant des couleurs chatoyantes s'imposait à elle tel un paradis terrestre. Au centre de ce lieu magique trônait un étang autour duquel pointaient des têtes d'or, semblables à des jonquilles qui s'harmonisaient avec les rayons du soleil. Les pelouses d'un vert impressionnant étaient égayées par des perce-neige et des crocus violets et blanc. Des oiseaux aux couleurs exotiques perchés sur les arbres chantonnaient d'agréables mélodies tandis que quelques écureuils traversaient ces lieux en toute quiétude.
Ce chaleureux paysage où tout était harmonie contrastait fortement avec ce que connaissait Alison dans son monde : la végétation se faisait de plus en plus rare en raison de la pollution atmosphérique qui troublait les rythmes cycliques de la nature, l'empêchant de s'épanouir outre mesure. Les arbres et les plantes n'arrivaient plus à avoir une croissance normale, ils étaient désormais vétustes, cela commençait à poser de sérieux problèmes dans la chaîne alimentaire.
Alison était ébahie par ce sublime spectacle et cet air sain qu'elle respirait à pleins poumons. Cela lui semblait si irréel ! Elle vit tout à coup se dessiner au milieu de ce décor féerique une silhouette masculine progressant d'un pas décidé.
Un homme aux cheveux blonds coupés courts à l'allure athlétique, s'approchait d'elle, un large sourire aux lèvres, tendant les bras en sa direction. Face à cet homme en totale harmonie avec l'environnement, Alison resta interdite. Elle était subjuguée par cet inconnu au regard perçant. Il était à présent à quelques pas d'elle, l'observant sans mot dire. Un silence s'installa entre eux, un silence apaisant. Chacun savourait cet instant inédit.
Alison ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait. Elle ne connaissait pas cet individu et pourtant elle se sentait en phase avec lui comme si elle le connaissait bien. L'homme percevait ses impressions et ne put s'empêcher de sourire. Alison déglutit péniblement quand ce dernier glissa ses mains dans les siennes. Tous ses sens étaient en émoi, ressentant un bien-être indescriptible au contact de la douceur de ces mains. Elle avait le sentiment que cet homme lui transmettait sa chaleur et son énergie. Il continuait de la regarder en souriant, sentant le trouble d'Alison.

- Le destin nous a enfin réunis, dit-il tout à coup. Cela fait des années que je t'attends ma très chère Alison.
- Je ne comprends pas, balbutia-t-elle.
- C'est normal ma tendre chérie, répondit-il en posant doucement une main sur son visage. Cela ne peut s'expliquer par la raison. Tu as parcouru plusieurs dizaines d'années pour venir me rejoindre. J'attendais que ma machine à voyager dans le temps soit opérationnelle pour te ramener à mes côtés.

Alison était dans un état second. Cela dépassait de loin son entendement !
- En quelle année sommes-nous ? réussit-elle à articuler.
- Nous sommes en juin 2058.
- En 2058 ? répéta-t-elle éberluée par cette découverte.
- Oui tout à fait. Et je m'appelle Lubin ...

Avant de poursuivre, il hésita un court instant, ne sachant pas comment lui expliquer quel lien particulier l'unissait à elle.

- Nous avons traversé et surmonté de terribles épreuves ma douce Alison mais nous avons toujours réussi à surmonter tous les obstacles. Même le temps et l'espace n'ont pas réussi à nous séparer. La preuve en est ta présence ici à mes côtés.
- Comment est-ce possible et qui êtes-vous au juste ?

Alison ne s'expliquait pas cette attirance pour cet inconnu mais il était indéniable qu'elle se sentait irrésistiblement attirée par lui comme si il était cette moitié, celle qu'elle attendait depuis toujours. Elle n'avait pas peur de lui, son intuition lui disait de lui faire confiance, de l'écouter. Elle avait l'intime conviction qu'ils étaient liés par quelque chose de très fort sans pour autant savoir comment l'expliquer.

- Je comprends ma tendre Alison que cela soit difficile à comprendre mais nous sommes liés pour l'éternité l'un à l'autre. ... Crois-tu en la métempsycose ?

A cette question, elle arbora un sourire suivi d'un signe de tête affirmatif.

- Nous nous sommes connus à d'autres époques et nous nous sommes toujours retrouvés sous différentes entités.

Alison le regardait sans mot dire, consternée. Elle avait beau croire au surnaturel, il n'en restait pas moins que les propos de Lubin l'ébranlaient. Elle savait qu'il disait la vérité, elle le sentait au plus profond d'elle-même, ce qui expliquait cette impression de le connaître.

- Du moins ... il s'arrêta un cours instant avant de poursuivre jusqu'à ce que je meurs en 2010 d'une maladie incurable à l'âge de 17 ans. Je me suis réincarné en 2025 sous cette entité, portant le nom de Lubin. Mais je ne t'ai pas retrouvé dans mon monde car tu es décédée dans le tien en 2040 dans de drôles de circonstances. ...

Alison continuait de le regarder, estomaquée.

- Comment ça décédée ?
- Tu as été tuée involontairement lors d'une mission qui a mal tourné. Tu n'aurais pas dû mourir, ce n'était pas dans ta destinée. Comprends-tu ce que j'essaie de te dire ?
- Oui je crois, répondit-elle toujours sous le coup du choc.
- Quand j'ai compris qui tu étais réellement, que sous cette Alison se cachait ma tendre bien-aimée, je me suis acharné nuit et jour à mettre au point une machine à voyager dans le temps pour pouvoir te sauver et te retrouver. ... Normalement, nous ne changeons pas le passé mais dans ton cas, c'est différent, tu n'aurais pas dû mourir. Ce n'était pas inscrit dans l'histoire.
- Mais comment peux-tu savoir cela ? s'esclaffa-t-elle perplexe.
- Ce serait trop long à t'expliquer. Sache seulement que je t'ai retrouvée ma douce et tendre et que je compte passer le restant de mes jours en ta compagnie.

Alison, toujours aussi confuse, ne savait que répondre.

- Alison, dit-il d'un ton solennel, es-tu prête à rester en ma compagnie jusqu'à la fin de ta vie dans ce monde.
- N'y a-t-il pas un risque à rester dans le futur avec toi ?
- Non ma toute douce. Dans le cas contraire oui, si moi je retournais dans ton monde car je serais confronté à mon autre moi et risquerai de disparaître à jamais.
- Quelque chose m'intrigue !
- Oui ?
- Depuis quand sommes-nous liés dans les couloirs du temps et de l'espace ?
- Depuis une éternité !
- Comment peux-tu savoir une telle chose ?
- Tu poses beaucoup trop de questions pour le moment, fit-il en plaçant délicatement ses lèvres sur les siennes pour qu'elle se taise.

A ce baiser langoureux, Alison comprit que Lubin était bien le prince charmant dont elle avait toujours rêvé. Elle reconnaissait ce contact physique même s'il lui semblait étrangement lointain. Elle comprit ce qu'entendait Lubin quand il lui affirmait qu'ils étaient liés à jamais. Ce baiser échangé en était une preuve, la façon dont il l'étreignit en était une autre. Lubin n'était pas un inconnu à ses yeux en dépit de son apparence. Ils étaient liés corps et âme pour toujours quelque soient les circonstances de la vie et de l'univers.

*


Lubin la conduisit dans sa demeure pour partager avec sa toute douce de nobles sentiments, ceux qu'il alimentait depuis des siècles sans qu'ils ne s'éteignent. Il partageait avec Alison bien plus qu'une passion charnelle. Ils avaient les mêmes envies, les mêmes goûts et surmontaient depuis des siècles toutes les épreuves que le destin leur avait infligés. Le destin les avait certes aidés à se retrouver mais il n'avait pas toujours été tendre. Ils durent en effet se soutenir durant de longues périodes pour ne pas plonger dans les malheurs de la vie terrestre.

Quand Alison franchit le seuil de la demeure de Lubin, elle constata que celle-ci était à l'image de son propriétaire, chaleureuse et accueillante, respirant le bonheur. Cette charmante maison au milieu de la forêt était l'image que se faisait Alison du bonheur à deux. Elle n'en demandait pas davantage. Que lui manquait-il désormais ? Rien à vrai dire ! Elle avait enfin atteint le but qu'elle s'était fixé plus jeune. Elle ne pensait pas que ce but se concrétiserait ! Elle avait mérité cette nouvelle vie que lui proposait Lubin dans son monde ! Une vie de paradis terrestre ! La patience finit toujours par payer, songea-t-elle, ravie.

Sans toi

Sans toi je me sens seul.

Sans toi je ne dors pas la nuit.

Sans toi je pleure.

AVEC TOI je me sens moins seule.

AVEC TOI je dors la nuit.

AVEC TOI je ne pleure plus.



Gwendolyn

Le nouveau monde

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En ouvrant les yeux, Abel eut une sensation étrange. Il avait l' impression d'avoir dormi une éternité. Il avait les jambes engourdies, l'esprit confus, la tête prise dans un étau et la gorge sèche. Son front se creusa de rides quand il balaya la pièce d'un regard circulaire. L'inquiétude assombrit son regard à la vue de tous ces appareils sophistiqués hors du commun. C'était comme s'il se trouvait dans un vaisseau spatial. Des machines ressemblant à des moniteurs étaient animées de témoins lumineux rouge, vert et jaune se manifestant à un rythme régulier tandis que des écrans lançaient un signal sonore par intermittence. En voulant se redresser sur son séant, il s'aperçut que son bras gauche était relié à l'une des machines par un fin tuyau transparent dans lequel se déversait au compte-gouttes un liquide jaune translucide. Il remarqua en fixant son regard sur l'énorme machine se dressant au fond de la salle, que chacun de ses gestes était contrôlé : l'écran communiquait une coupe de ses organes en trois dimensions que l'on voyait fonctionner dans les moindres détails. Ce drôle d'ordinateur géant emmagasinait toutes les informations relatives aux corps humain et détectait le plus petit dysfonctionnement de l'un des organes qu'il transmettait par un signal sonore particulier. C'est ainsi qu'un son strident se propagea dans la pièce qui pétrifia Abel sur place. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Il était éberlué par cet environnement aux allures futuristes. Et surtout, il se demandait ce qu'il faisait alité dans ce caisson aux parois transparentes lui-même relié aux moniteurs par d'énormes tubes en aluminium. Il avait le sentiment que son corps ne lui appartenait plus, qu'il était possédé par ces appareils futuristes. Il était désemparé. Il cherchait en vain dans sa mémoire la façon dont il était arrivé en ce lieu insolite mais aucun souvenir ne remontait à la surface. C'était le trou noir, un grand vide comme si les données de son cerveau avaient été effacées.
Le vacarme que fit la machine quand il tenta de se mettre sur ses coudes pour observer son environnement appela l'attention de deux femmes en combinaison stérile blanche qui surgirent de derrière une porte coulissante qui se fondait dans le décor, ne faisant plus qu'un avec la paroi latérale à gauche du caisson dans lequel était enfermé Abel. comprit qu'il se trouvait dans un hôpital. Mais que faisait-il dans un tel lieu ? Il n'était pas blessé et n'avait aucun souvenir d'une admission dans ce lieu. Il héla une infirmière pour comprendre ce qu'il lui arrivait.
A peine eut-il ouvert la bouche qu'une femme aux cheveux auburn et deux infirmières se précipitèrent à son chevet, totalement sur le qui-vive. Pourquoi étaient-elles donc hystériques ?
- Abel ! Tu es enfin réveillé ! Si tu savais depuis combien de temps j'attends ce miracle! s'esclaffa cette rousse avec amour.
Abel dévisagea cette femme avec stupeur. Il crut reconnaître en cette femme sa soeur jumelle Lauren avec quelques rides de plus et une silhouette un peu plus enrobée. Était-elle une de ses tantes dont sa mère ne faisait jamais mention ? Pourquoi se réjouissait-elle autant de son réveil ? Il ne la connaissait pas ! Abel ne savait que penser. Cette femme prit finalement la parole. Elle allait lui donner les réponses aux questions qu'il se posait.
- Comment te sens-tu ? lui demanda-t-elle d'un sourire enjôleur comme s'ils étaient intimes.
Il la regarda sans mot dire, incapable d'émettre le moindre son tant cette situation l'indisposait. Il avait besoin d'éclaircissements avant de se montrer conciliant. Parler avec des inconnus n'était pas dans ses habitudes.
- Nous allons faire un bilan complet de son état de santé ! dit le médecin en s'adressant aux deux infirmières. Il est définitivement sorti du coma, nous devons nous assurer que toutes ses fonctions vitales sont en excellent état, expliqua-t-il en se tournant vers la femme aux cheveux auburn.
Abel n'aimait pas cette façon qu'on avait de l'écarter de la conversation comme s'il n'était qu'un vulgaire objet ornant cette chambre d'hôpital. Pourquoi ne s'adressait-on pas à lui ? Il était apte à comprendre toute situation, aussi pénible qu'elle pouvait être ! se dit-il. Bon sang de bonsoir, je suis là ! Vous ne pouvez pas m' ignorer ainsi !
- Abel, fit la femme aux cheveux auburn en prenant un ton grave, ce que je vais te dire va probablement te bouleverser.
- Mais qui êtes-vous à la fin ? demanda Abel avec emphase.
- Tu ne me reconnais donc pas ? continua-t-elle en prenant un ton affligé. . . . je suis ta soeur . . . Lauren !
- Vous ne pouvez pas être ma soeur ! dit-il en s'énervant. Elle a à peine trente ans . . . alors que vous, vous en paraissez cinquante !
Lauren fut troublée et vexée par la remarque de son frère. Mais en raison de son état, elle ne lui en tint pas rigueur.
- Cela me chagrine beaucoup que tu ne me reconnaisses pas mais il va falloir accepter la situation, Abel ! Ce que je vais t'annoncer, va te causer un choc!
Abel la regarda, consterné. Son regard alla du médecin aux deux infirmières pour revenir à cette femme qui prétendait être sa soeur.
- Nous sommes en 2022 ! lui avoua-t-elle.
- Que racontez-vous ? Vous dites n'importe quoi ! répondit Abel excédé.
- Tu as eu un grave accident de voiture en octobre 2006 et tu es tombé dans le coma, expliqua-t-elle calmement.
Abel la fixa droit dans les yeux, plongeant son regard dans le sien, sans y déceler une quelconque trace d'un mensonge. Elle semblait sincère. Il sentit une boule se former dans sa gorge, son estomac se contracter et son sang battre à ses tempes tant cette situation lui semblait incongrue.
- Et où se trouvent Lucy et Mylène ? réussit-il à demander en déglutissant péniblement.
- Je ne sais comment t'annoncer cela, répondit-elle, l'air embarrassé.
- Ne tourne pas autour du pot ! Vas-y , jette toi à l'eau, ajouta-t-il d'un ton ironique. Au point où j'en suis, je peux m'attendre à tout !
- C'est probablement ce que tu imagines ! Mais les choses sont bien plus graves que tu ne le penses ! continua-t-elle en choisissant ses mots.
Elle lui prit la main qu'elle serra fermement et se lança :
- Ta fille et ta femme ont péri pendant la catastrophe de 2012.
- Que dis-tu ? fit Abel, le souffle coupé, la voix à peine audible.
- Quand tu étais dans le coma, une terrible catastrophe naturelle s'est produite en 2012. Des milliards de gens sont morts. La terre entière a été touchée. Peu de pays ont été épargnés.
- Mais de quelle catastrophe parles-tu ? Je ne comprends rien de ce que tu me racontes ! dit-il en s'énervant et d'un ton où perçait l'inquiétude.
- Il va me falloir des heures pour tout te raconter. Pour le moment, je pense qu'il est préférable que tu te reposes.
- C'est exact ! corrobora le médecin qui n'avait pas encore quitté la chambre. Vous venez seulement de sortir de votre coma. Votre corps a besoin de repos et une émotion supplémentaire pourrait avoir de graves conséquences sur votre organisme.
- Ça fait des années que je me repose, d'après ce que vous me dites ! vociféra Abel. Et vous croyez réellement que je vais rester sagement assis alors que ma femme et ma fille son mortes ! enchaîna-t-il en hurlant.
- Je n'ai jamais prétendu le contraire ! J'essaie seulement de vous faire comprendre que vous êtes encore faible physiquement et . . . moralement ! Ne précipitons pas les choses ! Méditez et digérez ce que vous venez d'entendre et demain, nous vous expliquerons dans les moindres détails les circonstances de cette catastrophe mondiale, expliqua le médecin.
Fou de rage, mais effectivement très faible, de mauvaise grace, il put qu'obtempérer et se rangea de l'avis de ce dernier.


Une fois seul, l'esprit d'Abel se mit en pleine effervescence, il analysa sa situation sous tous les angles. Des idées fusionnèrent dans tous les sens. Sa soupape était sur le point d'exploser ! Il avait du mal à croire et imaginer qu'il se trouvait en 2022 et que sa femme et sa fille étaient mortes. Il avait certes eu l'impression d'avoir dormi pendant des jours mais de là à imaginer que 16 ans s'étaient écoulés, cela lui semblait invraisemblable.
Il se demanda qu'elle était l'apparence du monde et décida de se lever, coûte que coûte, pour aller jeter un coup d'oeil par la fenêtre. Son corps était moins engourdi, il parvint tant bien que mal à parvenir à la fenêtre et se jeta dans l'unique fauteuil de la chambre. Il se redressa pour pouvoir observer le monde extérieur.
Ce qu'il vit, là, dehors, ne le rassura point. Il n'y avait pas âme qui vive et le paysage était désolant. La verdure était rare, quelques arbres chétifs arrivaient à pousser sur cette terre aride, et des sillons de terre creusés de petits cratères se répandaient à perte de vue. Abel avait l'impression d'être sur une autre planète. Rien ne lui rappelait le monde dans lequel il avait vécu avant de tomber dans le coma. Il eut beau regarder de tous les côtés de l'horizon, il n'aperçut aucune habitation et, chose surprenante, les véhicules semblaient avoir disparu de la circulation. Seul l'univers proche de l'hôpital dans lequel il résidait, était actif. Et encore, employer le terme d'«activité» était un grand mot ! Quelques médecins et infirmières allaient et venaient dans diverses bâtiments dont les façades étaient recouvertes de panneaux solaires. Il remarqua à sa droite, une station réservée aux chameaux. Ce fut comme si il était au milieu du désert. Les gens avaient apparemment banni les véhicules à moteur. Cela lui parut impensable. Que s'était-il donc produit pour que le monde extérieur ait cette apparence ? Ce monde contrastait fortement avec l'intérieur de l'hôpital muni d'appareils sophistiqués ! Il était dans le brouillard. Il devait rêver. Il secoua la tête, espérant se réveiller et se dire : « Ce n'était qu'un cauchemar! » Hélas, ce qu'il vivait était bel et bien la réalité.
Il se releva pour atteindre le miroir situé à gauche de son lit. Il se demandait quelle tête il pouvait bien avoir au bout de seize ans. Il fut surpris de constater que son visage avait certes pris quelques rides mais qu'il n'était pas fortement marqué par les années. Cela est en fait normal, songea-t-il. J'ai dormi !
Il se réinstalla dans son lit, lut l'heure sur l'horloge suspendue au mur devant lui et se rendit compte que son estomac criait famine. Il était cinq heures du soir. Il appuya sur la sonnette accrochée au-dessus de son lit et une femme d'une soixantaine d'années, au visage buriné, apparut sur le seuil de la porte.
- Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle d'un ton courtois.
- Serait-il possible de grignoter quelque chose ? fit Abel poliment.
- Je vais voir ce que je peux faire !
Dix minutes plus tard, une jeune femme mince aux cheveux longs et bouclés revenait avec un plateau garni d'aliments qu'Abel ne connaissait pas.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il intrigué.
- Nous appelons ces légumes les légumes du nouveau monde.
- Je suppose que cela a un lien avec la catastrophe de 2012 ?
- C' est exact ! Mais j'ai eu pour consigne de ne vous donner aucune information à ce sujet. On vous expliquera tout en temps et en heure.
- Bien sûr ! fit Abel sarcastique.
Abel examina le contenu de son assiette, suspicieux. Il n'avait encore jamais vu ce genre de légumes et leur aspect ne l'incitait guère à les manger de bon coeur. Mais comme il avait une faim de loup, il se lança dans l'exploration de ces nouveaux mets. A la première bouchée, il se montra réticent. Puis il avala une bouchée, deux bouchées, les engloutissant plus rapidement, il devait bien reconnaître que ces mets étaient succulents. Il ne se rappelait pas avoir mangé de légumes aussi délicieux dans son monde ! Il se demandait ce que ce nouveau monde lui réservait encore. Une fois qu'il eut vidé son assiette, il fut repu. La satiété le plongea quelques instants plus tard dans un sommeil profond. Il passa une nuit relativement paisible en dépit de sa situation singulière !




Il fut réveillé le lendemain matin de bonne heure. Il s'était certes écoulé seize ans depuis 2006 mais les habitudes des hôpitaux n'avaient apparemment pas changé. Les malades étaient toujours réveillés aux aurores pour la prise quotidienne de la tension et de la fièvre. Il prit son petit-déjeuner une heure plus tard, la consistance de celui-ci le laissa septique et ne l'encouragea guère à le prendre. Contrairement à la veille, il n'avait pas très faim et avait hâte de connaître les circonstances de cette fameuse catastrophe de 2012. Il attendait impatiemment l'arrivée de sa soeur, il devait bien avouer que sa présence le réjouissait déjà. Il s'était fait à l'idée qu'ils avaient vieilli et qu'elle resterait toujours sa soeur jumelle, que l'on soit en 2006 ou en 2022 ! Elle arriva assez tardivement dans la matinée, ayant eu des contraintes de dernière minute.
- Bonjour petite soeur ! lui dit-il gaiement.
- Ce n'est pas possible ! Ce n'est pas le frère que j'ai quitté hier soir, celui qui se montrait incrédule et grincheux. On me l'a métamorphosé ! dit-elle avec légèreté.
- J'ai pris du recul depuis hier. Imagine un instant être à ma place. Comment réagirais-tu ?
- A vrai dire, je n'en ai pas la moindre idée. Probablement de la même façon que toi. Nous ne sommes pas jumeaux pour rien ! ajouta -t-elle d'un air complice.
- J'aimerais que tu me parles maintenant de cette catastrophe et de ses conséquences à l'échelle planétaire, lui dit-il en la regardant sérieusement.
- Oui, je sais. Installe-toi bien au fond de ton lit car ça va être long !
Abel s'exécuta immédiatement et tendit l'oreille.
- En 2010, commença-t-elle, la situation climatique s'est dégradée à une vitesse phénoménale si bien que les scientifiques se sont mis nuit et jour à chercher une solution pour stopper l'effet de serre qui prenait des dimensions gigantesques à cause du CO2 émis en grande quantité par les usines et les transports en tout genre.
- Était-ce si grave que ça ?
- Bien plus que tu ne peux l'imaginer. Les incendies se déclaraient de plus en plus souvent, sans raison apparente, n'importe où, et surtout . . . ils devenaient difficiles à maîtriser et on commençait sérieusement à manquer d'eau.
Abel l'écoutait attentivement.
- Un scientifique américain, Williams Delorm, a finalement trouvé une alternative en 2011 pour remédier à cet effet de serre. Il a eut l'idée d'ensemencer les océans en particules de fer pour permettre au phytoplancton de résorber l'excédent de CO2. Mais pour que cette démarche soit efficace, il fallait que le carbone absorbé soit transféré dans les océans profonds. Ce fut le cas ! Tous les scientifiques se réjouissaient de cette première réussite. Mais les choses n'ont pas tourné comme elles auraient dû ! Au lieu de diminuer, l'effet de serre a augmenté.
- Pourquoi ? demanda Abel.
- Une partie de la matière organique qui s' était développée au fond de l'océan s'est oxydée en consommant l'oxygène dissous dans l'eau de mer et comme certaines régions de l'océan étaient dépourvues d'oxygène, cela a une conséquence désastreuse : certaines bactéries capables de dégrader les nitrates se sont développées à une vitesse phénoménale. Ces bactéries ont développé un gaz, le protoxyde d'azote qui s'est échappé dans l'atmosphère entraînant des conséquences dramatiques à l'échelle planétaire.
- En quoi ce gaz est-il dangereux ?
- C'est un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2. En l'intervalle de quelques mois, la température de la terre s'est élevée de plusieurs degrés, n'épargnant aucun continent. Nous avons du faire face à la montée des eaux qui a entraîné l'éviction de tous les habitants des côtes sur une centaine de kilomètres. La moitié a péri dans ces eaux mais le plus grave, Abel, souligna-t-elle en lui serrant fermement le bras droit, ce sont les incendies qui ont surgi un peu partout dans le monde et qui ont ravagé des milliards d'hectares de terre et les habitations. En l'espace de quelques semaines, la terre était devenue une terre de désolation.
- Et comment avez-vous réussi à survivre ?
- Laisse-moi terminer, s'il te plaît, dit-elle impatiemment.
- Nous ne sommes plus que 800 000 sur terre, révéla Lauren.
Abel la regarda, les yeux écarquillés, aussi ronds qu'une soucoupe.
- Et comment les rescapés ont-ils réussi à survivre ?
- Les habitants des régions les plus chaudes ont tous péri dans les incendies ou à cause de l'effet de la chaleur devenue insupportable même pour le plus résistant des hommes ! Les températures dans ces régions ont atteint des pics de 7O°C ! c'était une vraie fournaise !
- Et les autres ? Comment s'en sont-ils sortis ?
- Ceux qui en ont eu le temps et la possibilité se sont réfugiés au pôle nord, le seul endroit où la température était acceptable. On ne dépassait pas les 35°C lors des pics.
- Il y a une chose qui m'intrigue.
- Oui, laquelle ?
- Comment se fait-il que l'on m' ait sauvé alors que j'étais dans le coma depuis des années ???
- Tu ne croyais tout de même pas, tête de linotte, que ta petite soeur allait t'abandonner ! dit-elle, une larme d'émotion roulant le long de sa joue.
- Je suis vraiment désolé de te faire revivre ça, fit Abel d'un ton navré.
- Tu n'as pas à être désolé ! Je suis tellement heureuse que tu sois enfin à nouveau parmi nous !
- Et pourquoi, Lucy et Mylène n'ont-elles pas pu être sauvées?
- A cette époque, Lucy était partie dans le sud de la France pour y refaire sa vie.
- Pour y refaire sa vie ?! s'esclaffa Abel, ne comprenant pas.
- Je regrette de devoir t'annoncer ça mais à cette époque personne ne pensait que tu sortirais du coma un jour. Lucy a décidé de reprendre sa vie en mains et elle a fait la connaissance de Julien qui lui a rapidement proposé de vivre avec lui dans sa villa d'Hyères située au sud de la France.
Lauren remarqua le trouble d'Abel en entendant la nouvelle. Elle ressentit un pincement au coeur en constatant qu'il souffrait bien plus qu'il ne voulait le montrer. Pour lui, il ne s'était pas écoulé seize ans, c'était comme si Lucy l'avait quitté la veille.
- Je suis sincèrement navrée d'avoir du t'annoncer cela, dit-elle doucement.
- Je l'aurais de tout façon appris à un moment ou un autre, répondit-il pour la rassurer. . . . Et si tu me racontais la suite des évènements, suggéra-t-il d'un air enthousiaste.
- Ceux qui ont eu la chance de se trouver dans l'hémisphère nord de la planète à ce moment de la catastrophe, ont pu se rendre au Groenland, en Suède, en Alaska et en Sibérie où la température était acceptable comme je te l'ai déjà dit.
- Et qu'en est-il du reste de la planète aujourd'hui ?
- La plupart des continents sont désertés. Il est impossible de vivre dans ces régions actuellement. La terre n'est pas cultivable et surtout, il n' y a pas d'eau. Les changements climatiques ont entraîné une modification de la faune et de la flore et notre alimentation s'en est trouvée modifiée. Nous avons élaboré de nouveaux fruits et légumes que nous cultivons uniquement sous serre car les écarts de température entre le jour et la nuit sont extrêmes. Nous en avons de plus de 30°C !
- C'est incroyable ! s'esclaffa Abel qui n'en revenait pas. Et comment vivent les gens aujourd'hui ?
- Les mentalités ont changé ! La violence est devenue quasi inexistante et tout le monde se serre les coudes. On ne travaille plus pour faire des bénéfices mais pour aider son prochain. Notre lutte contre le changement climatique est loin d'être terminée. Il nous a fallu plusieurs années pour retrouver un semblant de vie proche de la normale. Nous avons du tout reconstruire, bâtir des demeures protégeant du climat et permettant d'utiliser l'énergie solaire. Les centrales nucléaires n'existent plus, nous avons banni les moyens de transport à moteur, nous ne nous déplaçons plus qu'à vélo ou à dos de chameau.
- Mais pourquoi donc ?
- Il est exclu d'émettre à nouveau du CO2. Ce serait la fin du monde ! Le protoxyde d'azote s'est enfin « évaporé » de l'atmosphère. Nous commençons seulement à respirer quasiment normalement. Les scientifiques ont constaté une baisse sensible des températures ces deux dernières années . . .. C' est encourageant ! il y a donc un mince espoir pour qu'un jour les gens puissent à nouveau vivre en Europe, en Amérique du Sud et en Afrique. Mais à l'heure actuelle, il est encore trop tôt pour s'avancer !
- Et pourquoi circulez-vous à dos de chameau ?
- Ce sont d'une part les seuls animaux résistants aux écarts de température et d'autre part le désert a énormément avancé depuis l'effet de serre. Beaucoup de continents sont recouverts de sable ! C'est aussi pour cette raison que nous ne savons pas encore si les continents abandonnés seront à nouveau habitables un jour.
- Quelque chose m'intrigue, fit Abel. Comment fonctionne l'économie aujourd'hui si chacun travaille pour le bien des autres ?
- L' argent n'a plus de valeur ! Nous sommes tous à égalité et dans la même galère. Mais au final, la plupart ont un niveau de vie supérieur à celui qu'ils avaient avant la catastrophe.
- Et toi, quelle est ta contribution au coeur de cette société ?
- Je me suis spécialisée en médecine. C'est aussi pour cette raison que tu es parmi nous aujourd'hui, souligna-t-elle sans une pointe d'humour dans la voix.
- Je vois.
- Nous avons fait, en parallèle de cette catastrophe, d'immenses progrès dans le domaine médical. Comme nous ne travaillons plus pour l'argent, l'envie d'aider les autres est devenue chose naturelle. Pour information, nous guérissons le SIDA sans problème et 80% des cancers se soignent facilement. Les médicaments ont aussi évolué. Nous bannissons autant que possible tout ce qui est chimique, que ce soit dans le domaine médical ou alimentaire, et nous nous concentrons à produire des produits naturels. Nous pensons que les hommes seront ainsi plus résistants et que la terre retrouvera un équilibre.
- Je suis certain que je se suis loin d'avoir tout entendu !
- Affirmatif, mon caporal ! dit-elle en riant. Je pense que je t'ai dit le plus important. Tu découvriras le reste par toi-même quand tu seras autorisé à sortir de l'hôpital.
- Et ma sortie aura lieu bientôt ?
- Une fois que nous serons certains que tes jours ne sont plus en danger hors de cet établissement. D' ici une semaine environ. Mais ne t'inquiète pas, je serai là pour te chérir ! Figure-toi que je travaille dans cet hôpital, termina-t-elle, un sourire radieux aux commissures des lèvres.
Lauren avait passé la matinée à lui narrer de long en large les circonstances de la catastrophe et il était temps pour elle qu'elle le quitte. Elle laissa par conséquent Abel seul, abasourdi. Il lui faudrait un certain temps pour tout digérer. A la fin de la journée, il réussit à se détendre et à imaginer son avenir dans ce nouveau monde, un monde dans lequel il ne reverrait plus Lucy et Mylène, un monde auquel il devrait s'adapter et peut-être un monde qui lui ouvrirait des portes et lui permettrait de nouer de nouvelles connaissances. Ce monde que lui avait décrit Lauren ne lui semblait pas si pessimiste, il avait le sentiment que ce monde était meilleur car les gens avaient appris, au travers de la catastrophe, à s'aimer les uns et les autres et à éliminer la criminalité de la surface de la terre.

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29.09.2007

Plage dorée

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Deux amoureux le long d'une plage au sable doré
Par les rayons du soleil levant visages illuminés
Contemplation de l'océan d'un bleu azuré
A la lumière du jour échanges de baisers

Ma main effleure ton magnifique visage
Regards pétillants sur cette idyllique plage
Heureux présage cette rencontre en ce lieu
Nous plongeant dans un univers merveilleux :

La découverte d'un sentier féerique boisé
Déployant une réalité insoupçonnée
Nature dévoilant des trésors inexplorés
Nous pénétrons dans ce paradis raffiné

Bras et jambes enlacés, corps resplendissants
Découverte de trésors dissimulés, regards flamboyants
Avalanche de caresses, soupirs de contentement
Abondance de tendresse, désirs d'envoûtement

Douceur de nos peaux, échange de chaleur charnelle
Mélange de velours et de soie, une belle association
Celle de nos deux moitiés en une union sensuelle




Corinne VOMSCHEID

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