07.02.2008

extrait du chapitre 1

f31818b94ec992954a193be4c68da2d9.jpgMandy n’insista pas, elle comprit que son père était sérieux. Elle se dépêcha de rassembler ses affaires avant de monter en voiture. Il était dix-neuf heures passées quand ils prirent congé de la famille Mickaels. Jake perdit beaucoup de temps dans Denver avant de s’engager sur l’autoroute qui menait à Littleton, la petite ville dans laquelle ils habitaient. En temps ordinaire, il parvenait à la maison en une vingtaine de minutes mais en voyant les lourds flocons de neige tourbillonner devant son pare-brise, il se doutait bien qu’il mettrait plus de temps que d'habitude d’autant que la circulation était ralentie par un épais manteau de neige gelée recouvrant l’autoroute, le chasse-neige n’avait pas encore dégagé et salé la route. En dépit du chauffage poussé au maximum, de la neige s’était accumulée aux bords du pare-brise, ne laissant à Jake que deux croissants de vitre par lesquels il scruta consciencieusement l’autoroute. Il se montra extrêmement prudent. Il scruta l’horizon à la ronde, regarda régulièrement dans son rétroviseur et décida de rester sur la voie le plus à droite de l’autoroute. Le passage des voitures se fit de plus en plus rare si bien qu’il eut la désagréable impression d’être suivi quand il regarda pour la cinquième fois dans son rétroviseur. La même camionnette blanche le suivait depuis sa sortie de Denver. Il pensa qu’il devenait paranoïaque et que la fatigue accumulée de ces dernières semaines n’arrangeait rien. Il finit par se rendre à l’évidence que cette camionnette se trouvait dans la même situation que lui. Elle roule à la même vitesse que moi à cause de la neige et veut simplement éviter de glisser et de perdre le contrôle du véhicule ! se rassura Jake.

Jake arriva enfin à la sortie d’Englewood. Il lui restait encore cinq kilomètres avant d’atteindre l’entrée de Littleton. Le reste du trajet fut très pénible. La petite route sur laquelle il roulait, était dangereuse car elle était peu fréquentée et d’autant plus glissante. La visibilité était de plus en plus réduite : la neige tombait dru. Le manteau de neige qui recouvrait la route, s’était transformé en verglas. Jake eut beau roulé à 20 km/h, la Golf break ne tenait pas la route. Il jeta à nouveau un coup d’œil dans le rétroviseur, quelle ne fut pas sa stupeur quand il constata que la camionnette blanche était toujours derrière lui mais à une distante plus éloignée. Il essaya de se rassurer en se convaincant qu’il n’était pas le seul à prendre la sortie d’Englewood même si à cette heure tardive, la route était peu fréquentée.
Il perdit momentanément le contrôle de la Golf, ce qui lui fit oublier la présence de la camionnette. Les pulsations de son cœur s’accélérèrent car ce dérapage lui rappela l’accident survenu quelques mois plus tôt. Avec le temps, les détails de l’accident lui étaient revenu à l’esprit ainsi que d’autres évènements de sa vie qu’ils ne comprenaient pas car ils lui apparaissaient comme des flashes et puis tout s’effaçait comme si de rien n’était. Il avait l'impression que sa mémoire lui jouait des tours et refusait de lui transmettre la clé de son passé.

df96a6d6ccbc5df5a622d1c71cb52b7c.jpg Jake réussit tant bien que mal à redresser la voiture et il vit enfin la pancarte qui indiquait que l’on entrait dans Littleton. Jake et Alyssa habitaient au sud-ouest de Littleton dans une résidence de haut standing à l’abri de la circulation. Leur résidence se trouvait à côté d’un parc aménagé pour les enfants qui permettait de rejoindre le petit bois à la sortie de Littleton. Ils avaient longtemps hésité à acheter cet appartement en raison du prix élevé. Finalement, ils s’étaient vite rendu compte que celui-ci était une vraie petite merveille. Quand on entrait dans le hall, on avait une vue d’ensemble de l’appartement. A gauche de l’entrée, on accédait à une vaste cuisine séparée du séjour par un plan de travail de trois mètres de long et de soixante-dix centimètres de large. Le séjour, chaleureux et lumineux, donnait sur une magnifique terrasse à en couper le souffle. De nombreux arbustes ornaient la bordure de la terrasse, ce qui permettait d’être à l’abri des regards indiscrets. Alyssa avait investi dans un salon de jardin blanc et dans deux énormes jardinières qu’elle remplissait de fleurs de saison. Elle et Jake y passaient la plupart de leurs soirées d’été afin d’y admirer le coucher de soleil qui disparaissait derrière les collines de Littleton. Au centre de l’appartement dominait un immense salon muni d’une cheminée dernier cri qui remplaçait la terrasse lors des longues soirées d’hiver. A côté de la cheminée, quelques marches permettaient d’accéder aux trois chambres, dont l’une était inoccupée depuis la mort tragique de leur bébé et qu’ils avaient laissée en l’état. De jolies plantes exotiques à la taille imposante séparaient le bureau de Jake et Alyssa, situé à droite de l'appartement, des pièces à vivre. Alyssa, légèrement claustrophobe, ne supportait pas les espaces fermés où les ouvertures de pièce, trop étroites, donnent un accès limité aux autres pièces.

extrait du chapitre 4

ecfc5f467ee65244030a65871bd1fff2.jpg Elle attendit que les couloirs de l'hôpital soient déserts et se mit à l'oeuvre. Au bout de cinq minutes, sa main était libre comme l'air. Elle sortit à pas de loup de sa chambre et embrassa le couloir d'un coup d'oeil furtif. Il n'y avait pas âme qui vive, à son grand soulagement. Même si son cerveau s'était ramolli au fil des années, elle restait lucide sachant pertinemment qu'elle ne pourrait pas quitter les lieux sans une tenue adéquate. Elle se dirigea par conséquent vers la buanderie et enfila une tenue d'infirmière. Elle prit l'un des sacs à mains traînant dans le vestiaire, le jetant sur son épaule pour être plus crédible et passa devant l'accueil de l'hôpital où les portes coulissantes s'ouvrirent tout naturellement à son passage. L'homme à l'accueil lui fit même un signe de tête pour lui dire bonsoir. Elle y répondit poliment, n'ayant pas oublié les bonnes manières.
Une fois dehors, elle remarqua à son grand désarroi que l'asile de Burlington était à l'écart de la civilisation. Avec ses murailles de cinq mètres de haut, elle n'avait jamais pu observer, lors de ses sorties autorisées, ce qu'il se passait à l'extérieur de l'enceinte. Ce qu'elle découvrait de ce monde la déstabilisa un moment mais elle recouvra rapidement ses esprits, se rappelant la photo de Chris lors de son passage à la télé. Il était tout pour elle ! Elle ferait n'importe quoi pour le revoir, ne serait-ce qu'un instant et profiter de ce moment de bonheur en sa compagnie. Elle avait vécu son incarcération en milieu psychatrique comme une véritable déchirure, non pas parce qu'elle s'était sentie coupée du monde mais bien plus parce qu'on lui avait arraché Chris de son emprise. Elle n'avait plus eu aucun moyen de le surveiller et de prendre soin de lui. Elle avait toujours eu peur qu'il lui arrive quelque chose. Aujourd'hui, le destin lui permettait de le revoir ! C'était le plus beau jour de sa vie.
Elle dut marcher des heures durant avant d'affronter le monde civilisé. Elle finit par tomber sur une station-service située au milieu de nulle part, s'avança d'un pas alerte vers le magasin, détailla avec minutie les rares personnes qui prenaient de l'essence et son regard se posa sur une jeune femme blonde à la silhouette longiligne, vêtue d'un jean moulant et d'un pull rouge à grosses mailles. En la dévisageant, une idée lui traversa soudainement l'esprit : le seul moyen pour elle de réussir à passer inaperçue dans ce monde impitoyable était d'usurper l'identité de quelqu'un. Sa cible serait cette femme ! Celle-ci était entrée à l'intérieur du magasin et faisait la queue à la caisse, attendant son tour pour payer la boite de gâteau et le paquet de chips qu'elle venait de sélectionner dans le rayon épicerie.
Rosalind l'attendit discrètement à la sortie du magasin, derrière un pilône, prête à sauter sur sa proie. L'attente lui sembla interminable. La blonde finit par pointer le bout de son nez au bout de dix minutes et Rosalind se propulsa sur elle, la jetant sur le sol et lui asséna un coup de pierre sur la tête. La fille s'écroula par terre, un filet de sang ruisselant le long de son front. Rosalind admira fièrement son travail quelques secondes et se saisit de son sac à mains. Elle fit l'inventaire du contenu, ne gardant que la carte d'identité, le permis de conduire et l'argent liquide qui se composait d'un billet de cinquante dollars et de vingt cents et fit les poches de sa victime et trouva un trousseau de clés dont l'une était celle de la Ford Mustang garée devant la première pompe à essence. Elle se réjouit de ses trouvailles qui représentaient à ses yeux une petite fortune. Elle n'avait pas été en contact avec la société depuis des lustres si bien qu'elle n'était absolument pas au courant de ce qui se faisait actuellement sur le marché ! Elle en eut presque le tournis. Elle inspira profondément et se ressaisit rapidement, n'oubliant pas son objectif premier : retrouver Chris.
Une fois derrière le volant de la Ford Mustang, de petites étincelles traversèrent ses yeux ternes, ravagés par des années d'exil. Cette flamme éteinte depuis une éternité se ravivait à mesure que son objectif prenait une forme plus concrète. Une lueur étrange, presque effrayante prenait possession de son regard, métamorphosant Rosalind en une furie implacable, prête à tout pour retrouver Chris Duncan, le seul être pour qui elle aurait donner sa vie !
Elle mit le contact, plaqua ses mains sur le volant et démarra en trombe, faisant crisser les pneus sur la chaussée humide. On crut voir sur la nationale sur laquelle elle venait de s'engager, une fusée sur le point de décoller. Elle ignora les panneaux de signalisation, dépassa sans appréhension ceux qui ralentissaient sa course et heurta au passage un cerf traversant la route. Elle ne le remarqua même pas tant elle était obnubilée par la photo de Chris. Le monde qui l'entourait, s'estompait progressivement pour laisser place à une brume indistincte. Elle était dans un état second, oubliant le contact avec le monde réel, ne gardant à l'esprit que l'instant où elle retrouverait Chris et le prendrait sous son aile comme le ferait toute mère digne de ce nom.
Elle parvint à Longwood 48 heures plus tard, hypnotisée par le trajet interminable qu'elle menait depuis deux jours, ne s'étant accordée que de courtes pauses dont l'objectif principal était l'apport en essence dans la Mustang. Elle commit au passage quelques actes répréhensibles par la loi, obligeant une vieille femme à lui fournir les billets qu'elle avait glissés dans son sac, menaça un caissier de station-service avec une arme fictive pour qu'il lui donnât le contenu de la caisse et s'en prit à un pauvre gosse qui avait osé la regarder d'un oeil patibulaire. Hormis ces incidents, elle estimait avoir passé un excellent trajet en voiture.

Extrait du chapitre 11

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....

Jake suivit Wendell dans le couloir. Ils traversèrent le palier que Jake avait parcouru l’après-midi même et descendirent la volée de marches menant au bureau de Wendell. Ils arrivèrent dans l’aile droite de la résidence, partie que Jake n’avait pas visitée. A leur gauche, il vit une immense véranda disparaissant sous un amoncellement de plantes vertes au centre de laquelle trônait une table blanche de jardin rectangulaire elle-même ornée de trois pots de fleurs de saison, des chrysanthèmes rouges, jaunes et blancs. Wendell fit une halte dans la cuisine et demanda à sa gouvernante déjà active en cette heure matinale de lui préparer du café et de le lui apporter dans son bureau. Ils longèrent ensuite les murs du corridor et pénétrèrent enfin dans son bureau.
Celui-ci était à l’image du bureau de la clinique. Wendell ne s’épargnait aucun luxe. Son bureau avait des allures de bureau de ministre. Jake eut l’impression que Wendell surestimait sa fonction et qu’une telle opulence ne pouvait avoir qu’un unique but : en mettre plein les yeux à ceux qui lui rendaient visite et les déstabiliser pour leur montrer que lui, Wendell, tenait les rênes. Tous les meubles de la pièce étaient en chêne massif, les fauteuils et le canapé en cuir, et l’immense lustre accroché au-dessus du secrétaire était doré à l’or fin. Le papier peint imprimé de petite feuilles vertes sur fond jaune illuminait la pièce dont l’ensemble était bien trop sombre au goût de Jake. Deux portes-fenêtres ouvraient sur une terrasse dominant un jardin rocailleux derrière lequel s’étalait une immense pelouse aux couleurs automnales. Wendell prit place dans son luxueux fauteuil de cuir et fit signe à Jake de faire de même.
- Je crois, Jake, que vous n’avez décidément pas saisi tout l’enjeu de notre établissement. Je vais donc tout reprendre depuis le début et vous verrez ensuite si tout les bâtons que vous nous mettez dans les roues en valent vraiment la peine ! expliqua Wendell d’une voix lénifiée.
- C’est la charité qui se fout de l’hôpital ! répliqua Jake en prenant une couleur rouge écarlate.
- Calmez-vous et écoutez-moi, répondit Wendell complaisamment.
- Tout ce que vous direz ne changera en rien mes positions !
- Vous avez toujours été borné Jake et ce n’est pas la puce que nous vous avons implantée dans le cerveau qui changera quoique ce soit à vos émotions, comme je peux le constater !
- Arrêtez vos sarcasmes et venez en aux faits qu’on en finisse une bonne fois pour toutes ! ajouta Jake d’un ton caustique.
- Votre fille et votre femme se trouvent ici même ! fit Wendell d’un ton serein en posant à plat les paumes de ses mains sur son bureau.
Jake faillit répondre qu’il était au courant et se ravisa au dernier moment. Wendell n’avait pas besoin de savoir qu’il avait inspecté les lieux.
- Nous envisagerons dès que possible des tests sur la petite Mandy. Elle est la seule à réagir positivement à une xénogreffe ! En outre nous soupçonnons Mandy d’avoir développé des anticorps contre le virus PERL.
- Qu’est-ce que vous me chantez là ! fit Jake exaspéré et bouillonnant de colère.
- Mon équipe a récemment découvert que certains patients étaient atteints du PERL et que ce virus est virulent dans le corps humain. Il s’avèrerait, d’après nos analyses que nous avons effectuées le mois dernier sur Mandy, qu’elle soit immunisée. Vous comprenez donc qu'elle est la candidate idéale dans cette affaire.
- Comment avez-vous pu manipuler ma fille sans mon consentement ! hurla Jake en prenant appui sur le bureau de Wendell et en le fusillant du regard.
- Je vous ai déjà tout expliqué Jake ! Parlons plutôt des tests que nous allons lui faire prochainement ! dit Wendell, les mains posées sur son bureau, en tournant machinalement ses pouces.
Le cerveau de Jake était en ébullition. Il était comparable à l’orage qui menaçait d’éclater dehors. Des nuages noirs s’amoncelaient à l’horizon balayant les premières lueurs rosées annonçant l’aube. Il ferait bientôt jour. Ce jour serait lugubre pour beaucoup de monde comme la tempête qui avançait doucement mais sûrement. Une pluie glacée d’automne se déversa sur la rocaille se répercutant tels des battements de tambour. Le vacarme dispersa quelques instants Jake qui tourna son regard vers la porte-fenêtre. Ce temps sinistre assombrit son moral déjà bien bas. Il finit par répondre à Wendell avec véhémence.
- De toute façon peu importe que je sois d’accord ou pas ! Vous allez utiliser ma fille dans un but purement lucratif et rien ne vous empêchera d’agir ! fit-il l’air courroucé. Et ne parlons pas de mon fils ! Vous êtes un être sans cœur et égoïste ! fulmina-t-il.
- Je ne crois pas que vous révéler l’existence de votre fils dans l’état dans lequel il se trouvait ait été pour vous une bonne chose, répondit-il pour se justifier.
- Mais qui êtes-vous donc pour décider à ma place de ce qui est bon ou pas ? Vous n’imaginez même pas ce que c’est que de perdre l’être de votre propre chair que vous avez aimé et chéri depuis sa naissance ! rétorqua Jake en commençant à perdre la maîtrise de lui-même.
- C’est là votre erreur, Jake. Figurez-vous que j’ai perdu moi-même ma femme et mon enfant du jour au lendemain dans un accident de voiture. Je peux tout à fait me mettre à votre place et imaginer ce que vous pouvez ressentir !
- Vous affirmez cela pour tenter de m'amadouer ! enchaîna Jake décontenancé.
Wendell prit le cadre photo qui trônait devant lui et lui montra d'une main tremblante sa femme et son fils Brice, quelques larmes ruisselant sur ses joues.
- J’ai vu votre fils le jour de votre accident. Il était totalement défiguré et brûlé au troisième degré. Je ne pense pas qu’un père ou une mère puisse supporter ce genre de spectacle. Vous n’auriez pas pu le tolérer et ses chances de survie étaient quasi nulles !
- Pourquoi lui avoir alors infligé autant de souffrances en lui greffant des tissus porcins ? demanda Jake, un regard de totale incompréhension.
- Je vais d’abord vous expliquer les raisons qui m ‘ont poussé à pratiquer des xénogreffes et vous comprendrez mieux ensuite ce qui m’a incité à sauver votre fils en dépit de son état désespéré.
Wendell lui narra dans tous les détails la souffrance qu’il avait ressentie à la mort de sa femme et de son fils, lui expliquant que sa femme aurait eu une chance de survivre si les xénogreffes avaient existé à cette époque. Sauver le fils de Jake était un devoir, une revanche contre le destin qui s’était acharné sur sa propre famille. Il voulait prouver qu’il était capable de sauver un cas en apparence sans espoir et redonner la joie de vivre à ses géniteurs, à savoir Jake et Alyssa. Wendell lui conta également que les freins de sa voiture avaient été trafiqués, que cette idée n’était pas de lui, qu’il n’avait jamais douté un instant que cet accident de voiture avait été provoqué volontairement. Wendell cherchait seulement à trouver un moyen d’empêcher Jake de tout dévoiler au grand jour lorsque celui-ci avait appris par hasard que l’A.S.Transplantation avait recours à des xénogreffes.
Jake, d’un naturel trop curieux, avait voulu savoir un jour pourquoi l’une de ses patientes était morte si soudainement et avait par conséquent entrepris des recherches sur le passé médical de la patiente et était tombé sur un dossier qu’il n’aurait jamais dû lire. A partir de ce moment, Wendell avait essayé en vain de le calmer dans ses ardeurs en lui révélant que sa propre fille avait été sauvée grâce une xénogreffe. Jake s’était momentanément apaisé mais son éthique avait repris le droit chemin et il avait décidé de révéler l’existence des xénogreffes au public. Wendell avait pris les menaces de Jake très au sérieux et en avait donc appelé au bon sens de Paul Steiner qui avait pris les choses en main pour mettre fin aux menaces de Jake. Steiner n’étant pas aussi sentimental que Wendell avait eu l’idée d’un accident de voiture qui passerait pour accidentel. Il voulait mettre un terme à l’existence de Jake. Ce dernier n’ayant eu qu’une légère commotion cérébrale, Steiner avait dû prendre de nouvelles mesures. Lors de son séjour à la clinique, il lui avait implanté une puce dans son cerveau. Suite à une commotion cérébrale, résultat des séquelles de l’accident, une opération chirurgicale avait été programmée et Steiner avait sauté sur l’occasion pour lui implanter la puce. Mais Wendell n’avait pas eu connaissance de cette implantation dont le but consistait à effacer certaines données du cerveau de Jake, notamment oublier son passé à l’A.S.Transplantation et le titre expérimental des xénogreffes. Cette puce dont Steiner se réservait le mérite était également une pure nouveauté dans le monde médical. Il n’avait aucune connaissance des effets à long terme, Jake étant le premier cobaye à la tester. En apparence Jake ne semblait pas développer d’effets secondaires mais Steiner espérait faire des analyses ultérieurement sur lui.
A cette époque, Wendell avait déploré la tactique de Steiner quand il avait appris inopinément l’implantation de cette puce, d’autant qu’il avait mis la vie de toute une famille en danger. Il n’approuvait pas les méthodes de Steiner mais il avait conscience que celui-ci parvenait toujours à ses fins. Pour cette raison, Wendell le gardait près de lui comme assistant, surtout en cette période où il était sur le point d’atteindre le paroxysme grâce aux xénogreffes. Jake n’avait pas vraiment tort quand il prétendait qu’il agissait par appât du gain même si au départ ce n’était pas ses réelles motivations.
D’une certaine façon, Jake ressentait de la compassion pour cet homme pour qui il n’avait eu que du mépris. Il ne restait pas indifférent à la souffrance que celui-ci avait endurée mais il ne pouvait lui pardonner d’avoir exploité sa famille dans le but d’assouvir sa soif de connaissances et de servir la science. On ne l’avait pas consulté, Jake avait été purement et simplement manipulé par une puce dont il ne connaissait pas les effets à longs termes et il ressentait tout simplement de la terreur. Il n’avait aucune idée de ce que lui réservait l’avenir, il avait peur pour Mandy, son fils qui était en mauvaise posture et il avait peur pour lui-même. Que se passerait-il s’il venait à disparaître ? Alyssa avait besoin de lui, elle n’était pas entièrement autonome depuis ce terrible accident qui lui avait presque coûté la vie. Cette idée lui était insupportable. Il avait failli perdre Alyssa pour des expérimentations médicales illégales dans le but de satisfaire la soif de quelques êtres immondes. Il prenait conscience aujourd’hui du poids de sa famille dans sa propre vie. Alyssa, Mandy et Julien étaient sa vie, sans eux il n’était rien. Même s’il exerçait un métier prestigieux qui lui permettait de sauver des vies, il savait désormais qu’il passerait plus de temps à la maison si le destin en décidait ainsi. Il était envahi de doutes, n’étant pas certain que sa famille sorte indemne de cette malheureuse expérience et cela le terrorisait plus que tout. Sauver sa famille coûte que coûte, était sa priorité !
Une fois que Wendell lui eut tout raconté dans les détails, Jake le dévisagea sans mot dire. Il était déstabilisé et son esprit était trop confus pour répondre avec dextérité. Wendell meubla finalement le silence, annonçant à Jake qu’il allait le conduire auprès de sa femme et de sa fille. Le regard de Jake s’illumina à l’annonce de cette nouvelle et s'assombrit aussi vite. Il craignait quelques manigances de sa part et se tint donc sur ses gardes, se montrant impassible.
- Quoique vous pensiez de nos méthodes, Jake, nous commencerons les tests sur votre fille aujourd’hui même ! dit Wendell tout à coup en prenant un air hautain.
Des éclairs de colère se lisaient dans le regard de Jake qui continua à se murer dans le silence.
- Ne vous inquiétez pas pour Mandy ! Nous veillerons à ce qu’elle ne manque de rien. Et n’oubliez pas qu’elle est notre patiente privilégiée. Elle est la seule à être en si bonne santé ! Enfin ! Tout cela je vous l’ai déjà dit ! Profitez à fond des heures que je vous offre auprès d’elle car son emploi du temps sera ensuite très chargé, ajouta Wendell une once d'ironie dans la voix.

extrait du chapitre 14

Samedi 29 Octobre, 14 heures


Flavie examinait les papiers d’identité du dernier passager quand elle vit le portrait robot que lui tendait Michael, l’un des vigiles de l’aéroport de Denver. Elle observa minutieusement le portrait qui la laissa indifférente. Elle le rendit à Michael et se dirigea vers la cafétéria pour y boire une tasse de café et se prélasser un moment. Elle s’installa à l’une des tables et alluma sa première cigarette de la journée. Elle en avait grandement besoin ; elle n’avait pas eu le moindre répit depuis son arrivée tôt ce matin. Elle étendit les jambes sous la table, fuma une première bouffée qu’elle transforma en une volute de fumée. Elle fit durer sa cigarette pour en savourer tous les délices se plongeant dans une réflexion passive. Elle se remémora brièvement sa matinée, se souvint de quelques passagers grincheux et sa réflexion s’arrêta sur l’un des passagers dont l’attitude lui avait semblé différente des autres. En se rappelant son visage, elle mit sa main devant sa bouche et écarquilla les yeux. Le type qui lui avait paru nerveux, regardant sans cesse sa montre, sautillant d’un pied sur l’autre, était en fait le type du portrait robot qu’elle avait examiné quelques instants plus tôt. Elle but d’un trait son café, paya la note et se rua vers Michael qui continuait sa ronde dans le hall de l’aéroport.
- Michael ! cria-t-elle à son intention.
- Oui ! répondit-il.
- Tu pourrais me remontrer le portrait robot ?
- Pourquoi ? Tu as croisé ce type ce matin ? fit-il d'un ton suspicieux.
- Je suis quasi certaine que l’un des passagers du vol 348 était ce type ! s’exclama-t-elle tout excitée.
- Tu en es sûre ? demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien.
- A ton avis ? Pourquoi te demanderais-je le portrait robot alors ?
- Désolé, Flavie ! Je ne voulais pas t’offusquer.
- Tu ne m’offusques absolument pas ! Mais grouille toi l’avion décolle dans un quart d’heure !
- Attends-moi ici ! Je vais le chercher. Je l’ai laissé à l’accueil !
- Je viens avec toi !
- Si tu veux.
Deux minutes plus tard, Flavie avait à nouveau le portrait robot en main et affirmait avec certitude que le type sur la photo était bien celui dont elle avait examiné les papiers une heure auparavant. Michael appela du renfort sur son talkie-walkie et une horde de vigiles envahit le hall en un temps record.


Thomson Spencer alias Paul Steiner regardait au travers du hublot, l’air songeur. Toute son existence se déroulait là, devant ses yeux, comme un album photo que l’on feuillette. Il considérait sa vie étant bien remplie et n’avait aucun regret même s’il devait encore fuir ce monde d’incompétents, incapables de sélectionner les meilleurs éléments parmi les humains pour sauver l’avenir de l’humanité. Depuis vingt ans désormais, il s’acharnait à sauver des vies pour ceux qui le méritaient. Il avait commencé sa vie de jeune adulte dans un hôpital militaire en tant que simple aide-soignant. Très rapidement, il avait constaté qu’il ne servait à rien de s’obstiner à sauver des malades dont le destin n’apporterait rien de louable à l’humanité. Ces individus seraient un fardeau pour la société, et rien de plus. C’est ainsi qu’à cette époque, une idée avait germé dans son esprit. Il avait mûrement réfléchi à la situation de ces pauvres estropiés de guerre qui ne pourraient plus remarcher normalement un jour et seraient dans l’impossibilité de mener une existence normale car ils étaient mentalement atteints, conséquence des atrocités de la guerre.
Paul avait imaginé un scénario très simple dans lequel il éliminait ceux dont le corps et l’esprit étaient touchés. Ayant accès à la pharmacie de l’hôpital, il avait concocté un mélange foudroyant qu’il injectait dans les perfusions , entraînant un arrêt cardiaque dans l’heure qui suivait. La mort était inéluctable ! En mettant fin à leur misérable existence, il leur donnait l’occasion d’alléger leur souffrance et de servir l’humanité en faisant don de leurs organes. Ces victimes étaient certes devenues un fardeau pour la société mais il n’en résultait pas moins que certains de leurs organes étaient parfaitement sains ! Paul était ainsi intimement convaincu qu’il avait contribué au bien de l’humanité en prélevant des organes sur ces victimes pour sauver un homme qui en valait la peine. Selon sa propre définition, l’homme idéal était celui qui ne connaissait aucune faiblesse, aussi bien sur le plan mental que sur le plan physique ! Ce n’était pas parce que l’un de ses organes était momentanément défaillant qu’il fallait pour autant le considérer hors service. En revanche, il concédait qu’un homme à qui il manquait une case ou un de ses membres, n’avait aucun intérêt à vivre.
Grâce à quelques connaissances spécialisées en médecine, il avait pu sauver des centaines de personnes qui auraient succombé sans une greffe immédiate. Il avait réussi à faire fonctionner ce système durant trois ans, le temps de son séjour à l’hôpital militaire. Ensuite, les choses s’étaient un peu gâtées car on l’avait soupçonné d’avoir intenté à la vie de pauvres innocents. Mais sans preuves tangibles, l’affaire était tombé à l’eau et il fut libre comme l’air. Il décida de monter sa propre affaire en mettant sur le marché des organes à disposition pour amasser une petite fortune. Il ne lui restait plus qu’à trouver l’art et la manière de faire fleurir cette affaire.
En faisant le tour du monde, il sélectionna un type d’individus issus des bas milieux, d’aucune utilité pour la société ! Bien au contraire ! Il décida de les exploiter à leur détriment en leur proposant des sommes misérables en échange de l’un de leurs organes. D’excellents organes qui pourraient servir à des personnes d’un statut honorable, se dit Paul en se frottant les mains, un rictus au coin des lèvres. Au début, il se mit à agir avec plein d’égards pour ces gens en leur évitant toute souffrance inutile, puis il avait pris l’habitude, avec le temps, d’être de moins en moins sensible. Il ne voyait pas pourquoi il devrait s’apitoyer sur leur vie insignifiante ! Ils étaient condamnés à errer toute leur vie comme des âmes en peine. Il diminua ainsi les coûts en se montrant moins attentionné si bien que ses affaires fructifièrent plus vite. Il ne se donna plus la peine de prodiguer les soins nécessaires à ses victimes, les prélèvements d’organes se firent dans des conditions inhumaines, laissant Paul totalement indifférent. Ses premiers remords laissèrent place à l’avidité et à la conquête du monde. Tout ce qui lui importait désormais était de concevoir un monde dans lequel ne régneraient que des individus de première classe, des individus dont le QI serait supérieur à la norme et pourvu d'un corps résistant à toutes sortes d’attaques tels que des virus mortels.
L’un de ses collaborateurs l’avait traité de cinglé en lui montrant que sa théorie d’une société composée d'êtres humains parfaits était irréaliste. Paul l’avait regardé droit dans les yeux, de son regard perçant et intransigeant. Willy, son collaborateur, avait paniqué en voyant cette lueur glaciale traverser les pupilles de Paul et avait préféré s'échapper de l'emprise de ce nouveau Satan ! Il n’avait plus donné signe de vie, craignant que Paul exploite son propre corps pour en faire don aux hommes méritants comme il aimait à le répéter !
Ces souvenirs firent sourire Paul intérieurement. Il se sentait flatté de se sentir aussi invulnérable. Son sourire se métamorphosa en un hideux rictus à la vue des vigiles qui couraient d’un pas vif, mitraillette en main, sur la piste d’atterrissage en direction de l’avion dans lequel il siégeait. Il pressentit un mauvais présage si bien qu’il tint fermement l’arme glissée dans la poche gauche de son pantalon. Il se tenait prêt à agir et à la dégainer si les circonstances l’exigeaient. Il eut à peine le temps de rassembler ses esprits que les vigiles étaient déjà dans l’allée centrale de l’avion à vérifier les papiers d’identité de tous les passagers et à scruter le visage de chacun comme s'ils cherchaient une personne en particulier. En l’espace de deux secondes, le cœur de Paul fit un bond dans sa poitrine, il venait de comprendre l’enjeu de la situation. C’était lui qu’on recherchait ! Il le comprit à la lueur des yeux de l’un des vigiles quand il croisa son regard. Ce dernier glissa en effet quelque chose à l’oreille de son collègue, le scrutant avec ostentation, et les deux hommes s’approchèrent de lui d’un pas décidé.
montrer vos papi- Bonjour Monsieur ! Auriez-vous l’amabilité de nous ers ?
Les mâchoires de Paul se crispèrent mais il réussit à maîtriser la panique qui s’emparait de son corps. Il sortit ses papiers de la poche intérieure de sa veste en velours, saisit l’occasion pour prendre discrètement l’arme cachée dans son pantalon et tendit ses papiers au vigile qui les examina avec le plus grand soin.
- Je vous demanderai de bien vouloir nous suivre Monsieur, fit-il d’un ton comminatoire en pointant sa mitraillette sur l’épaule de Paul.
Paul fit mine de se lever et braqua, sans prévenir, son arme sur la tempe de son voisin de voyage pour le prendre en otage. Celui-ci eut le visage déconfit, son teint rubicond se transforma en un teint blafard et il fut sur le point de tomber en pâmoison en voyant l’arme pointé sur lui. Paul le retint de justesse et l’empoigna fermement par le bras droit. Les vigiles étaient pantois, ne sachant comment faire face à cet imprévu. Ils essayèrent de calmer Paul en lui affirmant qu’il ne s’agissait que d’un contrôle de routine, espérant intérieurement qu’il finirait par laisser tranquille cette pauvre victime qui n’avait strictement rien à voir avec cette affaire. Une tension croissante se lut sur le visage de Paul, il commençait à s’impatienter alors les vigiles comprirent rapidement qu’ils n’obtiendraient aucune faveur de sa part.
Deux vigiles qui se profilaient discrètement au fond de l’avion s’approchèrent à pas de velours de Paul, toujours la mitraillette en main, ils voulaient le déstabiliser en lui prenant son arme. Paul sentit le coup venir, il se retourna brusquement et tira sur le vigile. La balle atteignit la tête de celui-ci qui sentit un voile diaphane s’abattre devant ses yeux et s’écroula. Le crâne éclata en une gerbe de sang, d’os et de matière cérébrale. Les passagers, pétrifiés, poussèrent des hurlements de terreur, se précipitant vers la sortie et se bousculant les uns les autres tandis que les vigiles, blancs comme un linge, regardaient le spectacle effroyable de leur collègue qui n’était plus qu’un geyser de sang.
Paul profita de cet interlude pour s’éclipser de l’avion. C’était sa dernière chance d’échapper aux autorités. En le voyant prendre la fuite, plusieurs vigiles se mirent à le poursuivre, sans résultat. Paul avait réussi à les semer en se camouflant à l’intérieur d’une remorque à bagages qui se dirigeait vers le hall de l’aéroport.

extrait de l'épilogue

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"Le petit Julien avançait d’un pas hésitant en direction du sapin pour essayer d’attraper les boules transparentes qu’Alyssa avait placées la veille. Depuis qu’il avait découvert les joies de la marche quelques jours plus tôt, il passait son temps à gambader dans tout l’appartement en poussant de joyeux borborygmes. Il avait également enrichi son vocabulaire et grâce à Dieu, sa sensibilité à la lumière du jour s’était atténuée.
- N’est-ce pas merveilleux, ma chérie, ce premier Noël en famille ? fit Jake tendrement en posant ses mains sur le ventre arrondi d’Alyssa, enceinte de cinq mois. Nous serons bientôt cinq à la maison et nous aurons toute une ribambelle d’enfants qui s’agitera devant la sapin en attendant l’ouverture des cadeaux.
Alyssa poussa un éclat de rire en imaginant sa future ménagerie.
- Ce qui est également merveilleux, c’est ce splendide tapis de neige immaculé sur notre terrasse et ce ciel limpide dans lequel la lune recouvre de lumière argentée le paysage qui s’offre à nous ! s’exclama-t-elle en admirant avec délectation ce sublime spectacle.
- Et si nous allions faire un tour sur la terrasse ? suggéra Jake d’une voix douce en enlaçant Alyssa.
- C’est une excellente idée ! Autant profiter des ornements que j’ai installés hier pour l’occasion !
- Tu t’es surpassée, Alyssa ! répliqua-t-il en la contemplant d’un regard complice. Tu n’avais pas besoin de placer un sapin dehors alors que tu en as placé un merveilleux au centre du salon qui prend pratiquement toute la place. C’est tout juste si nous pouvons circuler !
- Tu exagères, Jake ! Il fait seulement deux mètres de haut et trois mètres de diamètre ! Je voulais que ce Noël soit gravé dans nos cœurs ! C’est le premier Noël que nous passons avec Julien ! Et regardes Mandy comme elle est heureuse avec son petit frère ! On a l’impression qu’elle revit !
- Oui, c’est incroyable à quel point elle s’est métamorphosée depuis que Julien est de retour à la maison !
- Et moi, je suis la femme la plus heureuse du monde ! Ta surprise du mois de juin en valait la peine ! Je n’aurais jama

06.02.2008

Jalousie meurtrière : présentation

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Jalousie meurtrière est un roman à suspens riche en rebondissements qui tiendra le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. L'héroïne attire la sympathie par sa sensibilité et sa finesse d'esprit. Symbole de la femme au foyer, elle devient rapidement une femme hors du commun qui doit se battre pour échapper à la mort.
Par ce roman, l'auteur veut démontrer que la vie possède des trésors cachés que chacun est capable de découvrir à force de lutte et d'acharnement, trésors qui donnent une ouverture sur un monde meilleur.

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Résumé :

Quand Alva perd l'homme de sa vie dans un tragique accident de voiture, elle est convaincue qu'elle ne connaîtra plus jamais la joie et la sérénité. Sa rencontre inopinée avec Tom Glover, un homme charmant de 33 ans, lui permet d'oublier son passé douloureux et de fonder une famille dans une petite ville paisible.
Mais ce bonheur si fragile éclate quand Tom devient la cible d’un tueur. En parallèle, le FBI se met aussi à sa recherche, mais pourquoi ? Que cache Tom ? Alva va alors découvrir une facette de son mari qu’elle ignorait…
Commence alors une folle course poursuite pour Alva et ses trois filles qui sont désormais en danger de mort. Réussiront-elles à surmonter les terribles épreuves qui les attendent et à sortir indemnes de cette sordide histoire ?

Extrait du chapitre 4

MacDonald, un rictus de satisfaction aux commissures des lèvres, se hâta de rejoindre le lieu stratégique au second étage du centre commercial, bousculant au passage la foule qui s'agglutinait devant les vitrines décorées des magasins et disparut subitement, sans que personne ne remarquât son absence, derrière d'immenses plantes vertes ornant le rebord de la balustrade qui traversait l'étage d'un bout à l'autre. D'où il se tenait, il avait une vue imprenable sur l'ensemble du premier étage. Il balaya l'étage d'un regard circulaire et celui-ci se posa sur une terrasse de café où Tom avait pris place.
Je ne pouvais pas espérer mieux ! se dit-il en constatant que la vue était dégagée. Il n'aurait aucun mal à atteindre sa cible. Il jeta un dernier coup d'oeil derrière lui pour s'assurer qu'il était à l'abri des regards indiscrets, repéra les cages d'ascenseurs situées à quelques mètres de son repère et se prépara à agir.
Tandis que Richard mettait les derniers détails au point, Tom dégustait un verre de cognac. En temps ordinaire, il se serait contenté d'une simple tasse de café mais il était sur les nerfs depuis quelques jours, ne supportant plus cette agitation autour de lui liée à l'approche de Noël, une fête qu'il ne vénérait absolument pas.
Enfant, il n'avait pas connu les joies que peuvent procurer les fêtes de fin d'année. Sa mère avait banni ce mot de son vocabulaire du jour au lendemain alors qu'il avait tout juste cinq ans. Tom n'en avait jamais connu la véritable raison jusqu'à son quinzième anniversaire lorsqu'il tomba inopinément sur une conversation entre sa mère et sa grand-mère. Il apprit à cette occasion que son père l'avait frappée sans merci l'avant-veille de Noël car elle refusait de lui donner l'argent qu'elle avait mis de côté pour acheter des cadeaux aux enfants pour les fêtes de Noël. Il lui avait répondu que ces fêtes de fin d'année n'étaient que pures foutaises et lui interdit à ce jour de célébrer le jour de la nativité dans sa maison. Il avait menacé sa mère de la mettre à la rue sans un sou et surtout sans ses enfants. Elle avait pris ses menaces au sérieux et s'était donc résolue à rayer Noël du registre des fêtes. Quand Tom avait compris les motivations de sa mère, il s'était juré de la venger de son père, ce qu'il fit quelques mois plus tard.
Richard briqua son arme minutieusement comme s'il s'agissait d'un trophée puis glissa une à une les munitions dans le fusil et fut fin prêt à tirer sur sa cible, moment privilégié qu'il attendait depuis des années. Il s'accouda à la rambarde camouflée par les plantes vertes, glissa son oeil derrière le viseur et chargea le fusil. Il pointa le canon en direction de Tom, appuya sur la gâchette et le coup partit.

Tom, le verre de cognac en main se sentit défaillir sans comprendre ce qu'il lui arrivait. Un voile diaphane s'abattit devant ses yeux, il eut l'impression de sentir une distorsion des sens. Le brouhaha régnant devint de moins en moins perceptible et ce fut le trou noir.
Le serveur passant près de lui pour aller servir la table voisine, lâcha son plateau qui se renversa sur les genoux d'une cliente et se précipita sur le corps de Tom gisant au sol. A la vue de l'homme inconscient, les gens affluaient de tous les côtés. Un homme d'une trentaine d'années se fraya un chemin parmi la foule et cria à tue-tête je suis médecin, laissez-moi passer !. Les gens s'écartèrent du corps et le jeune médecin put lui tâter le pouls.
- Il est grièvement blessé ! fit remarquer le médecin. On lui a logé une balle dans la poitrine.
Un cri de stupéfaction se fit entendre dans les foules. Certains poussèrent des hurlements de frayeur, d'autres cherchèrent en vain parmi la foule celui qui aurait pu commettre un tel acte.
- Il respire encore ! s'exclama-t-il. Mais sa tension et son pouls sont faibles. Il faut l'emmener sans perdre de temps aux urgences ! Appelez une ambulance !
Personne ne remarqua la silhouette qui prenait l'ascenseur au deuxième étage, un sac de sport étrange et volumineux à l'épaule.
Le gérant du café composa le numéro des urgences et un quart d'heure plus tard, des hommes en tenue blanche arrivaient au pas de course avec un brancard. Ils glissèrent délicatement Tom sur celui-ci et repartirent en coup de vent. La vie dans le centre commercial reprit son cours comme s'il ne s'était rien passé.


Le regroupement des passants près du corps de Tom donna l'occasion à Richard d'agir plus librement et de se faufiler sans être vu dans l'ascenseur. Une fois à l'intérieur, il stoppa son ascension un court instant, le temps de changer de vêtements, d'enfiler la perruque et de coller sa fausse moustache. La métamorphose terminée, il remit l'ascenseur en marche et appuya sur la touche conduisant au parking souterrain du centre. En quittant cet endroit, il éprouva une grande sensation de calme et de paix.


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http://www.manuscrit.com/catalogue/textes/fiche_texte.asp?idOuvrage=10062

Jalousie meurtrière : chapitre 32

.... extrait




Alva avait réussi à échapper à Walter un court moment, le temps de récupérer et recouvrer ses esprits. Elle tendit l'oreille : elle distingua des pas sonores dans le corridor recouvert de carrelage. cambridge surgit dans la salle de jeu, le regard brûlant tel un fauve à la recherche de sa proie. Tapie derrière la porte de la pièce, Alva retenait sa respiration, son beau-frère était à quelques pas d'elle, elle entendait le souffle rauque de sa respiration. Quand il fut à proximité de la porte-fenêtre, elle saisit l'occasion pour sortir de la salle de jeu, à pas feutrés. Elle traversa précipitamment le couloir et aperçut la silhouette de Walter qui venait de faire un tour sur lui-même. Il la repéra. Il s'élança vers elle d'une démarche alerte. Plongée dans l'obscurité, elle se lança à l'aveuglette en direction du premier étage. Elle avait l'avantage sur lui ! Elle connaissait les dispositions des pièces de la maison comme sa poche !
Sans qu'elle eut le temps de comprendre qu'il venait de bondir à côté d'elle, il l'attira brutalement contre lui. Elle lui fit volte-face et lui enfonça son coude dans les côtes. Il ressentit une vive douleur et lâcha prise un instant. Elle en profita pour courir de toutes se forces vers le premier étage et se réfugier dans sa chambre. Une fois la douleur passée, Walter se rua vers elle en chancelant. Il parvint à la rejoindre rapidement dans la chambre où elle venait de prendre ses quartiers.


Une fois que l'inspecteur Logan donna l'ordre d'investir les lieux, les officiers de police firent une entrée tumultueuse dans la demeure, fracas qui n'échappa pas à l'oreille attentive d'Alva. Elle se mit à crier d'un cri strident, implorant du secours. Sam, le responsable des opérations, fit signe à ses hommes de gravir les escaliers conduisant au premier. Ils les montèrent consciencieusement, prêts à brandir leur arme au cas où le suspect ferait son apparition. Une marche grinça, Alva l'entendit et cria de plus belle : « Au secours ! ».
Walter qui, en dépit de son esprit dérangé, n'était pas dupe, avait lui aussi perçu la présence d'inconnus dans la maison. Il appuya sur l'interrupteur de la chambre et la lumière du lustre inonda la pièce plongée dans l'obscurité. Alva se tenait à proximité de la fenêtre, paralysée par la peur. Un sourire de contentement se dessinait sur les lèvres de Walter qui s'approcha promptement d'elle. Elle crut son heure sonner quand elle le vit sur le point de se ruer sur elle. Il s'arrêta net dans son élan quand son regard se posa sur le portrait accroché au-dessus du lit conjugal, représentant un magnifique portrait en couleur de Tom et Alva le jour de leur mariage. La vue de ce portrait le figea sur place.
Livide de rage, il scrutait le tableau comme s'il se trouvait devant une oeuvre d'art. Son esprit était en pleine confusion, il ne savait plus si l'homme qu'il contemplait, était réel ou si son esprit lui jouait encore un mauvais tour. La réalité de ce visage rayonnant de bonheur le frappait de plein fouet et il fut rapidement persuadé que son frère se tenait là, devant lui, le narguant avec une belle femme à ses côtés. Ce portrait plus vrai que nature raviva en lui une flamme en partie éteinte la dernière fois où il avait vu en chair et en os son pire ennemi. Il lui semblait entendre la voix de Chris lui implorant de le laisser vivre sa vie.
Walter, décontenancé par cette voix qui martelait ses oreilles, s'agrippa aux montants du lit pour tenter de ne pas tomber et posa les genoux sur le sol, appuyant son front contre le bord du lit. Il ferma les yeux comme pour combattre le démon qui le rongeait de l'intérieur.
Alva, assistant à la scène, l'entendit murmurer : « Laisse-moi tranquille ! Je ne veux plus tuer ces pauvres filles ! Je t'en supplie ! ». Son instinct lui criait de ne pas faire attention à ces voix, qu'elles n'étaient que le pur fruit de son imagination mais en parallèle, une autre voix lui dictait de se venger de toutes ces filles qui avaient préféré la compagnie de Chris à la sienne. Il était totalement désemparé, des idées, plus horribles les unes que les autres, surgissaient sans prévenir, incontrôlables. Son esprit tourmenté était dépourvu de rationalité et submergé d'émotions contradictoires.
Alva observait, paralysée, Walter qui se débattait avec ses démons, passant d'un état de torpeur à un état d'extrême agitation. Elle sentait qu'il commençait à perdre contenance. Un bouleversement inattendu s'opéra dans le comportement confus de Cambridge. Les traits de son visage déformés par une souffrance indéfinissable se contractèrent et les muscles de son visage dessinèrent un ensemble saisissant et angoissant. Il fut pris de mouvements convulsifs qui reflétaient l'expression d'une haine démesurée et d'un sentiment de rage dévastateur. Il se leva d'un bond, tourna sur lui-même et se propulsa contre la vitre de la fenêtre. Des bris de glace éclatèrent de toute part, touchant Walter aux mains et au visage. Des petits filets de sang rouge vif sillonnèrent ses mains tandis que des éclats de verre éraflèrent son front et ses pommettes. Il fut momentanément sonné et hurla un « Noon! » en secouant la tête dans tous les sens. « Je ne peux pas faire ça ! C'est au-dessus de mes forces ! »
C'est le moment que choisirent les policiers pour faire irruption dans la chambre. Sam Benett, posté dans l'embrasure de la porte, cria à son intention :
« Monsieur Cambridge, j'ai un mandat d'arrêt contre vous. Je vais vous lire vos droits et vous demanderai de bien vouloir me suivre. Tout ce que vous direz, pourra être retenu contre vous. Vous avez la possibilité de garder le silence et de faire appel à un avocat ... »
Walter n'entendait pas ce que lui lisait le policier, il avait le regard hagard, l'air absent. Il regardait l'officier d'un regard indifférent comme s'il n'était pas connecté avec le monde réel. Il murmurait des paroles à peine audibles à son entourage, des paroles dépourvues de sens, des mots inintelligibles. Il se prenait la tête entre les mains, en signe de désespoir. Il continuait de hurler « Noon, je ne peux pas ! Je ne sacrifierai pas une autre vie ! Il en est hors de question ! Plutôt mourir que de toucher à un seul cheveu de cette femme ! »
Et ce que personne ne pouvait prévoir, se produisit sans crier gare. Walter se redressa promptement et se projeta par-dessus le rebord de la fenêtre. Le coeur d'Alva fit un bond dans sa poitrine quand elle le vit se jeter dans le vide pour fuir la triste et dure réalité. Elle ressentait de la compassion pour cet homme qui avait partagé quelques jours de son existence. Des larmes roulèrent sur ses joues, sillonnant son visage, ses lèvres tremblèrent et elle fut prise de mouvements compulsifs.
Le corps de Walter atterrit sur la pelouse encore gelée en un bruit lourd semblable à un sac de ciment qui aurait glissé d'un camion pour s'étaler sur la route. Alva, horrifiée par ce spectacle poussa un hurlement de détresse, tremblant de tous ses membres. Ce fut le dernier cri qu'elle poussa pour longtemps. Elle était en état de choc.

phénomène étrange

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1. Découverte

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Faila, sentant un frisson parcourir tout son corps, ouvrit les yeux, désorientée. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait. Elle était prisonnière d'une sphère aux parois transparentes flottant à quelques centimètres du sol. Celle-ci était éclairée par les rayons du soleil qui perçaient au travers d'une végétation dense, d'arbres, de fougères et de lianes à perte de vue. Faila ne reconnaissait pas ce lieu. Que faisait-elle ici à moitié dénudée, dans cette bulle ? Elle n'avait aucun souvenir de ses dernières heures. La seule chose qu'elle se rappelait était cette machine mystérieuse apparue de nulle part au milieu d'une contrée verdoyante puis ce fut le néant. Elle ne savait pas ce qu'il s'était passé après. Faila se trouvait désormais ici au milieu d'une immense forêt luxuriante. Elle scruta l'horizon, ne reconnaissant pas l'environnement.
Au moment où elle posa ses mains sur les parois de la sphère, celle-ci s'éclipsa à son contact. Faila, interloquée, se redressa pour regarder autour d'elle. Le léger clapotis d'un ruisseau au loin attira son attention. Elle tendit l'oreille et se laissa guider par cet agréable murmure. Elle se retrouva à proximité d'une cascade féerique. Un petit torrent s'écoulait entre des rochers pour finalement se déverser dans un lac idyllique. Des chants de cigales, de gibbons et d'oiseaux animaient gaiement cette immense forêt. Elle s'approcha de ce magnifique décor et aperçut un ara d'un bleu éclatant perché sur une branche d'un arbre centenaire, il répétait inlassablement Faila. Elle l'observa les sourcils froncés et celui-ci commença à se balancer d'une patte sur l'autre en la fixant. Faila avança jusqu'à l'arbre, le perroquet s'envola dans un battement d'ailes frénétique. Elle le regarda partir en haussant les épaules. Pourquoi répétait-il Faila ?
Elle observa le lac en plaçant ses mains en visière. Des libellules et des papillons virevoltaient au-dessus de l'eau à la recherche de nourriture. A la surface de l'eau, un banc de poissons rouges se faufilait dans les remouds de la cascade. Ce spectacle illumina son visage. Elle avait l'impression d'être en communion avec la nature, ressentant un bien-être profond et enivrant. Faila était apaisée comme si elle avait retrouvé ses origines. Ce sentiment fut éphémère. Un individu de grande taille fit en effet son apparition sous la cascade. Faila, intriguée, l'examina attentivement. Elle ne resta pas insensible à sa silhouette en dépit de son effarouchement. Il n'était vêtu que d'une simple étoffe recouvrant le bas de son bassin. Les courbes du corps de cet inconnu étaient majestueuses, il avait le torse bombé tandis que ses cheveux châtain clair encadraient un visage aux traits fins.
Amon plongea son regard d'un bleu perçant dans celui de la jeune femme qui l'avait subjugué au premier coup d'oeil. Il était instinctivement attiré par elle sans en connaître la raison. Ses cheveux roux tombaient en cascade sur ses épaules tandis que sa taille fine mettait en valeur les lignes de son corps. Il déclina son plus beau sourire et lui fit un signe de la main.
Faila le regarda sans mot dire, perplexe. Une sensation étrange prenait possession de son corps. Son coeur se mit à battre très vite tandis qu'une vive fébrilité se propageait dans tout son corps. Elle ne connaissait pas ce sentiment, elle ne comprenait pas le sens de ces émotions. Elle jeta un coup d'oeil furtif dans la direction d'Amon, et baissa la tête, intimidée.
Amon fit un pas en avant pour s'approcher de Faila, lui tendant sa main en signe d'amitié. Craintive, Faila recula d'un pas. Le sourire d'Amon s'estompa en voyant Faila prendre peur. Faila comprit alors qu'il ne lui voulait pas de mal et se risqua à avancer vers lui. Amon renouvela son geste, l'extrémité de leurs mains se toucha. Le contact fut bref, une lumière vive encercla la jeune femme tel un bouclier. Faila était inaccessible.
Amon lut le désarroi sur son visage et décela la panique dans ses yeux. Elle ne comprenait apparemment pas ce qu'il se passait. La lumière laissa place à la sphère qu'elle avait quitté un moment plus tôt. Elle était à nouveau prisonnière de cette dernière sans possibilité de fuir. Elle eut beau poser ses mains sur la paroi, rien ne se produisit. La sphère était toujours là.
Amon vit Faila disparaître sous ses yeux sans comprendre cet étrange phénomène. Faila s'était éclipsée dans les airs sans le moindre signe avant-coureur. Il ressentait l'intense frayeur qui s'emparait d'elle. Il ne la connaissait certes pas mais avait cette impression singulière d'être uni à elle. Il percevait en effet chaque émotion qu'endurait en ce moment même Faila sans pouvoir l'aider. Il n'avait pas une once de soupçon de l'endroit où elle était. Son coeur était déchiré par la terreur qu'éprouvait Faila. Où se trouvait-elle ?


2. Énigme

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Amon resta un moment immobile à regarder le ciel à la recherche de Faila. Il ne restait plus une seule trace de son passage en ces lieux. Il fit demi-tour pour rejoindre la grotte dans laquelle il habitait depuis une décennie. Amon accéda à cette dernière en longeant un chemin parsemé de pierres scintillantes et parvint à une entrée plongée dans l'obscurité. Il reconnut au loin le battement d'ailes de Pavel, son fidèle compagnon, un ara au magnifique plumage bleu dont l'abdomen était jaune avec une gorge noire et le dessous des yeux dessinés de lignes noires. Le perroquet répétait inlassablement Faila jusqu'à ce que son maître daignât enfin le remarquer.

-Qu'as-tu donc à répéter sans cesse Faila ?

Pavel reprit de plus belle pour attirer l'attention d'Amon. Ce dernier l'observa les sourcils froncés. Le petit "Ara-robot" était capable de simuler une conscience. Il sentait que son maître avait besoin d'aide. Sa perception de personnalité était guidé par un cerveau bio-électronique fabriqué pour servir les hommes. N'ayant pas subi de mise à jour il était resté à son programme de base, chercher Faila pour le bonheur de son maître qui semblait avoir oublié sa belle. Le "Ara-robot" avait commencé par attirer son attention pour qu'il devienne son nouveau maître. Pavel virevolta autour d'Amon pour lui faire comprendre.

- Quel message veux-tu me faire passer Pavel ?

Le perroquet se percha sur la première branche de l'arbre situé à côté de l'entrée de la grotte et se mit à se dandiner d'un air impatient en battant régulièrement des ailes.

- Je vois ! fit Amon. Tu veux me montrer quelque chose. Très bien, je suis prêt à te suivre. Attends un instant, je vais chercher mon neutraliseur. Les cellules photosensibles de Pavel clignotèrent de satisfaction, Amon avait compris depuis longtemps que le Ara n'était pas un être vivant.

Amon pénétra sous une immense voûte aux parois ornées d'une multitude de cristallisations. Dans une obscurité à peine troublée par la lumière fluorescente de la lampe à énergie renouvelable qu'il tenait à la main, Amon se faufila dans une galerie qui aboutissait à une immense cavité éclairée par les rayons du soleil pénétrant à flots par l'unique ouverture donnant sur un ciel bleu azur. Amon se dirigea vers l'un des petits orifices creusés dans les parois en pierres et se saisit d'un petit appareil qui contrastait fortement avec le décor archaïque. Amon l'utilisait lors de ses expéditions au coeur de la forêt pour se protéger des rencontres indésirables. En cas de danger imminent, il pouvait neutraliser son ennemi grâce à cet appareil miniature.
Il rejoignit Pavel. Le perroquet ne perdit pas de temps et prit son envol pour s'engager sur un chemin sillonné de petites fleurs violettes et blanches. Il continua à répéter en boucle Faila, un nom qui laissait Amon perplexe. Il savait que Pavel tentait de lui dire quelque chose mais il n'en comprenait pas pour autant la signification.
Au bout du chemin fleuri, ils arrivèrent devant un arbre majestueux. Amon n'eut pas besoin de s'approcher de celui-ci pour remarquer qu'un message avait été gravé dans le tronc aux dimensions généreuses. Il reconnut immédiatement son propre nom et celui que ne cessait pas de répéter Pavel depuis une bonne heure désormais ! FAILA ET AMON étaient écrits en majuscules tandis qu'une petite légende accompagnait les deux noms. Il la lut à voix haute :

FAILA ET AMON

deux êtres de lumière unis par les voies insondables de l'univers

Cette épitaphe ébranla Amon. Qui était Faila ? Il ne connaissait aucun être vivant portant ce nom. Quel lien l'unissait donc à cet être ?
A peine s'était-il posé cette question que Pavel commença à s'agiter en faisant des cercles au-dessus de sa tête.

- Qu'il y a-t-il encore ? s'esclaffa Amon d'un ton impatient.

Il suivit Pavel du regard et le vit se diriger vers un enchevêtrement de lianes qui cachait un navire à l'abandon. Amon fit le tour de l'engin qui s'était visiblement écrasé ici depuis un certain temps déjà. Pavel s'approcha d'une cellule de transport pour identifier son maître au navire à la ressource d'énergie inépuisable. L'ordinateur central étant en veille dans l'attente d'une instruction. Sans clé, Amon ne peut pas y entrer, Pavel est cette clé et le petit robot volant a vu son processus de personnalité se modifier. Les radicaux libres non éliminés par les mises à jour normales auraient-ils développé chez le petit robot un début de conscience ? Amon pénétra à l'intérieur du navire. Une lumière bleue vint éclairer son visage. Il éprouva immédiatement un sentiment de plénitude, un bien-être qu'il n'avait encore jamais ressenti auparavant. Il avança de quelques pas, s'approchant du tableau de bord de l'appareil. Tout à coup une image en trois dimensions s'imposa à lui. Il reconnut cette jeune femme rousse rencontrée au bord du lac quelques heures plus tôt. Elle était toujours prisonnière de la sphère, les mains collées aux parois, le suppliant de l'aider.

Il la regarda, stupéfait. La vision de la jeune femme éveilla en lui des souvenirs. Il se voyait au coeur d'un magnifique panorama composé d'un lac, d'une végétation luxuriante et de jardins ombragés. Il était en compagnie d'une jeune femme rousse dans une splendide demeure à l'image du lieu idyllique. Ils étaient assis sur une couverture devant une immense baie vitrée donnant sur ce splendide paradis terrestre, à moitié dévêtis à partager une corbeille de fruits rouges. Il entendait le cri cristallin de sa compagne qui poussait de petits éclats de rires quand il effleurait de ses lèvres ses yeux, son nez, ses joues, son cou et ses lèvres. Ces gestes de tendresse comblaient la jeune femme qui le rendait bien à son aimé. Ils étaient ivres d'amour.

Amon prit soudain conscience de l'importance de ce souvenir. Cette jeune femme dans la sphère était Faila. Comment pouvait-il avoir oublié celle qui habitait son coeur depuis toujours ? Une intense douleur prit possession de son corps le faisant revenir à la réalité. Faila était toujours devant lui à lui crier son désespoir. Elle lui communiquait sa souffrance par la pensée. Amon sentit le désarroi de sa bien-aimée mais il ne pouvait rien faire. Il se sentait impuissant. Il tendit sa main vers l'hologramme et l'image disparut instantanément. Il eut juste le temps de voir surgir derrière Faila une tête maléfique encerclée de flammes d'un jaune vif. Ce visage infâme attirait Faila vers lui en poussant un rire glacial.

Amon ressentit une déchirure insupportable au plus profond de lui-même. Il se mit à hurler : NOOOOOOON ! et se laissa tomber sur le sol le coeur brisé. Il avait reconnut le terrible Thersite, ce monstre sans nom, qui n'avait pas hésité à s'approprier les biens des victimes qu'il avait tuées pour régner ainsi en maître sur la planète. La plupart des terriens le craignait et préféraient lui céder ce qu'ils avaient plutôt que d'avoir à subir sa méchanceté illimitée.


3. Vie solitaire


La vue de Thersite, responsable de l'accident, rappela à Amon la façon dont il était arrivé en 2082 sur une île inconnue. Thersite était en partie responsable de son arrivée sur cette terre. Pour fuir Thersite qui le menaçait de mort, Amon était partie à la conquête de la Galaxie, une expédition qui s'était mal terminée puisqu'au moment d'approcher de la Terre, une balise de navigation aérienne avait été détruite si bien qu'Amon n'eut plus de point de repère pour situer la position de son aéronef. Le navire, désorienté, s'était écrasé au milieu de cette île de l'hémisphère sud de la planète, laissant Amon livré à lui-même. L'atterrissage brutal l'avait commotionné, le rendant amnésique.

Il vécut ainsi sur cette île en reclus pendant des années avec pour seule compagnie, son fidèle perroquet, qui était toujours resté à ses côtés depuis son arrivée dans cette contrée. Il se souvenait désormais de l'origine de Pavel. Il avait été conçu avant son départ pour la galaxie pour lui servir d'assistant. Ce n'était pas un oiseau ordinaire car il était robotisé mais la ressemblance avec les oiseaux exotiques de la forêt était à s'y tromper. Pavel avait été programmé pour rester aux côtés de son maître quoiqu'il arrive. Il était d'une aide inestimable pour Amon devenu amnésique.

Cette île n'étant pas répertoriée sur les cartes de navigation, aucun être humain ne le lui rendit en effet visite. Ses souvenirs effacés de sa mémoire, Amon mena une vie simple, dépourvue de tout le confort matériel dont jouissaient les habitants de la fin du vingt et unième siècle sur terre. Seuls quelques appareils issus de son aéronef lui avaient simplifié la vie. Lui-même ne savait pas, jusqu'à ce jour, que ces appareils électroniques qui habitaient son quotidien, provenaient de son spationef. Il avait en effet oublié l'existence de ce dernier. Il redécouvrait son navire aujourd'hui grâce à son fidèle ami, Pavel.

Le perroquet lui avait rapporté à maintes reprises des objets curieux qui l'avaient longtemps intrigué. Il ne se doutait pas un instant que Pavel se servait tout simplement dans l'aéronef. Amon devait bien avouer que ces objets futuristes l'avaient beaucoup aidé dans cette jungle. Il possédait entre autres plusieurs lampes à énergie renouvelable qu'il lui suffisait de mettre au soleil pour se recharger, objets indispensables dès la nuit tombante. Il était équipé d'un désintégrateur qui lui était fort utile durant ses expéditions, il lui facilitait l'accès à certains lieux impossible à franchir en temps ordinaire. Ce petit appareil pulvérisait en moins d'une seconde ses cibles et se rechargeait en énergie grâce à l'accumulation de matière dans son boîtier. Pavel était un jour revenu avec un transpondeur, un mini téléporteur, qui avait laissé Amon dubitatif. Il avait regardé le petit appareil sous tous les angles, se demandant à quoi il pouvait servir. Une autre fois, le perroquet avait glissé dans son bec un petit boîtier électronique qui avait été (et était toujours) fort utile à Amon. Grâce à celui-ci, il pouvait faire apparaître des images du reste du monde. C'est ainsi qu'Amon constata qu'il n'était pas seul sur terre en dépit des apparences. Il avait même vu que la planète était envahie de spécimens curieux et effrayants. La quasi totalité de la perte de sa mémoire avait fait revenir Amon au stade primaire. Il avait oublié qui il était et la façon dont il vivait avant son accident. La technologie ne faisait plus partie de son quotidien à l'exception de ces quelques objets rapportés par Pavel.


La vue de son navire enseveli sous les broussailles réveilla en lui des souvenirs enfouis depuis longtemps dans son inconscient. Il se remémora la mission qui l'avait poussé à entreprendre un voyage au coeur de l'univers. Il s'était inscrit pour participer à un grand voyage axé sur l'étude de la galaxie. Faila l'avait poussé à faire partie de cette expédition car elle le pensait plus en sécurité dans l'espace que sur terre. Elle voulait le mettre à l'abri de l'horrible Thersite qui s'était juré d'anéantir Amon, son pire rival. Faila avait supplié Amon de se cacher de cet être ignoble en participant à ce programme d'étude. C'est ainsi qu'Amon accepta l'expédition et partit rejoindre l'espace pour ne plus revoir Faila jusqu'à ce jour. Son amnésie l'avait coupé du monde et surtout de sa tendre bien-aimée.


4. La cité

Mais la vue de Faila dans la sphère et la tête immonde de Thersite sortit Amon de sa torpeur. Il se rappela toutes les souffrances qu'il avait endurées et se souvint de ses origines. Il comprit instantanément pourquoi il avait ressenti une émotion aussi intense à la vue de la jeune femme rousse le matin même. Il avait eu le sentiment de renaître comme si Faila était venue combler ce vide qu'il ressentait depuis des années. Thersite lui avait en réalité arraché brutalement Faila. Amon avait dû fuir, laissant Faila seule face à son destin. Il regrettait aujourd'hui de l'avoir écoutée et d'être partie au coeur de l'univers. Leur amour aurait vaincu Thersite s'il était resté aux côtés de sa bien-aimée. Mais Faila s'était montrée intransigeante, ne lui laissant aucun choix. Il se rappela ses paroles :

- Tu ne peux pas rester ici Amon, Thersite profitera d'un moment d'égarement pour te prendre dans ses filets.

- Ma tendre Faila, je ne peux pas me séparer de toi. Mon amour pour toi est si fort que mon coeur ne résisterait pas à cette séparation.

- Cette séparation est nécessaire. Notre amour en ressortira grandi. Si Thersite te sait loin de moi, il se calmera et je pourrai jouer de mon charme pour l'attendrir !

- Mais ce Thersite n'a pas d'âme. Comment pourrais-tu le tromper par les sentiments ?

- Détrompe-toi Amon. Thersite cherche à obtenir mon pouvoir et il pense l'avoir en m'amadouant. A mon tour, je peux le faire fléchir et entrer dans son jeu, lui faire croire qu'il est le plus fort. J'apaiserai ainsi sa rage qui le gouverne.

- Il se rendra rapidement compte que tu l'as dupé.

- Je suis plus forte que lui. Lui agit par la force, moi j'agis par la pensée. Je peux le vaincre de cette façon mais je dois savoir que tu es en sécurité pour y parvenir car ta présence me distrait, expliqua Faila en lui faisant un sourire.

Aujourd'hui, Amon comprenait mieux les intentions de Faila. Le regard perdu dans le vide, il vit son existence défiler sous ses yeux :

Avant son accident il vivait dans la cité de l'île d'Atlantis, une terre protégée. Seuls y avaient accès, ceux qui se proposaient d'offrir leur corps à la science. Peu de gens étaient prêts à faire ce sacrifice même si l'île recelait des merveilles inestimables. Pour avoir le privilège de faire partie des Atlantes, les habitants s'engageaient à accepter à tout moment de subir des modifications génétiques importantes qui n'étaient pas sans risques : elles pouvaient les handicaper à vie ou les conduire à la mort. Mais l'île d'Atlantis offrait une vie si majestueuse qu'elle abritait aujourd'hui pas moins de trente mille personnes. La population avait commencé à croître dans les années 2050, époque à laquelle s'éteignit le célèbre Poséïdon.

Ce dernier était l'un des descendants de Faila, c'était son grand-père. Grâce à ses pouvoirs divins, Poséïdon régna en maître sur l'océan pacifique pendant des centaines d'années, l'île resta secrète jusqu'à sa mort. Il était toujours parvenu à tenir éloignés les indésirables qui tentaient de franchir la ligne qu'il avait délimitée autour de l'île. Atlantis existait depuis des milliers d'années mais les descendants de Poséïdon, les Atlantes, avaient toujours perpétué la tradition : celle de préserver leur île des humains qui la saccageraient et anéantiraient à jamais les trésors qu'elle recelait. Elle fut connue de l'ensemble de l'humanité en 2044. Océanide, la fille de Poséïdon était la dernière survivante d'Atlantis. Entourée seulement de quelques serviteurs, elle ne pouvait plus gérer seule l'île sans son père si bien qu'elle décida de faire venir sur Atlantis les premiers humains. Parmi eux, elle rencontra Arian, le futur père de Faila. Arian était un scientifique spécialisé dans la génétique. Il proposa à Océanide, pour modérer l'arrivée des humains sur son île, de conclure un marché avec eux. Ainsi les nouveaux arrivants signèrent un pacte dans lequel ils s'engageaient à offrir leur corps au nom de la science à n'importe quel moment.

La sécurité d'Atlantis fut renforcée par la mise en place de remparts de plusieurs dizaines de mètres de haut pour éviter toute tentative d'intrusion. L'île était par conséquent difficilement accessible à tout étranger. Plus d'un terrien convoitait ses richesses infinies si bien que chaque Atlante possédait un code d'accès spécial et était enregistré dans la base de données de l'île grâce à une empreinte digitale spéciale. Ce qui caractérisait les Atlantes des terriens ordinaires était leur code génétique particulier. Une fois qu'ils intégraient l'île, ils subissaient une petite modification génétique de leurs mains. Toute usurpation d'identité était donc impossible. La seule règle de la cité pour les habitants était l'interdiction du transport des métaux rares tel l'orichalque ou l'or qui constituait la monnaie d'échange au coeur de l'île. Atlantis était réputée également pour sa terre fertile sur laquelle poussaient toutes sortes d'aliments plus délicieux les uns que les autres qui agissaient sur les Atlantes comme un élixir de jeunesse.

Amon était né sur cette île en 2051 de l'union de deux humains qui périrent lors d'une expérience génétique qui avait mal tourné quand Amon eut dix ans. Il souffrit beaucoup de la perte de ses parents. Océanide ne resta pas insensible à son triste sort et décida de l'épargner en ne l'intégrant pas, à l'âge adulte, au programme de modification génétique. Il vécut donc paisiblement dans la cité en ayant pour seule contribution de participer à son devoir de citoyen. Il jouissait des richesses d'Atlantis en toute liberté.

Jusqu'à ce jour de mai 2080, Amon mena une existence tranquille, se remettant de la perte tragique de sa famille. Puis un fait majeur intervint dans son existence. Il fit la connaissance de Faila, une jeune femme d'une vingtaine d'années, qui dépendait de l'équipe médicale du programme de modification génétique. Elle fut chargée d'annoncer à Amon son insertion dans le nouveau programme de génétique modifiée. Elle lui fit part de cette information par télétransmission. Amon reçut un jour un message spécial sur son terminal le priant de se connecter à l'institut de recherches médicales pour subir un entretien. Il fût accueilli par Faila qu'il vit par une image tridimensionnelle.

A ce moment, sans qu'aucun des deux ne parlât, un lien particulier s'établit entre eux. Une auréole de lumière se forma autour de Faila, manifestation troublante aussi bien pour Faila que pour Amon. Elle lui tendit la main pour lui transmettre l'énergie accumulée autour d'elle. Amon perçut une chaleur très agréable se propager le long de son corps et se sentit immédiatement en symbiose avec Faila. La jeune femme lut dans les yeux bleus du jeune homme qu'il éprouvait la même sensation qu'elle. Elle lui fit un sourire timide mais sincère qui réchauffa le coeur d'Amon. Il lui rendit son sourire, le regard brillant de passion. Leur premier contact venait de s'établir, un contact bien particulier pour une représentante de la recherche médicale et un simple citoyen de l'île d'Atlantis.


5. Le pouvoir


Au fil de leurs entretiens hebdomadaires virtuels, le lien entre Faila et Amon se renforça. A chaque nouvelle entrevue, ils apprenaient à se connaître. La mission de Faila consistait à s'informer sur le mode de vie de ceux qui étaient destinés à intégrer le programme de génétique modifiée. Elle apprit à mieux saisir la personnalité d'Amon qui ne se lassait jamais d'observer, le regard brillant, son interlocutrice, dont la voix l'enivrait comme une douce mélodie. Elle lui posait une multitude de questions auxquelles il répondait comme un bon écolier tandis qu'elle, les notait distraitement dans son programme, un sourire béat aux lèvres. Tout ce que lui révélait Amon avait un grand intérêt à ses yeux, non pas dans le cadre de son travail mais d'un point de vue strictement personnel.
Faila avait en effet pris conscience lors de leur premier entretien qu'Amon jouerait un rôle décisif dans sa vie, autant sur le plan personnel qu'à l'échelle universelle. Elle s'était tout de suite sentie en phase avec lui, ressentant une émotion forte et troublante. Son coeur s'était mis à battre la chamade lorsqu'elle lui transmit son énergie. Tous ses sens furent en effervescence sans qu'elle-même en saisisse réellement le sens. Elle finit par comprendre la signification de ses troubles quand elle constata que la présence d'Amon lui manquait de plus en plus souvent et qu'elle ne se sentait mieux que lors de leurs échanges. Elle attendait impatiemment chaque nouvelle connexion qui avait lieu les lundis à 14 heures. Mais au bout de quelques semaines, ne pouvant plus se contenter de simples échanges virtuels, elle lui suggéra de se rencontrer près de la crique, une petite baie donnant sur une plage recouverte de galets.
A cette proposition, Amon fut comblé. Il attendait ce moment depuis longtemps sans oser lui en parler de peur de la froisser. Il savait qu'elle ressentait les mêmes sentiments que lui mais n'était pas certain qu'elle fût prête à un contact physique. Savoir qu'il pourrait enfin la découvrir prochainement le plongeait dans un état second. Il avait le sentiment de baigner dans un bain de félicité.

Quinze jours les séparaient de leur rencontre planifiée. Durant cette période, Faila réfléchit à la façon dont elle pourrait rayer Amon du programme d'insertion génétique. Rares étaient en effet ceux qui y échappaient une fois que les noms étaient inscrits sur la liste verte, liste destinée aux principaux responsables du programme. Faila avait vu tant de personnes de son entourage souffrir de cette expérience qu'elle n'aurait voulu pour rien au monde que l'être qu'elle aimait plus que tout, subisse le même sort. Il arrivait dans 10% des cas que les expérimentations entraînent la mort du patient ou pire que ce dernier reste en vie mais fortement handicapé.

Faila se souvint qu'un jour sa mère, Océanide, lui avait raconté, il y avait de cela une quinzaine d'années, qu'elle était lasse de la vie et que son souhait le plus cher était de lui transmettre son pouvoir quand elle se sentirait prête à quitter ce monde. Océanide était en effet immortelle.

- La vie ne m'offre plus aucun plaisir, je préférerais mourir, expliqua Océanide en glissant ses mains dans celle de sa fille.

- Mais maman ... , interrompit Faila.

- Laisse-moi parler, je t'en prie. En te transmettant mon immortalité, je pourrai m'éteindre dignement et rejoindre les cieux. Faila, tu sais que tu es un être de lumière.

Faila acquiesça d'un signe de tête.

- En gagnant l'immortalité, tu pourras la partager avec celui qui t'offrira son coeur. Pour préserver ton pouvoir, l'élu devra t'aimer sans concession. Ce n'est pas tout ma chérie. En partageant ainsi ton immortalité avec un être t'aimant d'un amour pur et sincère, vous deviendrez tous les deux des êtres de lumière unis à jamais par les voies insondables de l'univers. Une légende prétend même qu'une telle union engendrera une paix éternelle. Ce sera le retour du paradis.

- Maman, fit Faila en sanglotant, je ne veux pas te laisser partir, j'ai encore besoin de toi.

- Sache ma fille que je n'ai jamais trouvé ma véritable moitié pour partager ce pouvoir. Ton père Arian m'aimait, cela ne fait aucun doute mais vois-tu je n'ai jamais ressenti pour lui ce que lui ressentait pour moi. Il m'était donc impossible de partager avec lui l'immortalité pour vivre éternellement heureux. Je place par conséquent toutes mes espérances en toi. Tu peux accomplir ce que moi-même n'ai pu accomplir. Je sais que tu aimes Amon, c'est un garçon bien qui a beaucoup souffert durant son enfance. Il mérite ton amour et toi le sien. Tu peux le rayer du programme de génétique modifiée en t'unissant à lui. J'ai réussi à l'épargner jusqu'à ce jour mais je ne suis pas seule à prendre les décisions sur l'île et encore moins dans le domaine de la science.

- Je comprends maman, fit Faila émue. Tu es une mère admirable. J'accepte cette immortalité.

Océanide, soulagée, lui répondit par un sourire.

Faila comprit qu'Amon était cet être particulier avec qui elle pourrait partager son pouvoir. S'il l'aimait du même amour qu'elle éprouvait pour lui, il pourrait acquérir l'immortalité et être épargné par ce programme de génétique modifiée. Cette pensée la rasséréna, elle partit le coeur léger continuer son labeur quotidien.


6. Rencontre fusionnelle



Le grand jour arrive enfin. C'était une belle journée tiède et ensoleillée. Amon arriva le premier sur les lieux. Il arriva en haut de la falaise pour admirer l'horizon splendide. L'océan d'un bleu azur s'harmonisait avec la voûte céleste. L'endroit était paisible sans le moindre bruit à l'exception du rugissement des vagues qui venaient percuter le bord de la falaise. Une légère brise ébouriffa les cheveux châtain clair d'Amon qui glissa machinalement sa main dans sa chevelure pour se recoiffer. Il baissa les yeux et vit arriver tout en bas de la falaise sur la plage de galets une silhouette se fondant dans le décor. Il reconnut Faila qui marchait pieds nus avec la délicatesse d'un félin. Amon se demanda s'il devait l'interpeller ou aller la rejoindre.
Il décida finalement de bifurquer à gauche pour prendre l'escalier en pierres conduisant à la plage. Dix minutes s'écoulèrent, minutes durant lesquelles Faila se délecta du paysage. Elle avait pris place sur un rocher, le regard perdu dans le vide. Amon la surprit par derrière. Ne s'y attendant pas, elle sursauta et se retourna en souriant quand elle reconnut le magnifique sourire d'Amon. Ce dernier était encore plus resplendissant que dans ses souvenirs. Faila plongea son regard dans le sien. Amon glissa ses mains dans celles de Faila et ils restèrent là un moment à s'observer sans mot dire. Chacun ressentait une émotion intense qui les empêchait de parler et qu'ils ne voulaient pas rompre. Puis Amon souleva légèrement le menton de sa bien-aimée et effleura ses lèvres d'un baiser. Faila fut bouleversée à ce tendre contact. Elle lui rendit son baiser et ils s'étreignirent longuement. Puis tout à coup, elle se dégagea doucement d'Amon pour le conduire vers un petit coin de verdure situé à proximité de l'océan et à l'orée d'une forêt.
Ils longèrent une allée bordée de pierres scintillantes mêlées à de petites fleurs mauves aux senteurs exceptionnelles. Ils arrivèrent au pied d'un arbre fruitier. Faila le regarda un instant puis tendit sa main pour cueillir l'un des petits fruits jaune orangé.

- Goûte ce fruit succulent, c'est le meilleur de la terre et de l'île. La légende prétend que les amants qui goûteront ce fruit avant de s'unir vivront d'un amour éternel.

Faila l'observa d'un air malicieux tandis qu'Amon dégustait le fruit qui ressemblait à une prune jaune. Il était conquis par son parfum exceptionnel.

- Ne serait-ce pas une prune voisine de la mirabelle ?

- C'est une espèce voisine que ma mère a cultivée il y a quelques années avant de mourir. Personne ne connaît cet arbre sur l'île. Je suis la seule à en avoir connaissance. Océanide m'a fait promettre de garder l'existence de cet arbre secrète. Il est unique sur l'île !

Amon cueillit à son tour une petite prune qu'il ouvrit et la partagea avec sa bien-aimée. Leurs lèvres étaient désormais humectées de ce délicieux arôme. Ils sentirent un doux vertige s'emparer de leurs corps, les petits fruits ronds semblaient agir sur eux tel un élixir d'amour. Amon saisit Faila par la taille et la déposa délicatement sur le tapis de velours verdoyant. Ils se laissèrent aller à leur amour abyssal, plongeant dans un bain de félicité aux sensations exquises. Ils restèrent enlacés durant des heures jusqu'au coucher de soleil qu'ils contemplèrent l'un contre l'autre. Ce dernier était à l'image de leur amour, rouge flamboyant et lumineux.

Faila et Amon étaient loin de se douter qu'en ce moment d'euphorie ils étaient observés par le cruel Thersite qui rageait intérieurement de les voir aussi heureux. Thersite qui cherchait à s'emparer du pouvoir de Faila coûte que coûte, comprit en voyant ces deux être unis, qu'Amon était un rival dont il devrait se débarrasser rapidement s'il voulait atteindre son objectif : conquérir le coeur de Faila pour gagner son immortalité.

7. Thersite



Depuis que Thersite avait vu Faila et Amon ensemble, il passait ses journées à épier leurs faits et gestes. Il cherchait une stratégie pour attirer Amon loin des regards indiscrets et l'évincer pour avoir le champ libre auprès de Faila. Thersite savait qu'il devait agir avec diplomatie pour gagner la confiance de Faila. En dépit de sa monstruosité, c'était un être rusé, prêt à tout pour obtenir gain de cause.
Thersite était réputé sur la planète pour sa laideur sans nom, son manque d'humanité et sa cruauté sans limites. Ce n'était pas un être humain ordinaire : sa mère était d'origine terrienne tandis que son père appartenait au peuple galien, une race maléfique qui ne pensait qu'à contrôler l'ensemble de l'univers. A la mort de son père Thersite lui avait fait la promesse de poursuivre son voeu le plus cher : contrôler l'univers pour y régner en maître. Thersite pensait pouvoir atteindre son but en s'emparant de l'immortalité de Faila.

Faila sentit un jour, alors qu'elle sillonnait les chemins de la forêt, une présence derrière d'elle qui lui fit prendre conscience qu'elle était suivie. Elle avait entendu parler de Thersite comme tous les habitants de la planète mais ne s'attendait pas à être un jour elle-même confrontée à Thersite. Quand elle comprit les desseins de ce dernier, elle ne s'en inquiéta pas outre mesure. Sa mère morte depuis peu, lui avait transmis son don. Faila était donc un être de lumière immortel capable de contrer ses ennemis et de les anéantir par la pensée. Mais depuis qu'Amon faisait partie de son existence, elle avait conscience que Thersite était une menace pour Amon. Thersite vouait en effet une haine démesurée à l'égard de son unique rival. Tant qu'il ne l'évincerait pas, il ne pourrait gagner le coeur de celle qui pouvait lui promettre l'immortalité. C'est ainsi que Faila avait suggéré à Amon de faire partie de l'expédition dans l'espace, le temps de se débarrasser une bonne fois pour toutes de Thersite.

Les circonstances prirent une tournure inattendue. Thersite, bien plus malin que ne le pensait Faila, réussit à l'attirer dans son piège. Il joua en effet sur sa sensibilité et son émotivité. Il savait qu'Amon avait rejoint le groupe destiné à étudier la Galaxie et saisit cette occasion pour faire croire à Faila que son bien-aimé était en danger de mort. Il lui imposa des images d'Amon prisonnier dans une capsule de survie. Il expliqua à Faila que le vaisseau qui avaient accueilli les astronautes pour le voyage d'étude de la Galaxie avait explosé et qu'Amon errait dans l'espace dans une petite capsule de survie. Il avait monté ces images de toute pièce en espérant montrer sa bonne foi et lui proposa de l'aider à sauver Amon. Il espérait ainsi que Faila lui en serait éternellement reconnaissante et qu'elle lui offrirait son immortalité.
Mais Faila n'eut pas la réaction attendue. Au lieu de remuer ciel et terre pour tenter de sauver l'élu de son coeur, Elle se figea, en état de choc. Elle se retrouva dans un état second qui lui fit perdre contact avec la réalité. Elle se renferma sur elle-même, oubliant jusqu'à sa propre identité. Cet état qui aurait dû en toute logique être temporaire, perdura. Thersite ne comprenait pas cette réaction. Elle était comme morte, il ne pouvait plus rien soutirer d'elle. Il l'enferma par conséquent dans une sphère la laissant errer comme une âme en peine jusqu'à ce qu'elle reprenne conscience de son environnement. Elle avait de brefs moments de lucidité puis replongeait dans son état léthargique.
Thersite ne savait plus que faire. Les jours, les semaines puis les mois passèrent sans que l'état de Faila ne changea. Thersite songea qu'il lui fallait retrouver Amon et le ramener sur terre car lui seul était apte à faire réagir Faila pour qu'elle parvienne à nouveau à un état de conscience normal. Mais Thersite n'avait pas prévu que le vaisseau qui transportait les voyageurs de la galaxie serait confronté à un grave problème obligeant ses occupants à quitter le navire pour prendre un astronef de secours. Les informations internationales annoncèrent en effet la catastrophe et la mort de nombreux humains, soulignant que certains y avaient réchappé grâce à leur astronef de secours. Thersite ne savait pas si Amon était vivant ou non. Et il ne le sut jamais jusqu'à ce matin où Faila aperçut Amon sous la cascade.

Les mois avaient succédé aux années sans que Faila revienne dans le monde réel. Thersite la laissa dans sa sphère durant tout ce temps, la nourrissant comme un animal. Faila n'était pas entièrement prisonnière. Elle avait la possibilité de déplacer la sphère par la force de la pensée et de la faire disparaître lorsqu'elle reprenait contact suffisamment longtemps avec le monde réel. Durant ces longues années, elle était sortie en tout et pour tout deux fois de son état léthargique mais ces instants étaient de courte durée quand elle reconnaissait à chaque fois le visage maléfique de Thersite. Mais ce matin, elle était sortie de l'antre de Thersite si bien qu'elle s'était retrouvée à l'air libre. Son inconscient l'avait guidée près de son bien-aimé Amon. En sentant le froid l'assaillir, elle était sortie de sa torpeur et la sphère s'était éclipsée. Elle ne savait pas à ce moment qui elle était. Comme Amon, elle avait oublié ses origines et le lien qui l'unissait à lui.
Thersite qui ne croyait plus retrouver Amon un jour, jubila quand il reconnut sur son écran Amon. Il avait en effet installé un petit appareil minuscule à l'extérieur de la sphère qui l'avertissait de toute sortie de Faila. Il s'était donc rendu compte que Faila avait réussi à s'extraire de la sphère ce jour même. Il avait alors actionné les commandes du petit appareil pour qu'elle se retrouve à nouveau prisonnière de la sphère et avait rappelé celle-ci qui fit son entrée un quart d'heure plus tard. Faila était à nouveau en sa compagnie, terrorisée plus que jamais. Elle venait de comprendre qu'elle avait retrouvé Amon et qu'il était en vie. Elle ne savait pas qu'une dizaine d'années s'était écoulée depuis qu'elle l'avait quitté pour son expédition. Mais elle avait conscience que Thersite restait un danger pour Amon et craignait qu'il le tue.


8. La libération


Un hideux rictus s'était formé aux commissures des lèvres de Thersite en reconnaissant Amon.

- Il ne me faudra pas beaucoup de temps pour le localiser ! Dès que ce sera chose faite, je le ramènerai et j'obtiendrai ce que j'attends depuis des années ! s'esclaffa-t-il en s'adressant à Faila toujours prisonnière de la sphère.

Cette dernière tressaillit à ses derniers mots. Elle lut la lueur de férocité habitant son regard froid. Sa terreur grandit indéfiniment. Incapable de se ressaisir, elle perdit à nouveau contact avec la réalité. Ce changement n'échappa pas à l'oeil vigilant de Thersite.

- Il est hors de question que tu fuis encore une fois tes responsabilités ! s'écria-t-il en secouant si fort la sphère qu'elle réagit et reprit conscience.

- Tu ne pourras jamais obtenir mon immortalité ! lui cracha-t-elle au visage.

- C'est que nous verrons, répondit-il d'un air de dédain. Quand tu auras vu ton Amon souffrir le martyr, tu changeras vite d'avis !

Faila l'observa sans mot dire. Thersite ne savait pas qu'il ne pourrait jamais obtenir le pouvoir de Faila tant qu'il ne l'aimerait pas d'un amour sincère et partagé. Le coeur de Faila était gonflé de haine à son égard. Il n'avait par conséquent pas la moindre chance de se voir octroyé son pouvoir. Thersite pensait simplement qu'il lui suffisait d'anéantir son rival et de faire preuve de dévotion à l'égard de Faila ce qui était totalement faux. Cette dernière pensée redonna du courage à Faila qui réussit à se dégager de la sphère. Elle n'était pas entièrement libre car elle se trouvait dans l'antre de Thersite, n'ayant aucune idée de l'endroit où il demeurait sur la planète. Elle craignait son comportement car au fil des années, Thersite, frustré de ne pas obtenir gain de cause en raison de l'état latent de Faila, s'était endurci, sa méchanceté avait atteint le seuil maximal de la cruauté. S'il retrouvait Amon, Faila avait peur qu'il mette fin à sa vie.

Elle tenta par conséquent d'entrer en contact avec Amon par la pensée, canalisant toute son énergie pour le lui transmettre. Une auréole de lumière se forma autour d'elle, éclairant le lieu austère d'un halo jaune vif. Elle focalisa toutes ses pensées sur Amon et se trouva instantanément propulsée à ses côtés sans comprendre comment une telle chose était possible.

Amon qui se trouvait toujours près du tableau de bord de son aéronef crut qu'il voyait encore une fois Faila en trois dimensions. Il prit conscience de sa présence lorsqu'elle lui tendit sa main auréolée de lumière et qu'elle la glissa dans la sienne. Tout doucement ils se soulevèrent du sol et voyagèrent dans les airs. Thersite qui venait d'entrer dans l'habitacle, regarda ce spectacle, tétanisé. Il ne croyait pas ce qu'il voyait. Deux êtres d'une luminosité exceptionnelle, drapés d'ailes d'une blancheur éblouissante se déplaçaient à quelques centimètres du sol comme s'ils glissaient sur une étendue glacée. Amon et Faila passèrent la porte d'entrée, se retrouvant à l'air libre. Amon se laissait guider par Faila, le coeur gonflé de l'énergie et de l'amour de sa bien-aimée.

Ils survolèrent l'immense forêt dans laquelle avait vécu Amon durant une décennie. Amon se délecta de ce magnifique panorama, le coeur léger et rempli d'amour. Faila, elle, se sentait allégée d'un poids énorme. Elle venait de sauver son bien-aimé des griffes de l'horrible Thersite. Ils planèrent au-dessus de l'océan pacifique avant de rejoindre l'île d'Atlantis. Amon n'avait jamais ressenti un sentiment de plénitude aussi intense qu'en ce moment même. Il ne pouvait définir ce sentiment qui gagnait chaque parcelle de son corps car il ne l'avait encore jamais connu.

Quand ils posèrent le pied sur Atlantis, les habitants vinrent les acclamer pour leur souhaiter la bienvenue sur l'île. Faila les avait avertis de son retour par télépathie. On leur avait réservé une magnifique demeure à l'écart des regards indiscrets. Seulement Faila et Amon pourraient y accéder grâce à leur empreinte digitale. Cette demeure ressemblait à un palais avec de grandes baies vitrées donnant sur un véritable paradis terrestre composé d'un lac, d'une végétation luxuriante et de jardins ombragés.

En voyant ce magnifique panorama, Amon se rappela sa vision du matin. Ce lieu était bien réel ! Le paradis sur terre existait !


Tandis que Faila et Amon savouraient tendrement leurs retrouvailles, Thersite sous le choc de ce qu'il avait vu, n'avait pas bougé depuis leur départ. Il était désormais encerclé par des félins aux canines bien pointues qui ne tardèrent pas à l'attaquer pour en faire leur festin. Thersite aussi vulnérable qu'un enfant fut une proie facile pour ces bêtes affamées. Elles ne firent que deux bouchées de celui qui avait torturé durant des années la pauvre Faila et perturbé le destin de deux êtres inexorablement liés par les voies insondables de l'univers.





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Glossaire


Amon : nom qui vient de l'hébreu signifiant « caché »

Faila : qui vient de l'hébreu : "Dieu qui a guéri"

Thersite : Dans la mythologie grecque, Thersite, le fils d'Agrios, est un guerrier achéen de la guerre de Troie. Homère le décrit comme le guerrier le plus laid de l'armée grecque. Il est en outre insolent, menteur et railleur. Ulysse le fait bastonner et Achille, exaspéré, le tue pour avoir voulu violer le cadavre de Penthésilée.

Poséidon : est le dieu grec des mers et des océans, ainsi que des séismes. Il est aussi le seigneur des chevaux. Son symbole est le trident (arme de l'antiquité gréco-romaine).

Océanide : Les océanides sont les nymphes des eaux qui sont des divinités féminines de la nature et d'une rare beauté. Elles sont bienfaisantes et fertilisent la nature. Elles protègent les fiancés qui viennent plonger dans leur source, inspirent de même les humains, peuvent les guérir de leurs maux. Ce sont de simples mortelles vivant des milliers d'années.

phénomène atlante

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1.Retour à Atlantis

Faila est réveillée par les rayons du soleil qui pénètrent abondamment par l'immense baie vitrée du palais. C'est ici qu'elle réside depuis que sa mère Océanide est décédée. Désormais reine d'Atlantis, Faila vit dans ce royaume, lieu sacré et inabordable pour le commun des mortels. Il est en effet protégé par un système anti-intrusion qui capte la présence de tout individu étranger au palais. L'appareil est pourvu d'une mémoire tampon cryptée qui stocke les données physiologiques des résidants. Une cinquantaine de gardes protège le palais.

Ravel, le garde du corps attitré de Faila attend les ordres derrière la porte de sa chambre. Faila est enfermée dans ses quartiers depuis la veille. Elle a subi un terrible choc émotionnel. Elle a vu son fiancé Amon se métamorphoser en un immense astronef semi-organique.

Au moment de la transformation d'Amon, Faila fut si ébranlée que son fidèle garde dut l'emporter loin des lieux du drame. Celui qu'elle aimait en effet plus que tout venait de disparaître, son âme prisonnière d'un navire, vers une destination inconnue dans l'espace. Une déchirure sans fin traversa son coeur. Elle et Amon s'étaient enfin retrouvés pour vivre leur amour inconditionnel mais le destin avait décidé de les séparer à nouveau. Faila se sentit impuissante face à cette cruelle séparation. A genoux sur le sol, elle sanglota, le visage ruisselant de larmes :

« Amoon, noon ! »

Ravel l'aida à se relever pour la transporter au palais. Elle finit par trouver le sommeil. Sa nuit fut peuplée de cauchemars plus horribles les uns que les autres : alors qu'elle tentait de saisir la main de son fiancé, celui-ci lui échappait au dernier moment. Il s'évaporait dans l'atmosphère ne laissant aucune trace de son passage. Ce phénomène lui rappela son passé quand elle était prisonnière de la sphère conçue par l'immonde Thersite, ce monstre qui l'avait gardée enfermée durant des années. La sphère se volatilisait en effet quand Faila reprenait contact avec le monde réel et se refermait à nouveau sur elle pour l'emprisonner. Dans son sommeil, Faila songea que la similitude était étrange.

En se réveillant Faila ressent un vide profond. Son corps est meurtri au plus profond de son âme. Son fiancé lui manque déjà, elle sait qu'elle ne peut vivre sans lui. Amon est en effet une source de joie continuelle dans sa vie. Ils partagent une complicité sans limites dans tous les domaines. C'est un bonheur physique et spirituel. Leur entente est harmonieuse, ils ont les mêmes idées, les mêmes goûts et leurs corps s'unissent dans une magnifique mélodie d'amour. Sans Amon Faila n'a plus raison d'être.

Faila recouvre ses esprits et appelle son garde.


— Ravel ! s'esclaffe-t-elle d'une voix étranglée.

Ravel, à l'écoute de sa maîtresse, réagit aussitôt et frappe à la porte de sa chambre.
— Tu peux entrer, répond Faila de la même voix à peine audible.
Ravel se dresse devant Faila, attendant ses ordres.
— J'aimerais que tu m'emmènes au palais du savoir.
— Puis-je en connaître la raison ma reine ?
— Je dois trouver un moyen pour contacter Amon. Il erre quelque part dans l'espace et je ne sais pas comment le localiser. J'espère que la bibliothèque du savoir m'apportera une réponse. Elle recèle des trésors technologiques indéniables. Amon est ma raison de vivre, sans lui mon existence n'a plus de sens.


Elle ressent un violent pincement au coeur à l'évocation de cette idée. Il lui est inconcevable de poursuivre sa vie sans son fiancé. Elle se rappelle alors leur dernière nuit avant ce drame, passée blottis l'un contre l'autre. Ce jour là, Amon était particulièrement fatigué. Il avait en effet passé ses derniers jours à aider les gardes du corps de Faila à mettre en place le nouveau système de sécurité du palais. Quand il avait rejoint Faila le soir, une immense fatigue l'envahit. Mais la présence de sa bien-aimée à ses côtés l'avait rasséréné et lui avait redonné de l'énergie, celle que deux amants ressentent lorsque leur coeur batte à l'unisson. Faila se montra durant cette nuit très douce. Elle transmit à Amon son énergie en lui massant le dos en mouvements circulaires. Une auréole de lumière s'était formée autour du corps d'Amon. Il ressentit un bien-être profond. En voyant sourire ainsi l'élu de son coeur, Faila était encore plus émue et continua ses massages qui se transformèrent en de tendres caresses. Ses mains étudièrent chaque courbe du corps d'Amon qui frissonnait au contact de sa bien-aimée. Ces caresses se firent plus pressantes. Finalement Amon avait saisi Faila la faisant basculer sur le dos et il s'était uni à elle dans un magnifique acte d'amour.

La question de Ravel fait revenir Faila à la réalité.

— Comment se fait-il qu'Amon se soit transformé en cette horreur sans nom ? demande Ravel intrigué.

— Thersite est responsable de ce qui arrive à Amon. Il lui a transpercé la poitrine de sa lame de titane pour s'emparer du réplicateur implanté en (lui). Ce réplicateur peut lui donner l'immortalité, celle qui n'a pas pu me voler. Quand il a attaqué Amon, la puce biologique implantée dans son corps s'est décuplée libérant le réplicateur qui a pris le contrôle du cerveau d'Amon. C'est ainsi qu'Amon s'est métamorphosé. En attaquant Amon, Thersite a été contaminé par la bio-puce. Il devient un danger permanent pour l'univers, capable d'évoluer en une horrible machine pouvant absorber la galaxie.

Ravel acquiesce d'un signe de tête, l'air soucieux. Il comprend que l'heure est grave.

— Le palais du savoir recèle de nombreux symboles que je dois décrypter. Ils m'ouvriront les portes du savoir des anciens et je pourrai accéder à leurs technologies oubliées. J'espère ainsi retrouver Amon et libérer son âme prisonnière de ce navire.

Une fois son explication terminée, Faila et Ravel quittent le palais pour rejoindre la bibliothèque du savoir située à l'autre bout de l'île.


2. L'île d'Atlantis



L'île d'Atlantis est unique sur terre. Elle se situe au pied d'une montagne du haut de laquelle se déversent des cascades d'eau géantes qui viennent alimenter la fontaine de vie au centre de la cité. Elle a un effet immédiat sur les habitants de l'île en leur procurant un bien-être considérable. La présence d'un bâtiment ancien au centre de la cité explique aussi les propriétés de cette eau curative. Cet édifice est particulier, il date de l'époque où les Galiens y habitaient. Il est pourvu d'un moteur géant à hyper-espace fonctionnant à l'aide de cinq batteries d'énergie à potentiel zéro que les habitants de l'île n'ont jamais osé mettre en marche. Ce système extra-terrestre leur semble bien trop compliqué pour être mis en oeuvre.
En réalité la cité d'Atlantis n'est pas d'origine terrienne. Elle a quitté la planète Galia il y a de cela quelques centaines de milliers d'années pour se poser sur Terre avec quelques survivants dont les descendants du terrible Thersite né d'un père galien et d'une mère terrienne. L'hyper-moteur du bâtiment permet un déplacement rapide dans l'espace mais les habitants doivent être plongés en état d'hibernation. Des caissons ressemblant à des petites bornes disséminées dans toute la ville permettent cet état de conservation pour les longs voyages spatiaux. Mais les humains n'ont aucune idée du rôle de ces derniers. Ils présument que les bornes sont des symboles religieux sans intérêt. Seuls Thersite et Faila ont connaissance de l'enjeu de ces caissons particuliers. Faila craint que Thersite use de ceux-ci pour pour décrypter les clés du savoir des anciens afin d'atteindre son but : s'emparer de l'univers, le voeu le plus cher de Thersite depuis la mort de son père.

Pour se rendre à l'autre bout de l'île, Faila et Ravel empruntent le chemin contournant la cité. Celle-ci est encerclée de douze piliers géants qui sont des récepteurs pour produire un champ de force autour de l'île. Pour le faire fonctionner il faut une quinzaine de batteries d'énergie à potentiel zéro. C’est un bouclier déflecteur géant utilisé lorsque la cité voyageait dans l’espace pour venir sur Terre. La traversée de la cité serait bien plus longue pour atteindre le palais du savoir situé à l'écart de la civilisation. Un chemin serpente le long des colonnes qui se dressent toujours fièrement malgré l’usure du temps. L'accès à cette bibliothèque du savoir est limité. Faila peut malgré tout s'y rendre à sa guise, son statut de reine lui permet d'accéder à l'ensemble des bâtiments de la cité. Même Ravel ne connaît pas le palais du savoir, il en a juste entendu parler. Il le découvre pour la première fois et s'extasie devant ce monument admirable.

— Quelle merveille ce palais de cristal ! s'esclaffe-t-il en se délectant de cette vue magnifique. Cet édifice est immense, il semble se confondre avec la voûte céleste ! Les reflets produits par les rayons du soleil confèrent à ce lieu une dimension féerique. C'est splendide ! Et cette palette de couleurs se répercutant sur les parois cristallines ! Je suis époustouflé.

— Je suis ravie que cet endroit te plaise Ravel car nous allons y passer un certain temps. Je ne sortirai pas d'ici tant que je n'aurai pas trouvé ce que je suis venue chercher.

Ravel affiche un sourire en coin, satisfait de cette remarque.

— Je vous aiderai ma reine, à retrouver votre fiancé !

— Je te remercie de ta bonté Ravel. Que ferai-je sans ton aide précieuse !

Ils franchissent une immense voûte qui leur donne accès à la bibliothèque. De magnifiques sculptures en cristal ornent les petits arbres situés à chaque extrémité de l'entrée. On y voit des oiseaux perchés sur les branches tandis que des fruits taillés eux aussi dans du cristal sont suspendus. Ces végétaux rappellent l'arbre du bien et du mal au paradis d'éden.

3. Le palais du savoir


— Par où commençons-nous ? demande Ravel.

— Nous allons nous rendre au centre du palais. C'est ici que se trouve la plupart des idéogrammes qui me permettront d'affiner mes recherches.

Faila et Ravel longent un couloir spacieux dont les parois sont en partie recouvertes de glaces. Le lieu est plongé dans une ambiance paisible éclairé par la lumière du plafond qui projette sur les miroirs des petits cercles causés par la réfraction des rayons lumineux des cristaux ornant les bords du plafond. Les cristaux pointent dans toutes les directions, donnant naissance à des halos de couleur bleue, verte et rouge pâle.

Ils arrivent au bout du couloir qui mène au centre du palais du savoir. Ravel qui pénètre ici pour la première fois est émerveillé. Il se délecte de chaque détail. Faila l'observe du coin de l'oeil et ne peut s'empêcher de sourire. Elle décide alors de lui expliquer les origines du palais.


— Vois-tu Ravel, la bibliothèque du savoir est un bâtiment spécial. Elle a été construite il y a fort longtemps par les quatre premières races de la Galaxie, des êtres dotés d'une intelligence exceptionnelle, qui ont été capables de maîtriser les voyages intergalactiques.

Ravel pointe le doigt vers quatre immenses colonnes qui dominent le centre de la salle.

— Ces colonnes de cristal recouvertes de diamants représenteraient-elles ces races ?

— Oui tu as parfaitement compris. Elles sont mythiques. Comme tu peux le constater, elles éclairent le plafond qui est recouvert de sphères lumineuses de tailles différentes représentant des symboles mathématiques.

— Quelle est la signification de ces symboles ?

— Ce sont des idéogrammes qui ont permis au quatre races de communiquer entre elles. Pour le moment les humains n'ont décrypté qu'une partie de ces symboles. Nous savons que ces derniers nous permettent d'accéder aux portes du savoir des anciens qui détiennent une technologie avancée.

— Êtes-vous en mesure d'interpréter ces messages reine Faila ?

— Oui. Grâce aux contacts de mes ancêtres avec les Galiens, je suis capable de comprendre la plupart de ces idéogrammes. Poséïdon, mon grand-père, a en effet légué à ma mère un parchemin qui donnait une interprétation possible de chaque dessin. J'ai hérité de ce parchemin à la mort d'Océanide mais je ne l'ai encore jamais consulté. Ma mère m'a expliqué qu'il ne devait être lu qu'en cas de force majeure. Je pense que ce moment est arrivé : je dois aider Amon et le protéger, cela revient à sauver l'univers !

— Je comprends votre position ma reine.

Faila et Ravel contournent les colonnes pour examiner les fresques murales peintes à côté des idéogrammes. Celles-ci représentent une partie des clés de décryptage mais pour en interpréter le sens, il faut être capable de ressentir les effets au cœur d’une âme pure, être doté d'une sensibilité extrême. Un être avide de pouvoir ou dépourvu d'émotion serait incapable de décrypter ces images. Alors que Ravel ne voit au travers de ces fresques que des signes compliqués et insignifiants, Faila y découvre les symboles de l'amour. Elle peut interpréter ces emblèmes grâce au parchemin que sa mère lui a légué. Mais la lecture du manuscrit à lui seul ne suffit pas à comprendre toutes les représentations. Faila agit sous l'impulsion de sa passion. Son amour illimité pour Amon lui fait découvrir des images fantastiques, seulement accessibles à un coeur rempli d'un amour pur et sincère. Elle découvre quatre êtres se tenant en cercle par la main, auréolés chacun d'une couronne lumineuse. Ils sont protégés par deux ailes d'ange recouvrant le bas de leur corps. A l'intérieur du cercle quatre planètes dominent l'ensemble de la Galaxie. Faila retranscrit sur son ardoise numérique les contours de ces fresques qui constituent les clés, elles vont lui ouvrir les portes du savoir des anciens.

Une fois qu'elle sera en possession de toutes les clés, elle doit encore trouver le lieu où les utiliser. Elle cherche des yeux un indice qui la guiderait. Au milieu des quatre colonnes se dresse une pierre taillée dans du cristal. Faila s'approche pour l'observer et remarque des irrégularités qui sont en fait des pictogrammes. Ces derniers ressemblent à ceux qu'elle a dessiné sur son ardoise numérique. Elle compare les dessins et constate avec stupeur que ce sont les mêmes contours que ceux de la pierre de cristal. Elle parcoure alors de ces doigts ces dessins sculptés dans la pierre de cristal et tout à coup une trappe s'ouvre dans le sol.

Un escalier cristallin orné de petits diamants conduit Faila vers une porte secrète. Elle pénètre dans un lieu sacré où le respect s'impose. Faila voit en son centre l’hologramme du livre des anciens posé sur une petite plate-forme. Elle le feuillette virtuellement et découvre des plans, des formules et des accès aux diverses technologies. La liste est impressionnante ! Ce qui intéresse avant tout Faila c'est le téléporteur. Elle en a besoin pour sauver Amon et éviter à Thersite de commettre l'irréparable.

Le téléporteur est une source d'énergie puissante qui se trouve dans les sous-sols de la cité. Cette énergie est entièrement naturelle, elle est issue du moteur géant de l'hyper-espace situé au centre d'Atlantis. Le livre des anciens spécifie que cette énergie ne doit pas être utilisée sans une matière protectrice. Les anciens font référence au minéral vert galien, élément protecteur lors de téléportations. Le livre fournit des explications détaillées pour faire fonctionner l'hyper-moteur. Faila est ravie à la lecture de ces données essentielles.

Il ne lui reste plus qu'à retrouver le minéral vert qu'Amon avait ramené lors de son voyage dans la Galaxie. Quand il s'était retrouvé à proximité d'un astre mort, une poussière verte s'était propagée dans l'espace. Amon en avait recueilli les particules qu'il avait enfermées dans un tube cylindrique. Celles-ci s'étaient reconstituées pour former un bloc minéral. Jusqu'à ce jour, Faila n'avait jamais su quelle en était l'origine. Elle comprend aujourd'hui que ce minéral est une pierre galienne aux fonctions protectrices. Le livre des anciens explique en effet que les Galiens l'utilisaient pour se protéger de leurs ennemis. Celui qui possède ce minéral peut s'en servir comme bouclier pour éviter d'être réduit en poussières ou alors la matière organique peut être une arme puissante pour exterminer les ennemis. Dans le cas d'une téléportation, elle sert de bouclier pour ne pas être désagrégé lors du déplacement.
Faila sait où se trouve le minéral. Elle doit retourner sur les lieux où s'est écrasé les restes du Nostromo, le spationef d'Amon qui est dans la jungle équatoriale. Pavel, le petit ara-robot, avait utilisé cette matière verte pour anéantir un robot chasseur qui tentait de tuer Amon. Ce dernier avait été éjecté de son caisson pour finir emporté par le courant d'une rivière.

Faila quitte la salle des anciens et rejoint Ravel. Ils sortent du palais du savoir.

4. Tentative de téléportation


Faila sait que son fiancé coure un grave danger. Plus les heures passent, moins Amon a de chances de retrouver son corps organique. Amon est devenu une entité qui continue sa transformation vers une fin inexorable. Elle doit rejoindre au plus vite le centre de la cité, là où elle pourra actionner l'hyper-moteur pour se téléporter.

Mais avant elle doit retrouver le minéral vert. Elle concentre par conséquent toutes ses pensées sur Pavel, le petit perroquet, pour qu'il lui vienne en aide. Il a été programmé pour répondre aux appels de Faila et Amon. La communication se fait instantanément, Pavel arrive une dizaine de minutes plus tard. Elle lui explique sa demande. Le petit ara-robot ne perd pas de temps, il déploie ses grandes ailes bleues, gonfle son poitrail jaune et s'envole vers la jungle équatoriale. Il se déplace très vite. En l'intervalle d'une heure, il est de retour avec des morceaux de minéraux verts qu'il a fixés sous ses griffes crochues. Faila, satisfaite, le remercie chaleureusement. Pavel, capable de ressentir des émotions, sautille sur les épaules de sa maîtresse en claironnant Faila. En dépit de la gravité de la situation, Faila ne peut s'empêcher de sourire. Que ferait-elle sans ce petit perroquet qu'Amon a confectionné il y a plus d'une dizaine d'années ? Il les a aidés à surmonter plus d'une épreuve. Sans lui, Amon n'aurait peut-être pas survécu dans cette jungle dans laquelle il a vécu durant des années. Sans oublier que Pavel a permis à Amon et Faila de se retrouver au bout de dix ans de séparation. Aujourd'hui, Pavel va encore l'assister pour sauver son bien-aimé.

En compagnie de Pavel et Ravel, Faila rejoint le centre de la cité pour accéder à l'hyper-moteur qu'elle espère activer rapidement grâce aux explications du livre des anciens. Ils atteignent le bâtiment une demi-heure plus tard. Ce bâtiment laissé à l'abandon depuis des centaines d'années, est resté malgré tout intact. Comme la salle des anciens, il ressemble à un lieu sacré. Faila remarque des petites lumières qui scintillent sur des cylindres disposés à intervalles réguliers le long des parois. Un immense bloc de métal étrange se dresse au centre du bâtiment, il s'agit de l'hyper moteur. Faila active les commandes selon le descriptif du livre et le ronronnement d'un bruit de moteur se fait entendre. Les cinq batteries d'énergie de potentiel zéro se mettent à fonctionner.

Faila est prête à se téléporter : elle rejoint la plate-forme de téléportation et s'empare du minéral vert qui va lui servir de bouclier et créer une enveloppe protectrice autour d'elle. Le téléporteur enregistre la structure de Faila, la désassemble en particules élémentaires et va faire transiter ces particules le long d'un rayon d'énergie jusqu'à l'endroit que Faila définit. Une fois arrivée à destination, le téléporteur rematérialisera Faila selon le schéma enregistré. Le compte à rebours s'affiche, une bulle temporelle se forme. Faila est confiante, elle sait qu'elle pourra bientôt sauver Amon. Mais alors qu'elle croit atteindre son but, elle se retrouve piégée et prisonnière dans le sous-espace. Le minéral vert n'a pas eu son effet protecteur, il est désactivé. Faila ne savait pas en effet que le système de protection de la pierre n'est pas renouvelable à l'infini. Ce minéral n'a plus de pouvoir protecteur !

Faila erre dans la bulle hors du temps sans possibilité de s'échapper. Elle court un grave danger si elle reste ici. Elle se met à hurler. Pavel et Ravel qui sont restés à proximité de la plate-forme de téléportation l'entendent. Pavel qui est doté d'une intelligence exceptionnelle, se précipite sur le téléporteur pour déprogrammer la destination sélectionnée par Faila. Mais il est peut-être déjà trop tard ! Finalement après les manipulations de Pavel, le téléporteur restructure les particules de Faila qui se trouve aspirée hors du tunnel et réintègre sa place sur la plate-forme. Elle est sauvée mais très secouée.

— Vous allez bien ? s'empresse de demander son garde, très inquiet en prenant Faila par les épaules.

Faila acquiesce d'un signe de tête. Son coeur bat très vite, elle a eu une grande frayeur mais elle se ressaisit rapidement. Le souvenir d'Amon hante son esprit en permanence. Sa vie sans lui n'a plus de sens. Elle sait qu'elle doit trouver un autre moyen pour parvenir à se téléporter. Le minéral vert n'a pas pu la protéger. Seule une arme bien particulière peut remplacer la pierre galienne. L'armure ablative de Thersite pourrait lui permettre de se déplacer dans l'espace et le temps. Cette armure est en effet constituée d'un revêtement extrêmement résistant qui le rend quasiment indestructible. La fonction ablative de l'arme permet en outre de contrôler les champs magnétiques environnants.

Le regard de Faila brille à nouveau, une lueur qui n'échappe pas à Ravel.

— Qu'avez-vous en tête reine Faila ? dit-il intrigué.

— Je sais comment remplacer la pierre verte ! Il nous faut retrouver Thersite pour récupérer son armure ablative. Nous allons de ce pas nous rendre au lieu de stockage où les miliciens ont enfermé dans un caisson blindé les restes de Thersite entouré de son armure ablative. Ces derniers craignaient que l'énergie accumulée à l'intérieur de l'armure ne provoque une réaction nucléaire.

5. Confrontation

Faila ne se doute pas un instant que son pire ennemi aspire aux mêmes desseins qu'elle. Il recherche également son double pour récupérer le réplicateur qui lui donnera l'immortalité. Il sait que son double est enfermé dans le lieu de stockage. Il entre dans le local quelques secondes avant Faila.

Quelle n'est pas la surprise de Faila lorsqu'elle pénètre dans le bâtiment, Thersite se tient devant elle. Son regard croise le sien, il l'observe d'un air de mépris. Ses pupilles commencent à se dilater, le rictus qui se forme aux commissures de ses lèvres le rend encore plus hideux qu'à l'ordinaire. C’est elle qui l’a tué par une décharge psychique Il est prêt à passer à l'attaque pour l'anéantir.

Faila perçoit les intentions de son ennemi mais n'est absolument pas impressionnée par ses démonstrations de cruauté. Elle ne comprend pas, il aurait dû normalement mourir à moins que ne se soit un autre être immonde qui se fait passer pour lui. Elle n'a qu'un but : s'emparer de l'armure ablative et regagner la plate-forme de téléportation. Plus rapide que Thersite, elle parvient grâce à son désintégrateur à ouvrir le caisson et à s'emparer de l'armure. Thersite essaie d'arrêter Faila, il n'obtient pas gain de cause. En tant qu'être de lumière, elle se soulève du sol et lui échappe. Elle est protégée par Pavel qui est équipé d'un système de défense pour confronter l'ennemi aux pires représailles. Des petits projectiles sortent de ses griffes et atteignent Thersite à la tête. Il perd la vue de son oeil gauche. Faila en profite pour prendre de la distance et s'éloigner, emportant avec elle Ravel. Ils volent dans les airs. Le petit ara-robot est resté sur les lieux et continue de bombarder Thersite pour l'empêcher de les suivre.

Faila et Ravel arrivent à la plate-forme assez rapidement. Faila ne perd pas de temps. Elle enfile l'armure ablative et programme le téléporteur. Au moment d'effectuer son transfert, elle a une nouvelle vision de son amour. Elle peut communiquer avec Amon par l'intermédiaire du sous-espace. Amon lui dit qu'il souffre le martyre, enfermé à bord du navire des réplicateurs. La douleur est de plus en plus insupportable. Il lutte pour garder sa dernière parcelle d'humanité. Le collectif du navire veut en effet lui enlever son humanité sans le tuer, il ne peut pas le détruire au risque de faire mourir l'ensemble du navire.

Faila a le coeur déchiré. Elle ne supporte pas qu'Amon endure toutes ces souffrances. Elle préférerait les subir elle-même. Elle lui transmet toute son énergie ce qui donne à Amon la force de lutter contre ces micro-puces qui prennent possession de son corps. Il en ressent un effet immédiat. L'amour inconditionnel de Faila rend sa résistance aux réplicateurs plus forte. Faila vient en effet de lui communiquer un trésor inestimable : son immortalité, ce code génétique n'est transmissible qu'au prix d'un amour absolu. Faila lui promet ainsi son coeur pour l'éternité. La métamorphose d'Amon cesse instantanément. Son système immunitaire s'attaque aux micro-puces qui sont aussitôt désactivées.
Au même moment, Faila se retrouve propulsée aux côtés de son fiancé. Amon est aux commandes du navire et en a désormais le contrôle. Plus rien ne peut le vaincre. Il est l'unique maître à bord. Faila se trouve près de lui, rayonnante de joie. Ses émotions sont si fortes qu'elle créé autour d'elle et Amon un champ de force qui les projette dans un lieu idyllique. Ils se retrouvent au milieu d'une immense étendue de verdure parsemée de petites fleurs multicolores. La forêt qui les entoure leur sert de bouclier. Personne ne peut déranger le couple amoureux.

Faila regarde tendrement l'élu de son coeur. Son affection pour Amon est si profonde qu'elle ressent une sensation inédite qu'elle veut partager avec lui. Amon perçoit immédiatement ce changement qui s'opère en lui. Il est éperdument amoureux de Faila. Son corps frissonne d'amour pour sa bien-aimée. Il l'enlace doucement, resserrant son étreinte et dépose ses lèvres sur celles de Faila qui ouvre la bouche pour laisser la langue d'Amon aux saveurs sucrées toucher la sienne. Leurs bouches ne forment plus qu'une seule entité. Amon ne se lasse pas de goûter aux saveurs épicées de sa bien-aimée. Il poursuit sa découverte en posant ses lèvres sur son cou. A ce contact, Faila frémit de plaisir. Les baisers d'Amon se font de plus en plus intenses, il effleure la gorge de la jeune femme pour s'attarder sur sa délicate poitrine. Le coeur de Faila bat à rompre, elle découvre pour la première fois les facettes d'un amour véritable. Amon est si tendre, pense-t-elle. Il la caresse d'une façon exquise qui lui donne un doux vertige. Elle n'a jamais ressenti une telle sensation auparavant. Elle livre son corps à Amon qui s'unit à elle tout en douceur. Ils restent allongés ainsi à savourer leur union pendant des heures, en harmonie avec leur environnement. La nature semble leur souhaiter la bienvenue dans leur nouvelle demeure.

Apaisés et heureux, ils se lèvent pour sillonner les chemins de cette forêt imposante qui leur tend les bras. Ils marchent main dans la main. Les arbres se taisent à leur arrivée ainsi que les oiseaux afin que les deux amants puissent écouter leur passion gronder au sein de leur coeur. Amon s'arrête pour serrer Faila dans ses bras et l'embrasser tendrement puis ils reprennent paisiblement leur promenade. Ils atteignent une clairière où scintille un étrange objet posé sur une plate-forme. Faila s'approche et constate qu'il s'agit d'une pierre cristalline. Elle ressemble étrangement à celle qui trônait au palais du savoir. Elle fronce les sourcils en constatant qu'il s'agit des mêmes idéogrammes. Ses mains parcourent délicatement le contour des dessins sculptés dans la pierre.
Amon est perplexe, il a l'impression que le corps de sa bien-aimée s'estompe. Il commence même à voir au travers. Il tend sa main vers Faila, il la passe au travers de sa poitrine. Il se rend compte que Faila n'est plus réellement à ses côtés, elle est en train de disparaître. Un noeud se forme dans la gorge d'Amon quand il comprend que sa fiancée vient de disparaître. Il regarde la pierre cristalline, comprenant que celle-ci est responsable de ce phénomène. Des larmes de désespoir commencent à sillonner ses joues, il est meurtri comme l'était Faila lors de sa métamorphose dans l'espace. Il scrute l'horizon, espérant voir Faila. Aucune âme qui vive en ce lieu idyllique qui se transforme en un lieu maudit.

Il n'a pas le temps de reprendre le chemin qu'ils avaient fait un instant plus tôt qu'il se trouve propulsé aux commandes du navire. A-t-il rêvé ou était-ce la réalité ? Est-il toujours prisonnier du navire ? Il n'arrive plus à discerner le virtuel de la réalité dans un voyage sans fin au centre de sa mémoire. Les bio-puces reprennent le contrôle de son corps. Amon est de nouveau enfermé dans une paroi nutritive. Une larme se fige dans la glace qui s’est formé autour de lui pour le plonger en hibernation. Les réplicateurs ne font jamais deux fois la même erreur.

Phénomène : la fin

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pour une meilleure compréhension de ce récit, vous pouvez lire phénomène Galactique de Richard Gehenot à l'adresse suivante :

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre13622.html

1. Accalmie


Une oasis de végétation luxuriante entoure Amon et Faila. Ils sont sur une île habitée par une forêt à la flore dense abritant de nombreuses grottes inaccessibles. Amon a tenté en vain de pénétrer ces lieux mystérieux mais ils sont protégés par de grands arbres aux troncs élancés et entrelacés de lianes qui empêchent toute traversée.

L'île est agrémentée de petits cours d'eau le long desquels poussent des bambous et des figuiers. Les variétés végétales sont si nombreuses qu'Amon n'en connaît qu'une infime partie. Il a remarqué une espèce d'orchidées aux pétales irisés et veinées de blanc poussant près d'une lagune, là où il a décidé de construire un petit cocon douillet pour sa fiancée. Des mangroves forment une longue voûte au-dessus de la lagune, Faila et Amon peuvent y naviguer à leur guise et aller s'abreuver : une source d'eau douce sous marine alimente en effet cette lagune. Depuis qu'ils en boivent, ils ressentent un bien-être et d'intenses émotions qu'ils n'avaient encore jamais ressentis auparavant, ce qui fortifie leurs ébats amoureux nocturnes. Une ancienne légende prétend même que cette eau aurait des vertus bénéfiques sur la fertilité. Cette eau est si bénéfique que Faila en a rempli une petite fiole qu'elle a glissée dans sa poche au cas où le besoin s'en ferait sentir.

Un jour, en revenant de la lagune, Amon rapporte une orchidée déployant des pétales irisés de jaune et de blanc opalin qu'il offre à Faila. Elle en hume le délicat parfum suave et envoûtant, ravie. En voyant l'émotion de sa fiancée Amon est heureux. Il sait qu'il a touché un point sensible : Faila adore les fleurs, en particulier les orchidées car elles sont l'emblème de l'amour et symbolisent la fécondation et l'androgynité. L'Androgyne représente en effet l’ancêtre mythique de l’humanité, la réunion des forces primordiales masculines et féminines : l'union du ciel et de la terre. Faila sait que l'offrande d'Amon n'est pas un pur hasard. Ce geste revêt une importance symbolique.

— Oh Amon, est-ce vraiment ce à quoi je pense ? fait-elle d'une voix émue.

Amon l'observe silencieusement en souriant. Il est heureux que cette splendide orchidée ait l'effet escompté.

— Oui ma princesse, cette fleur symbolise notre amour éternel. Rien ne pourra jamais le détruire car le destin nous réunit toujours quoiqu'il arrive. Notre passion est plus forte que tout.

Des larmes de bonheur sillonnent le visage de Faila, elle prend les mains d'Amon dans les siennes, le regarde sans mot dire et dépose sur ses lèvres un tendre baiser qui se transforme en une accolade passionnelle. Depuis qu'ils sont sur cette île, leurs journées sont baignées d'amour. Mais Amon reste malgré tout actif : chaque jour, il arrange leur nouvel habitacle pour le rendre plus chaleureux et confortable. Il témoigne ainsi son amour à sa bien-aimée en s'adonnant à des tâches quotidiennes qui viennent pimenter leurs journées. Faila est aussi aux petits soins pour son fiancé, elle lui concocte de délicieux mets composés pour la plupart de fruits et de légumes exotiques découverts sur l'île.

Le soir venu, ils passent des heures blottis l'un contre l'autre ne se lassant jamais de cette douce chaleur qui se répand dans leurs corps. Ils aiment tout simplement savourer ces instants de félicité, ceux qu'ils n'ont encore jamais eus avant leur arrivée sur l'île. Les séparations répétitives dans le passé ont renforcé leur passion, le sentiment qu'ils ressentent est désormais si profond que chacun considère sa moitié comme faisant partie intégrante de son âme. Ils ne veulent plus être séparés car la déchirure du coeur est si forte qu'ils ont l'impression de se mourir à petit feu. Amon a promis à Faila de ne plus jamais la quitter, de la chérir de toute son âme et d'affronter le danger pour elle. Il est prêt à tout, prêt à sacrifier sa vie pour le bien-être de sa princesse.

Quand le temps est clément, ils se rendent au sud de l'île sur la plage sablonneuse pour admirer le coucher du soleil qui s'éclipse discrètement derrière la forêt tropicale. Dans une parfaite harmonie, les couleurs flamboyantes se marient pour inonder le firmament de pourpre, d'orange et de rosé qui illuminent le visage d'Amon et Faila. Le spectacle dont ils se délectent est à la hauteur de leur amour. Quand les dernières lueurs disparaissent pour laisser place à la lumière feutrée de la lune, nos deux amoureux sont envahis d'une douce torpeur. Le soleil continue de briller de mille feux dans leur coeur envahi d'un sentiment puissant, celui de leur amour éternel.

Il leur arrive de dormir à la Belle Étoile et de se réveiller le matin, entourés de petits animaux curieux. Faila est en particulier sous le charme d'un petit rongeur à la fourrure bien fournie du museau à la queue, et dont la tête large est surmontée d’une petite crête noire. Cet animal de la taille d’un écureuil est l'un des principaux animaux peuplant l'île. A chaque fois qu'elle en aperçoit un, Faila ne peut s'empêcher de rire, elle adore ces petits animaux aux mimiques comiques et au caractère si doux. En seulement quelques semaines, elle a même réussi à en apprivoiser un qu'elle a appelé Pavel en souvenir du petit ara-robot.

Amon ne sait pas ce qu'est devenu son petit perroquet qu'il a vu pour la dernière fois lors de sa dernière confrontation avec l'horrible Thersite quand ce dernier lui enfonça sa lame de titane dans sa poitrine. Il sait seulement que Pavel a aidé Faila sur l'île d'Atlantis avant qu'elle ne se sorte des griffes de Thersite. Depuis il est sans nouvelles de son protégé. Pavel est doté d’un cerveau bioélectrique qui a développé sa sensibilité et sa personnalité. Son apparence avec un véritable ara bleu est à s'y tromper ! Au fil des années, Amon s'est attaché à ce petit ara-robot qui a rendu plus d'un service à ses maîtres. Sans ce perroquet artificiel, Amon ne serait plus de ce monde. En voyant le lien qui unit le petit rongeur à Faila, Amon ressent un petit pincement au coeur en songeant à son Pavel. Mais Faila sait s'y prendre pour faire oublier à Amon l'existence du petit ara. Il lui suffit de l'étreindre doucement, de poser ses lèvres sur son front, ses yeux, ses joues puis son cou pour qu'Amon oublie immédiatement sa peine et ne se concentre que sur l'amour de sa vie. Quand il sent les lèvres de Faila parcourir chaque parcelle de son corps, il frissonne de plaisir et de désir. Ces moments d'intimité se répètent à l'infini sans qu'aucun des deux ne s'essouffle. Faila et Amon sont heureux ensemble, ils vivent chaque minute intensément, rien ne vient ternir leur existence colorée.

Un soir pourtant, alors qu'Amon active le feu de bois pour faire repartir les flammes, Faila se met à pâlir subitement. Amon perçoit aussitôt l'indisposition de sa bien-aimée.

— Que se passe-t-il ma princesse ? Tu sembles contrariée.
— Je ne peux rien te cacher mon tendre amour, tu lis sur mon visage comme dans une boule de cristal !
— J'ai cru apercevoir le visage d'Océanide dans les flammes.
— Ta défunte mère ? s'esclaffe Amon surpris.
— Oui. Je l'ai vu et elle m'a parlé.
— Quand cela s'est-il produit ?
— Pendant que tu t'es éloigné pour ramener des tronceaux de bois.
— Que t'a-t-elle dit ?
— Elle m'a révélé que nous courrions un grave danger, que Thersite allait bientôt nous retrouver pour nous tuer.

Le visage d'Amon se rembrunit à cette annonce puis il se ressaisit rapidement pour ne pas montrer son trouble à Faila.

— Nous le vaincrons encore une fois ma princesse ! Rien ne peut nous arriver, nous sommes unis pour l'éternité.
— C'est ce que j'ai toujours pensé mais vois-tu je n'en suis plus aussi sûre maintenant, lui avoue-t-elle dans un sanglot.

Amon pose ses bras autour des épaules de Faila pour la rassurer, lui prend le menton et la regarde droit dans les yeux.

— Faila, nous possédons l'immortalité, rien ne peut nous arriver. Il est seul contre nous.

Faila affiche un léger sourire en coin. Les propos d'Amon ne la rassurent pas. Elle craint plus pour Amon que pour elle-même. Elle sait en effet que Thersite voue une haine démesurée à l'égard de son bien-aimé. Pavel n'est plus là en outre pour les aider. En dépit de ses nombreux pouvoirs, elle n'est pas invincible, Amon encore moins qu'elle.

— Comment t'est apparue exactement Océanide ? demande Amon tout à coup.
— Je m'extasiais devant la couleur flamboyante des flammes lorsqu'une silhouette trouble a pris peu à peu forme sous mes yeux. J'ai reconnu la voix de ma mère quand elle s'est adressée à moi. Son intervention a été brève ... peut-être cela a-t-il duré deux ou trois minutes, je ne saurais dire exactement. Elle est allée droit au but comme si elle avait très peu de temps. Puis une fois le message transmis, sa silhouette s'est volatilisée et tu es revenu.

Amon est songeur. Il sait que les morts ne reviennent jamais sans raison dans le monde des vivants. Océanide est venue avertir sa fille pour la protéger. Amon pense qu'il est encore possible de contrer le danger imminent qui les menace, lui et Faila. Il lui reste à savoir comment vaincre leur pire ennemi et surtout déterminer la localisation de Thersite pour pouvoir le devancer. Ce dernier ne sait pas normalement où lui et Faila se trouvent. Cela leur donne une longueur d'avance !

2. La menace

Thersite savoure sa victoire devant son écran virtuel, observant la Galaxie. Depuis qu'il règne en maître sur Galia, planète qu'il a envahi il y a quelques mois à l'aide de sa flotte de robots, les envahisseurs se font plus rares. Les voyageurs de la Galaxie craignent en effet Thersite, dont la réputation a fait le tour de l'univers. Ses troupes se sont emparées de toutes les villes de Galia et ont anéanti les forces résistantes. Thersite a fait ériger une statue géante à son image à l’entrée du port spatial pour ne pas faire oublier aux derniers habitants qui est le nouvel empereur. Les races étrangères à Galia n'osent plus s'aventurer autour de la planète de peur d'être réduites en poussière par ce monstre.

Rien ne pourrait ternir le triomphe de Thersite si ce n'est que Pavel, le petit perroquet robot, vole autour de lui pour répéter inlassablement Amon aime Faila. Il ne supporte plus de l'entendre claironner l'amour de ces deux êtres qu'il hait le plus au monde. Il ne sait même pas s'ils sont morts durant l'explosion du navire des réplicateurs. Il a malgré tout un gros doute quant à leur mort. Pavel lui transmet en effet chaque jour l’image en onde holographique du couple enlacé. Thersite a conscience que Pavel est muni d'un système de programmation qui peut lui permettre de localiser ses anciens maîtres. Il se dit que ces images sont le reflet de la réalité, Amon et Faila doivent être en vie ! Il décide alors d'amadouer l'ara-robot. Peut-être obtiendra-t-il des informations.
Au lieu de le poursuivre pour le faire taire, Thersite se met à l'ignorer. Pavel finit par le remarquer, il ne comprend pas le désintérêt soudain de Thersite. Pour attirer son attention, il lui transmet de nouvelles images d'Amon et Faila enlacés sur l'île. Thersite fait comme si ces images lui étaient indifférentes mais les regarde attentivement du coin de l'oeil, enregistrant les moindres détails. C'est ainsi qu'il découvre que ses deux ennemis se trouvent sur une île luxuriante dont le décor ne lui est pas inconnu. Il se souvient en effet avoir fait une expédition il y a de cela une dizaine d'années sur une île semblable à celle que lui montre l'hologramme de Pavel. Ce qui le frappe en particulier sont les mangroves formant une longue voûte au-dessus d'une lagune. Ces dernières sont uniques en leur genre, elles ne peuvent être que celles de l'île Trixie.

Un sourire maléfique se forme aux commissures des lèvres de Thersite. Il va retrouver Amon et Faila. Il est bien décidé à leur faire subir les pires tortures pour se venger de s'être fait déchiqueté par des bêtes féroces par leur faute. Une fois qu'il les aura neutralisés, il va les emprisonner dans une sphère dans laquelle ils auront conscience de leur environnement sans aucune possibilité de bouger en leur transmettant des images holographiques horribles qui tromperont leur sens de la réalité. Thersite songe que cet état sera un véritable supplice moral pour leurs âmes empruntes d'un amour aussi fort que le leur.

Faila et Amon seront enfermés dans des sphères différentes à proximité l'une de l'autre pour qu'ils puissent se voir à chaque instant sans se toucher et percevoir la douleur de l'autre. Thersite envisage en effet de leur injecter un produit réagissant immédiatement sur les fonctions vitales de leur corps entraînant un seuil de souffrance intolérable qui se dissipe seulement au bout de plusieurs heures sans entraîner la mort. Il a déjà utilisé cette technique sur d'anciennes victimes, il sait que cette méthode est radicale. Elle réduit tout être vivant à un état de souffrance insupportable. Thersite espère ainsi assouvir sa soif de vengeance et convoiter ce qu'il cherche depuis des années. Il souhaite en outre exploiter la puce biologique implantée en Amon pour avoir enfin accès aux portes de l'immortalité.

Il ne lui reste plus dès à présent qu'à résoudre le problème de l'ara. Il faut qu'il arrive à gagner sa confiance, chose simple ! se dit Thersite, Pavel n'est qu'un simple robot dépourvu de toute sensibilité ! Il pense pouvoir y arriver en trompant le perroquet sur ses véritables intentions. C'est ainsi que jour après jour, il fait mine de se désintéresser totalement du couple d'Atlantis pour mieux prendre Pavel à son propre piège. Il lui annonce finalement qu'il envisage de partir sur l'île Trixie pour se reposer et qu'il souhaite qu'il fasse partie du voyage car cette île est constituée d'une immense forêt qui lui plairait. A cette annonce, Pavel se met à voler dans tous les sens autour de Thersite, ne flairant pas le piège que lui tend son nouveau maître. Il ne fait pas le lien avec ses anciens maîtres et semble ravi d'accompagner Thersite au coeur de la forêt, un lieu qu'il privilégie. Amon l'avait en effet programmé pour ressentir les mêmes besoins qu'un véritable ara et éprouver ce plaisir d'explorer une forêt. Thersite est content, Pavel pourra lui être utile le moment venu.

Thersite planifie l'expédition une semaine plus tard. Il doit encore régler quelques détails avant son départ. Puis le grand jour arrive enfin. Pour Thersite, cette journée est symbolique, elle va être son ultime victoire. Une fois qu'il aura vaincu ses deux ennemis, il se sentira libre et régnera en maître dans tout l'univers. Il possède déjà un savoir immense, le savoir des anciens, il ne lui reste plus qu'à honorer la mémoire de son père en accédant aux portes de l'immortalité.

3. Retrouvailles désagréables


Amon et Faila profitent des rayons du soleil printanier pour faire un pique-nique au bord de l'un des cours d'eau de l'île. Une brise d'air chaud vient caresser leurs visages rayonnant d'amour. Ils hument les parfums enivrants du printemps, tout en écoutant le murmure de l'eau qui ruisselle paisiblement pour se confondre avec les eaux de l'océan. Ils dégustent en silence le repas que Faila a concocté pour l'occasion, se délectant de chaque instant de bonheur. Depuis qu'ils sont arrivés sur cette île, leur vie n'est qu'éternelle félicité. Ils ont momentanément oublié la vision que Faila a eu de sa mère, la semaine passée. Ils profitent de la vie comme elle se présente ne se souciant pas du lendemain. Ils ont en effet appris à leurs dépends qu'il faut vivre chaque minute intensément comme si c'était la dernière de leur vie. Leur amour est toujours aussi fort, ils se sentent encore plus proches l'un de l'autre, ne songeant plus un instant à vivre séparés.

— Regarde Amon ! s'esclaffe Faila en pointant son doigt en direction d'un petit oiseau qui déploie ses ailes pour se baigner dans l'eau.
— Il est magnifique ! répond Amon. Je n'en ai jamais vu de si beau de toute mon existence.
— Tu as vu son plumage ? La naissance des pattes est rosée tandis que son dos et ses épaules sont jaune vif ! Et ses yeux ! Ils sont cerclés de rouge ! Sans oublier ses ailes bleutées ! ajoute Faila époustouflée.
— Cette île recèle de nombreux trésors, il suffit d'observer cet oiseau pour le comprendre ! Le destin nous a conduit ici pour que nous profitions enfin de la vie. On ne peut pas dire qu'il nous ait épargné jusqu'à maintenant. Cette île est un don du ciel !
— Tu as raison, Amon, réplique Faila en posant ses lèvres sur les siennes pour une nouvelle étreinte.

Depuis qu'elle a retrouvé l'élu de son coeur, Faila ne supporte plus d'être éloignée d'Amon ne serait-ce que quelques instants. Elle l'aime tant que toute séparation, même temporaire, est un déchirement du coeur. Elle ne se sent bien qu'en sa présence. Elle lui témoigne une tendresse sans limite, une affection qu'Amon lui rend au centuple par ses attentions quotidiennes. Le couple d'Atlantis est heureux, un amour que rien ne semble ébranler et pourtant un être malsain rôde sur l'île, un monstre qui leur voue une haine démesurée depuis plus de dix ans. Il s'agit de Thersite, arrivé sur l'île Trixie au lever du soleil en compagnie de sa troupe armée qui attend le signal pour agir. Thersite a retrouvé la trace du couple grâce au petit ara. Sans lui il n'y serait pas arrivé, l'île ressemble à une jungle !

Thersite se contente pour le moment de les observer, attendant le meilleur instant pour interrompre leur tête-à-tête romantique. Plusieurs gardes galiens sont postés derrière de gigantesques arbres, leur arme pointée en direction du couple. Pour capturer Amon et Faila, Thersite a choisi un moyen primaire, une fléchette anesthésiante pour ramener le couple dans son palais. Le moment opportun arrive enfin quand Faila se lève pour aller cueillir quelques fleurs à quelques mètres d'Amon. Thersite donne le signal, une fléchette vient se loger dans le cou d'Amon qui s'effondre sur le sol. Pavel s'échappe aussitôt des griffes de Thersite pour rejoindre son ancien maître, il ne cesse de crier Amon, Amon. Falia se retourne en reconnaissant la voix de Pavel, elle a juste le temps de voir deux gardes robots transporter son fiancé inerte. Elle est terrorisée en reconnaissant au loin l'horrible visage de Thersite. Ce dernier la regarde froidement, jubilant devant son air désemparé. Il lance un nouveau signal à ces gardes pour qu'ils envoient leur fléchette en direction de Faila mais le coup est manqué, Faila s'échappe en compagnie du petit ara qui fait tout pour la protéger.

Elle le suit sans mot dire, lui faisant confiance, il l'a souvent assistée dans le passé. Il l'entraîne dans l'une des grottes de l'île, celles qu'Amon a tenté désespérément de franchir. Ils doivent se faufiler au travers de lianes et d'épais feuillages. Grâce aux capteurs de Pavel qui donnent le trajet le plus aisé, ils y parviennent facilement. Ils pénètrent à l'intérieur d'une cavité éclairée par de petites lumières scintillantes fixées aux parois. Faila découvre au centre une énorme pierre aux contours irréguliers. Elle s'approche et reconnaît immédiatement les idéogrammes qu'elle avait découverts au palais du savoir. Elle n'en revient pas. Comment est-il possible qu'une telle coïncidence soit possible ? Son arrivée sur cette île avec Amon ne pouvait être le fruit du hasard ! Elle est médusée.

Pavel vient se poser sur les épaules de Faila qui parcourt l'étrange pierre de ses mains, un mécanisme d'ouverture s'enclenche, transférant en l'espace de quelques minutes Faila et Pavel au coeur du bâtiment ancien de l'île d'Atlantis. L'endroit est familier à Faila mais elle ne comprend pas. Elle croyait l'île engloutie dans les profondeurs abyssales de l'océan.

— Activer les moteurs orbitaux, activer les moteurs orbitaux, répète en boucle le petit ara.
— Je vois où tu veux en venir Pavel. Je vais faire ce que tu me dis et nous verrons où cela nous conduira.

Pavel, content, se pavane devant sa maîtresse qui ne peut s'empêcher de sourire en le voyant si enthousiaste.

— Que ferais-je sans toi mon petit Pavel ? Tu es le plus adorable des perroquets. Nous pouvons être reconnaissants à Amon de t'avoir créé.

Pavel se met à battre frénétiquement des ailes en signe d'approbation.

— Ne perdons pas de temps et activons ce moteur. Il va peut-être nous aider à sauver Amon.


4. Atlantis contre Galia



Une fois la cité de nouveau opérationnelle, elle émerge des profondeurs de l’océan Galien avec Faila aux commandes. Le soleil se lève à l’horizon, des cascades d’eau tombent durant des heures du haut des immeubles. Faila a posé ses deux mains contre la vitre, son visage est baigné de larmes en concurrence avec les tonnes de liquide s’écoulant des toits. L’attente est nécessaire pour évacuer toute l’eau car les moteurs orbitaux ne pourraient pas supporter la surcharge en cas de décollage trop rapide. Faila se réveille doucement, les larmes ont séché sur son visage, elle constate que la cité peut prendre son envol. Elle sait où elle doit se rendre pour sauver son fiancé. Pavel a en effet localisé Amon dans le palais de Thersite sur Galia. Atlantis est devenue invincible grâce au bouclier déflecteur et aux colonnes qui l'entourent. Ces concentrateurs d'énergie tirés en salve détruisent tout sur leur passage. Les navires de Thersite sont impuissants face à Atlantis qui vient stationner au-dessus de la capitale pour y prendre ses marques.

Thersite est furieux car il ne peut pas atteindre Atlantis, cette cité maudite qui trône désormais sur SA planète. Mais il sait qu'il a une arme dans sa poche pour faire fléchir Faila : Amon. Il se demande quelle technique adopter pour faire sortir Faila de sa cité car elle ne semble pas vouloir quitter la cité fortifiée. Thersite a conscience qu'il ne peut rien entreprendre tant qu'elle est à la tête d'Atlantis. Il craint qu'elle prenne le pouvoir de Galia. Il décide finalement de jouer avec la sensibilité de Faila en exposant Amon au pire des supplices.
Depuis sa capture, Amon est prisonnier dans la sphère conçue spécialement pour lui, pieds et mains maintenus écartés par des barres métalliques. Il n'est plus libre de ses mouvements, il doit rester immobile sous peine de se prendre une décharge électrique délivrée par ces barres captant le moindre mouvement. Cela fait désormais une dizaine d'heures qu'il se trouve dans cette position inconfortable, les signes de fatigue se font sentir ainsi que des douleurs musculaires. Sachant Amon épuisé, Thersite songe que c'est le bon moment pour l'exposer aux yeux de Faila. Il espère ainsi que cette dernière quittera la cité pour délivrer son fiancé. Il injecte à Amon un sérum qui affecte temporairement les organes vitaux, entraînant une souffrance insupportable. Amon se tort de douleur, chacun de ses mouvements déclenche une décharge électrique qui augmente la souffrance. Il convulse par moment et perd connaissance, son organisme ne contrôle plus son système nerveux. Puis il revient à lui grimaçant de plus belle. Il n'en peut plus, il aimerait que son calvaire prenne fin, la mort serait préférable, se dit-il. Il songe à sa bien-aimée et se bat pour elle, elle est sa seule raison de vivre. Il lutte contre la douleur mais le combat devient de plus en plus lourd à porter.

De son côté, Faila voit les terribles souffrances qu'endure Amon. Elle est sur le point de flancher, de quitter les commandes d'Atlantis pour rejoindre celui qui compte le plus dans sa vie et de le libérer de cet horrible supplice. Mais elle a conscience qu'en abandonnant la cité, elle perdra Atlantis et ses pouvoirs. Sans cette dernière, une partie de Faila mourra, la réduisant à l'état de simple mortelle sans ses pouvoirs d'être de lumière. Elle prend finalement ce risque car sa vie sans Amon n'a aucun sens, elle sait qu'il faiblit à chaque minute qui passe, mettant sa vie en péril.
Elle rejoint par conséquent la sphère, accompagnée de Pavel qui reste à ses côtés pour la protéger. Thersite ne perd pas une miette des gestes de Faila, il l'observe, prêt à s'approprier Atlantis. L'attente n'est pas longue, Faila oublie tout ce qui l'entoure pour ne se concentrer que sur la délivrance de son fiancé. Elle approche de la sphère tandis que Thersite pénètre discrètement dans la cité désactivée de ses défenses automatiques pour s'emparer des commandes. Il enclenche le système de sécurité empêchant quiconque de franchir les frontières d'Atlantis. Il règne désormais en maître sur la cité.
Faila perd peu à peu ses pouvoirs divins, ses forces déclinent, elle n'est plus en mesure de lutter contre Thersite. Seul Pavel peut l'assister. Elle ne peut plus aider Amon car les parois de la sphère sont blindées, elle ne sait comment l'extraire de cette prison. Elle demande son aide à Pavel. Il est en effet doté de nombreux programmes avec des armes puissantes et efficaces. Celui-ci sort ses griffes spéciales en amadantium qui découpent un cercle dans la sphère. La tâche semble simple au premier abord mais Amon est toujours prisonnier des barres métalliques qui sont reliées à lui par des bracelets de la même composition glissés aux poignets et aux chevilles. Pavel ne parvient pas à détruire les liens. Les barres déclenchent en outre à son contact une décharge supplémentaire qui dérègle le programme du petit ara et qui provoque de nouvelles souffrances dans le corps d'Amon. Cette fois-ci le choc est si violent qu'Amon tombe dans le coma, les battements de son coeur deviennent anarchiques.

— Amon ne part pas, je t'en supplie, notre amour est le plus fort, murmure-t-elle en sanglotant. Je t'aime. Tu dois résister.

Faila pose sa main sur son ventre et le regarde en pleurant. Elle attend un bébé d'Amon, elle le sait depuis deux jours, elle voulait lui annoncer pendant leur pique-nique mais l'arrivée inopinée de Thersite a changé ses plans si bien qu'elle ne le lui a pas encore dit.

Amon revient à lui, le regard brillant. Il a compris le message de Faila. Il lui sourit faiblement, Faila comprend qu'il continue de lutter pour vivre.

— Si tu savais comme je t'aime mon prince, je ne peux vivre sans toi, dit-elle émue, des larmes de tristesse ruisselant sur son visage.

Faila a le coeur déchiré à la vue de son fiancé souffrant. Elle pleure toutes les larmes de son corps, elle est à genoux devant la sphère, tenant Amon par la main. Elle reçoit à son tour des décharges électriques provoquées par la barre qui est toujours en activité. Cela lui est égal. Elle veut rester auprès d'Amon, garder le contact avec lui.

— Faila, dit Amon dans un faible soupir, je t'aime.

Sa phrase à peine terminée, la tête d'Amon penche lourdement devant lui, il est à nouveau dans le coma. Le visage de Faila est inondé par les larmes, elle le croit mort.

Un rire strident se fait entendre au loin, il s'agit de Thersite qui clame sa victoire haut et fort. Il est désormais le seul maître de l'univers. Il a vaincu ses deux ennemis. En quittant Atlantis, Faila lui a transmis ses pouvoirs. Il peut enfin honorer son père et exploiter le savoir des anciens qu'il a accumulé grâce aux réplicateurs. Il se croit désormais invincible mais l'impossible se produit.

La cité d'Atlantis se déplace subitement pour survoler Galia. Thersite n'en a absolument pas le contrôle, il ne comprend pas ce qu'il se passe. Il se relève brusquement, un halo de lumière l'entoure. Faila observe ce retournement de situation, ébahie. Elle voit en effet apparaître au-dessus de la cité une immense silhouette prendre forme dans une sorte de nuage opalin, elle reconnaît Poséïdon, son grand-père. Il lui transmet un message télépathique :

Ne crains plus rien ma petite reine,utilise tes pouvoirs avant que ton fiancé ne s'éteigne, Thersite n'est plus maître de la cité !

Faila constate en effet qu'une auréole de lumière se forme autour d'elle. Elle glisse ses deux mains dans celles de son bien-aimé pour lui transmettre son énergie et Amon ouvre les yeux. Il semble paisible comme si la souffrance s'était arrêtée. Faila remarque en effet qu'Amon est libre, les bracelets métalliques sont désactivés, il peut enfin bouger. Une fois hors service, ils s'ouvrent facilement. Faila peut dégager Amon de la sphère. Ce dernier ressent des vertiges, il est resté longtemps dans une position inconfortable dans un état semi-comatique. Faila l'étreint, ils se mettent à survoler dans un bain de lumière Galia. Ils rejoignent rapidement Atlantis qui est gouvernée par le spectre de Poséïdon.

Après ces moments d'intenses émotions, le couple d'Atlantis se rend au palais pour se reposer. Cela fait des mois qu'ils n'ont pas vécu ici. Ils apprécient le confort même si vivre au contact de la nature était fort plaisant. Ils retrouvent leur immense baie vitrée donnant sur un splendide jardin fleuri. Ils imaginent déjà leur futur bébé gambadant pieds nus sur le manteau verdoyant. Ils savent désormais que la fin de leur calvaire est terminée. Poséïdon a sous-entendu qu'il avait vaincu une bonne fois pour toutes Thersite sans leur fournir de plus amples détails. Ils ne sauront jamais ce qu'est réellement devenu ce dernier. C'est bien la dernière chose dont ils se soucient ! Ils forment le couple le plus heureux et le plus uni de l'univers.

*

Un être abject au visage déformé par la haine erre comme une âme en peine entre deux univers parallèles, il est prisonnier des couloirs du temps. ...

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