07.02.2008

extrait du chapitre 4

ecfc5f467ee65244030a65871bd1fff2.jpg Elle attendit que les couloirs de l'hôpital soient déserts et se mit à l'oeuvre. Au bout de cinq minutes, sa main était libre comme l'air. Elle sortit à pas de loup de sa chambre et embrassa le couloir d'un coup d'oeil furtif. Il n'y avait pas âme qui vive, à son grand soulagement. Même si son cerveau s'était ramolli au fil des années, elle restait lucide sachant pertinemment qu'elle ne pourrait pas quitter les lieux sans une tenue adéquate. Elle se dirigea par conséquent vers la buanderie et enfila une tenue d'infirmière. Elle prit l'un des sacs à mains traînant dans le vestiaire, le jetant sur son épaule pour être plus crédible et passa devant l'accueil de l'hôpital où les portes coulissantes s'ouvrirent tout naturellement à son passage. L'homme à l'accueil lui fit même un signe de tête pour lui dire bonsoir. Elle y répondit poliment, n'ayant pas oublié les bonnes manières.
Une fois dehors, elle remarqua à son grand désarroi que l'asile de Burlington était à l'écart de la civilisation. Avec ses murailles de cinq mètres de haut, elle n'avait jamais pu observer, lors de ses sorties autorisées, ce qu'il se passait à l'extérieur de l'enceinte. Ce qu'elle découvrait de ce monde la déstabilisa un moment mais elle recouvra rapidement ses esprits, se rappelant la photo de Chris lors de son passage à la télé. Il était tout pour elle ! Elle ferait n'importe quoi pour le revoir, ne serait-ce qu'un instant et profiter de ce moment de bonheur en sa compagnie. Elle avait vécu son incarcération en milieu psychatrique comme une véritable déchirure, non pas parce qu'elle s'était sentie coupée du monde mais bien plus parce qu'on lui avait arraché Chris de son emprise. Elle n'avait plus eu aucun moyen de le surveiller et de prendre soin de lui. Elle avait toujours eu peur qu'il lui arrive quelque chose. Aujourd'hui, le destin lui permettait de le revoir ! C'était le plus beau jour de sa vie.
Elle dut marcher des heures durant avant d'affronter le monde civilisé. Elle finit par tomber sur une station-service située au milieu de nulle part, s'avança d'un pas alerte vers le magasin, détailla avec minutie les rares personnes qui prenaient de l'essence et son regard se posa sur une jeune femme blonde à la silhouette longiligne, vêtue d'un jean moulant et d'un pull rouge à grosses mailles. En la dévisageant, une idée lui traversa soudainement l'esprit : le seul moyen pour elle de réussir à passer inaperçue dans ce monde impitoyable était d'usurper l'identité de quelqu'un. Sa cible serait cette femme ! Celle-ci était entrée à l'intérieur du magasin et faisait la queue à la caisse, attendant son tour pour payer la boite de gâteau et le paquet de chips qu'elle venait de sélectionner dans le rayon épicerie.
Rosalind l'attendit discrètement à la sortie du magasin, derrière un pilône, prête à sauter sur sa proie. L'attente lui sembla interminable. La blonde finit par pointer le bout de son nez au bout de dix minutes et Rosalind se propulsa sur elle, la jetant sur le sol et lui asséna un coup de pierre sur la tête. La fille s'écroula par terre, un filet de sang ruisselant le long de son front. Rosalind admira fièrement son travail quelques secondes et se saisit de son sac à mains. Elle fit l'inventaire du contenu, ne gardant que la carte d'identité, le permis de conduire et l'argent liquide qui se composait d'un billet de cinquante dollars et de vingt cents et fit les poches de sa victime et trouva un trousseau de clés dont l'une était celle de la Ford Mustang garée devant la première pompe à essence. Elle se réjouit de ses trouvailles qui représentaient à ses yeux une petite fortune. Elle n'avait pas été en contact avec la société depuis des lustres si bien qu'elle n'était absolument pas au courant de ce qui se faisait actuellement sur le marché ! Elle en eut presque le tournis. Elle inspira profondément et se ressaisit rapidement, n'oubliant pas son objectif premier : retrouver Chris.
Une fois derrière le volant de la Ford Mustang, de petites étincelles traversèrent ses yeux ternes, ravagés par des années d'exil. Cette flamme éteinte depuis une éternité se ravivait à mesure que son objectif prenait une forme plus concrète. Une lueur étrange, presque effrayante prenait possession de son regard, métamorphosant Rosalind en une furie implacable, prête à tout pour retrouver Chris Duncan, le seul être pour qui elle aurait donner sa vie !
Elle mit le contact, plaqua ses mains sur le volant et démarra en trombe, faisant crisser les pneus sur la chaussée humide. On crut voir sur la nationale sur laquelle elle venait de s'engager, une fusée sur le point de décoller. Elle ignora les panneaux de signalisation, dépassa sans appréhension ceux qui ralentissaient sa course et heurta au passage un cerf traversant la route. Elle ne le remarqua même pas tant elle était obnubilée par la photo de Chris. Le monde qui l'entourait, s'estompait progressivement pour laisser place à une brume indistincte. Elle était dans un état second, oubliant le contact avec le monde réel, ne gardant à l'esprit que l'instant où elle retrouverait Chris et le prendrait sous son aile comme le ferait toute mère digne de ce nom.
Elle parvint à Longwood 48 heures plus tard, hypnotisée par le trajet interminable qu'elle menait depuis deux jours, ne s'étant accordée que de courtes pauses dont l'objectif principal était l'apport en essence dans la Mustang. Elle commit au passage quelques actes répréhensibles par la loi, obligeant une vieille femme à lui fournir les billets qu'elle avait glissés dans son sac, menaça un caissier de station-service avec une arme fictive pour qu'il lui donnât le contenu de la caisse et s'en prit à un pauvre gosse qui avait osé la regarder d'un oeil patibulaire. Hormis ces incidents, elle estimait avoir passé un excellent trajet en voiture.

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