07.02.2008

Extrait du chapitre 11

21970acd9fc88d1fedcd1ea3517d3d58.jpg

....

Jake suivit Wendell dans le couloir. Ils traversèrent le palier que Jake avait parcouru l’après-midi même et descendirent la volée de marches menant au bureau de Wendell. Ils arrivèrent dans l’aile droite de la résidence, partie que Jake n’avait pas visitée. A leur gauche, il vit une immense véranda disparaissant sous un amoncellement de plantes vertes au centre de laquelle trônait une table blanche de jardin rectangulaire elle-même ornée de trois pots de fleurs de saison, des chrysanthèmes rouges, jaunes et blancs. Wendell fit une halte dans la cuisine et demanda à sa gouvernante déjà active en cette heure matinale de lui préparer du café et de le lui apporter dans son bureau. Ils longèrent ensuite les murs du corridor et pénétrèrent enfin dans son bureau.
Celui-ci était à l’image du bureau de la clinique. Wendell ne s’épargnait aucun luxe. Son bureau avait des allures de bureau de ministre. Jake eut l’impression que Wendell surestimait sa fonction et qu’une telle opulence ne pouvait avoir qu’un unique but : en mettre plein les yeux à ceux qui lui rendaient visite et les déstabiliser pour leur montrer que lui, Wendell, tenait les rênes. Tous les meubles de la pièce étaient en chêne massif, les fauteuils et le canapé en cuir, et l’immense lustre accroché au-dessus du secrétaire était doré à l’or fin. Le papier peint imprimé de petite feuilles vertes sur fond jaune illuminait la pièce dont l’ensemble était bien trop sombre au goût de Jake. Deux portes-fenêtres ouvraient sur une terrasse dominant un jardin rocailleux derrière lequel s’étalait une immense pelouse aux couleurs automnales. Wendell prit place dans son luxueux fauteuil de cuir et fit signe à Jake de faire de même.
- Je crois, Jake, que vous n’avez décidément pas saisi tout l’enjeu de notre établissement. Je vais donc tout reprendre depuis le début et vous verrez ensuite si tout les bâtons que vous nous mettez dans les roues en valent vraiment la peine ! expliqua Wendell d’une voix lénifiée.
- C’est la charité qui se fout de l’hôpital ! répliqua Jake en prenant une couleur rouge écarlate.
- Calmez-vous et écoutez-moi, répondit Wendell complaisamment.
- Tout ce que vous direz ne changera en rien mes positions !
- Vous avez toujours été borné Jake et ce n’est pas la puce que nous vous avons implantée dans le cerveau qui changera quoique ce soit à vos émotions, comme je peux le constater !
- Arrêtez vos sarcasmes et venez en aux faits qu’on en finisse une bonne fois pour toutes ! ajouta Jake d’un ton caustique.
- Votre fille et votre femme se trouvent ici même ! fit Wendell d’un ton serein en posant à plat les paumes de ses mains sur son bureau.
Jake faillit répondre qu’il était au courant et se ravisa au dernier moment. Wendell n’avait pas besoin de savoir qu’il avait inspecté les lieux.
- Nous envisagerons dès que possible des tests sur la petite Mandy. Elle est la seule à réagir positivement à une xénogreffe ! En outre nous soupçonnons Mandy d’avoir développé des anticorps contre le virus PERL.
- Qu’est-ce que vous me chantez là ! fit Jake exaspéré et bouillonnant de colère.
- Mon équipe a récemment découvert que certains patients étaient atteints du PERL et que ce virus est virulent dans le corps humain. Il s’avèrerait, d’après nos analyses que nous avons effectuées le mois dernier sur Mandy, qu’elle soit immunisée. Vous comprenez donc qu'elle est la candidate idéale dans cette affaire.
- Comment avez-vous pu manipuler ma fille sans mon consentement ! hurla Jake en prenant appui sur le bureau de Wendell et en le fusillant du regard.
- Je vous ai déjà tout expliqué Jake ! Parlons plutôt des tests que nous allons lui faire prochainement ! dit Wendell, les mains posées sur son bureau, en tournant machinalement ses pouces.
Le cerveau de Jake était en ébullition. Il était comparable à l’orage qui menaçait d’éclater dehors. Des nuages noirs s’amoncelaient à l’horizon balayant les premières lueurs rosées annonçant l’aube. Il ferait bientôt jour. Ce jour serait lugubre pour beaucoup de monde comme la tempête qui avançait doucement mais sûrement. Une pluie glacée d’automne se déversa sur la rocaille se répercutant tels des battements de tambour. Le vacarme dispersa quelques instants Jake qui tourna son regard vers la porte-fenêtre. Ce temps sinistre assombrit son moral déjà bien bas. Il finit par répondre à Wendell avec véhémence.
- De toute façon peu importe que je sois d’accord ou pas ! Vous allez utiliser ma fille dans un but purement lucratif et rien ne vous empêchera d’agir ! fit-il l’air courroucé. Et ne parlons pas de mon fils ! Vous êtes un être sans cœur et égoïste ! fulmina-t-il.
- Je ne crois pas que vous révéler l’existence de votre fils dans l’état dans lequel il se trouvait ait été pour vous une bonne chose, répondit-il pour se justifier.
- Mais qui êtes-vous donc pour décider à ma place de ce qui est bon ou pas ? Vous n’imaginez même pas ce que c’est que de perdre l’être de votre propre chair que vous avez aimé et chéri depuis sa naissance ! rétorqua Jake en commençant à perdre la maîtrise de lui-même.
- C’est là votre erreur, Jake. Figurez-vous que j’ai perdu moi-même ma femme et mon enfant du jour au lendemain dans un accident de voiture. Je peux tout à fait me mettre à votre place et imaginer ce que vous pouvez ressentir !
- Vous affirmez cela pour tenter de m'amadouer ! enchaîna Jake décontenancé.
Wendell prit le cadre photo qui trônait devant lui et lui montra d'une main tremblante sa femme et son fils Brice, quelques larmes ruisselant sur ses joues.
- J’ai vu votre fils le jour de votre accident. Il était totalement défiguré et brûlé au troisième degré. Je ne pense pas qu’un père ou une mère puisse supporter ce genre de spectacle. Vous n’auriez pas pu le tolérer et ses chances de survie étaient quasi nulles !
- Pourquoi lui avoir alors infligé autant de souffrances en lui greffant des tissus porcins ? demanda Jake, un regard de totale incompréhension.
- Je vais d’abord vous expliquer les raisons qui m ‘ont poussé à pratiquer des xénogreffes et vous comprendrez mieux ensuite ce qui m’a incité à sauver votre fils en dépit de son état désespéré.
Wendell lui narra dans tous les détails la souffrance qu’il avait ressentie à la mort de sa femme et de son fils, lui expliquant que sa femme aurait eu une chance de survivre si les xénogreffes avaient existé à cette époque. Sauver le fils de Jake était un devoir, une revanche contre le destin qui s’était acharné sur sa propre famille. Il voulait prouver qu’il était capable de sauver un cas en apparence sans espoir et redonner la joie de vivre à ses géniteurs, à savoir Jake et Alyssa. Wendell lui conta également que les freins de sa voiture avaient été trafiqués, que cette idée n’était pas de lui, qu’il n’avait jamais douté un instant que cet accident de voiture avait été provoqué volontairement. Wendell cherchait seulement à trouver un moyen d’empêcher Jake de tout dévoiler au grand jour lorsque celui-ci avait appris par hasard que l’A.S.Transplantation avait recours à des xénogreffes.
Jake, d’un naturel trop curieux, avait voulu savoir un jour pourquoi l’une de ses patientes était morte si soudainement et avait par conséquent entrepris des recherches sur le passé médical de la patiente et était tombé sur un dossier qu’il n’aurait jamais dû lire. A partir de ce moment, Wendell avait essayé en vain de le calmer dans ses ardeurs en lui révélant que sa propre fille avait été sauvée grâce une xénogreffe. Jake s’était momentanément apaisé mais son éthique avait repris le droit chemin et il avait décidé de révéler l’existence des xénogreffes au public. Wendell avait pris les menaces de Jake très au sérieux et en avait donc appelé au bon sens de Paul Steiner qui avait pris les choses en main pour mettre fin aux menaces de Jake. Steiner n’étant pas aussi sentimental que Wendell avait eu l’idée d’un accident de voiture qui passerait pour accidentel. Il voulait mettre un terme à l’existence de Jake. Ce dernier n’ayant eu qu’une légère commotion cérébrale, Steiner avait dû prendre de nouvelles mesures. Lors de son séjour à la clinique, il lui avait implanté une puce dans son cerveau. Suite à une commotion cérébrale, résultat des séquelles de l’accident, une opération chirurgicale avait été programmée et Steiner avait sauté sur l’occasion pour lui implanter la puce. Mais Wendell n’avait pas eu connaissance de cette implantation dont le but consistait à effacer certaines données du cerveau de Jake, notamment oublier son passé à l’A.S.Transplantation et le titre expérimental des xénogreffes. Cette puce dont Steiner se réservait le mérite était également une pure nouveauté dans le monde médical. Il n’avait aucune connaissance des effets à long terme, Jake étant le premier cobaye à la tester. En apparence Jake ne semblait pas développer d’effets secondaires mais Steiner espérait faire des analyses ultérieurement sur lui.
A cette époque, Wendell avait déploré la tactique de Steiner quand il avait appris inopinément l’implantation de cette puce, d’autant qu’il avait mis la vie de toute une famille en danger. Il n’approuvait pas les méthodes de Steiner mais il avait conscience que celui-ci parvenait toujours à ses fins. Pour cette raison, Wendell le gardait près de lui comme assistant, surtout en cette période où il était sur le point d’atteindre le paroxysme grâce aux xénogreffes. Jake n’avait pas vraiment tort quand il prétendait qu’il agissait par appât du gain même si au départ ce n’était pas ses réelles motivations.
D’une certaine façon, Jake ressentait de la compassion pour cet homme pour qui il n’avait eu que du mépris. Il ne restait pas indifférent à la souffrance que celui-ci avait endurée mais il ne pouvait lui pardonner d’avoir exploité sa famille dans le but d’assouvir sa soif de connaissances et de servir la science. On ne l’avait pas consulté, Jake avait été purement et simplement manipulé par une puce dont il ne connaissait pas les effets à longs termes et il ressentait tout simplement de la terreur. Il n’avait aucune idée de ce que lui réservait l’avenir, il avait peur pour Mandy, son fils qui était en mauvaise posture et il avait peur pour lui-même. Que se passerait-il s’il venait à disparaître ? Alyssa avait besoin de lui, elle n’était pas entièrement autonome depuis ce terrible accident qui lui avait presque coûté la vie. Cette idée lui était insupportable. Il avait failli perdre Alyssa pour des expérimentations médicales illégales dans le but de satisfaire la soif de quelques êtres immondes. Il prenait conscience aujourd’hui du poids de sa famille dans sa propre vie. Alyssa, Mandy et Julien étaient sa vie, sans eux il n’était rien. Même s’il exerçait un métier prestigieux qui lui permettait de sauver des vies, il savait désormais qu’il passerait plus de temps à la maison si le destin en décidait ainsi. Il était envahi de doutes, n’étant pas certain que sa famille sorte indemne de cette malheureuse expérience et cela le terrorisait plus que tout. Sauver sa famille coûte que coûte, était sa priorité !
Une fois que Wendell lui eut tout raconté dans les détails, Jake le dévisagea sans mot dire. Il était déstabilisé et son esprit était trop confus pour répondre avec dextérité. Wendell meubla finalement le silence, annonçant à Jake qu’il allait le conduire auprès de sa femme et de sa fille. Le regard de Jake s’illumina à l’annonce de cette nouvelle et s'assombrit aussi vite. Il craignait quelques manigances de sa part et se tint donc sur ses gardes, se montrant impassible.
- Quoique vous pensiez de nos méthodes, Jake, nous commencerons les tests sur votre fille aujourd’hui même ! dit Wendell tout à coup en prenant un air hautain.
Des éclairs de colère se lisaient dans le regard de Jake qui continua à se murer dans le silence.
- Ne vous inquiétez pas pour Mandy ! Nous veillerons à ce qu’elle ne manque de rien. Et n’oubliez pas qu’elle est notre patiente privilégiée. Elle est la seule à être en si bonne santé ! Enfin ! Tout cela je vous l’ai déjà dit ! Profitez à fond des heures que je vous offre auprès d’elle car son emploi du temps sera ensuite très chargé, ajouta Wendell une once d'ironie dans la voix.

Commentaires

Un roman au suspens insoutenable...

Ecrit par : gris27 | 03.02.2008

Les commentaires sont fermés.