06.02.2008
Jalousie meurtrière : chapitre 32
.... extrait
Alva avait réussi à échapper à Walter un court moment, le temps de récupérer et recouvrer ses esprits. Elle tendit l'oreille : elle distingua des pas sonores dans le corridor recouvert de carrelage. cambridge surgit dans la salle de jeu, le regard brûlant tel un fauve à la recherche de sa proie. Tapie derrière la porte de la pièce, Alva retenait sa respiration, son beau-frère était à quelques pas d'elle, elle entendait le souffle rauque de sa respiration. Quand il fut à proximité de la porte-fenêtre, elle saisit l'occasion pour sortir de la salle de jeu, à pas feutrés. Elle traversa précipitamment le couloir et aperçut la silhouette de Walter qui venait de faire un tour sur lui-même. Il la repéra. Il s'élança vers elle d'une démarche alerte. Plongée dans l'obscurité, elle se lança à l'aveuglette en direction du premier étage. Elle avait l'avantage sur lui ! Elle connaissait les dispositions des pièces de la maison comme sa poche !
Sans qu'elle eut le temps de comprendre qu'il venait de bondir à côté d'elle, il l'attira brutalement contre lui. Elle lui fit volte-face et lui enfonça son coude dans les côtes. Il ressentit une vive douleur et lâcha prise un instant. Elle en profita pour courir de toutes se forces vers le premier étage et se réfugier dans sa chambre. Une fois la douleur passée, Walter se rua vers elle en chancelant. Il parvint à la rejoindre rapidement dans la chambre où elle venait de prendre ses quartiers.
Une fois que l'inspecteur Logan donna l'ordre d'investir les lieux, les officiers de police firent une entrée tumultueuse dans la demeure, fracas qui n'échappa pas à l'oreille attentive d'Alva. Elle se mit à crier d'un cri strident, implorant du secours. Sam, le responsable des opérations, fit signe à ses hommes de gravir les escaliers conduisant au premier. Ils les montèrent consciencieusement, prêts à brandir leur arme au cas où le suspect ferait son apparition. Une marche grinça, Alva l'entendit et cria de plus belle : « Au secours ! ».
Walter qui, en dépit de son esprit dérangé, n'était pas dupe, avait lui aussi perçu la présence d'inconnus dans la maison. Il appuya sur l'interrupteur de la chambre et la lumière du lustre inonda la pièce plongée dans l'obscurité. Alva se tenait à proximité de la fenêtre, paralysée par la peur. Un sourire de contentement se dessinait sur les lèvres de Walter qui s'approcha promptement d'elle. Elle crut son heure sonner quand elle le vit sur le point de se ruer sur elle. Il s'arrêta net dans son élan quand son regard se posa sur le portrait accroché au-dessus du lit conjugal, représentant un magnifique portrait en couleur de Tom et Alva le jour de leur mariage. La vue de ce portrait le figea sur place.
Livide de rage, il scrutait le tableau comme s'il se trouvait devant une oeuvre d'art. Son esprit était en pleine confusion, il ne savait plus si l'homme qu'il contemplait, était réel ou si son esprit lui jouait encore un mauvais tour. La réalité de ce visage rayonnant de bonheur le frappait de plein fouet et il fut rapidement persuadé que son frère se tenait là, devant lui, le narguant avec une belle femme à ses côtés. Ce portrait plus vrai que nature raviva en lui une flamme en partie éteinte la dernière fois où il avait vu en chair et en os son pire ennemi. Il lui semblait entendre la voix de Chris lui implorant de le laisser vivre sa vie.
Walter, décontenancé par cette voix qui martelait ses oreilles, s'agrippa aux montants du lit pour tenter de ne pas tomber et posa les genoux sur le sol, appuyant son front contre le bord du lit. Il ferma les yeux comme pour combattre le démon qui le rongeait de l'intérieur.
Alva, assistant à la scène, l'entendit murmurer : « Laisse-moi tranquille ! Je ne veux plus tuer ces pauvres filles ! Je t'en supplie ! ». Son instinct lui criait de ne pas faire attention à ces voix, qu'elles n'étaient que le pur fruit de son imagination mais en parallèle, une autre voix lui dictait de se venger de toutes ces filles qui avaient préféré la compagnie de Chris à la sienne. Il était totalement désemparé, des idées, plus horribles les unes que les autres, surgissaient sans prévenir, incontrôlables. Son esprit tourmenté était dépourvu de rationalité et submergé d'émotions contradictoires.
Alva observait, paralysée, Walter qui se débattait avec ses démons, passant d'un état de torpeur à un état d'extrême agitation. Elle sentait qu'il commençait à perdre contenance. Un bouleversement inattendu s'opéra dans le comportement confus de Cambridge. Les traits de son visage déformés par une souffrance indéfinissable se contractèrent et les muscles de son visage dessinèrent un ensemble saisissant et angoissant. Il fut pris de mouvements convulsifs qui reflétaient l'expression d'une haine démesurée et d'un sentiment de rage dévastateur. Il se leva d'un bond, tourna sur lui-même et se propulsa contre la vitre de la fenêtre. Des bris de glace éclatèrent de toute part, touchant Walter aux mains et au visage. Des petits filets de sang rouge vif sillonnèrent ses mains tandis que des éclats de verre éraflèrent son front et ses pommettes. Il fut momentanément sonné et hurla un « Noon! » en secouant la tête dans tous les sens. « Je ne peux pas faire ça ! C'est au-dessus de mes forces ! »
C'est le moment que choisirent les policiers pour faire irruption dans la chambre. Sam Benett, posté dans l'embrasure de la porte, cria à son intention :
« Monsieur Cambridge, j'ai un mandat d'arrêt contre vous. Je vais vous lire vos droits et vous demanderai de bien vouloir me suivre. Tout ce que vous direz, pourra être retenu contre vous. Vous avez la possibilité de garder le silence et de faire appel à un avocat ... »
Walter n'entendait pas ce que lui lisait le policier, il avait le regard hagard, l'air absent. Il regardait l'officier d'un regard indifférent comme s'il n'était pas connecté avec le monde réel. Il murmurait des paroles à peine audibles à son entourage, des paroles dépourvues de sens, des mots inintelligibles. Il se prenait la tête entre les mains, en signe de désespoir. Il continuait de hurler « Noon, je ne peux pas ! Je ne sacrifierai pas une autre vie ! Il en est hors de question ! Plutôt mourir que de toucher à un seul cheveu de cette femme ! »
Et ce que personne ne pouvait prévoir, se produisit sans crier gare. Walter se redressa promptement et se projeta par-dessus le rebord de la fenêtre. Le coeur d'Alva fit un bond dans sa poitrine quand elle le vit se jeter dans le vide pour fuir la triste et dure réalité. Elle ressentait de la compassion pour cet homme qui avait partagé quelques jours de son existence. Des larmes roulèrent sur ses joues, sillonnant son visage, ses lèvres tremblèrent et elle fut prise de mouvements compulsifs.
Le corps de Walter atterrit sur la pelouse encore gelée en un bruit lourd semblable à un sac de ciment qui aurait glissé d'un camion pour s'étaler sur la route. Alva, horrifiée par ce spectacle poussa un hurlement de détresse, tremblant de tous ses membres. Ce fut le dernier cri qu'elle poussa pour longtemps. Elle était en état de choc.
23:15 Publié dans roman : Jalousie meurtrière | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


Commentaires
très bien écrit ce chapitre...
Ecrit par : gris27 | 16.10.2007
Les commentaires sont fermés.