04.03.2008

Extrait du chapitre 12

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Lorsque Julian et Alva avaient voulu prendre la route la veille au soir, ils avaient été obligés de remettre leur projet au lendemain. Le ciel s'était obscurci brutalement et les premiers flocons de neige s'étaient mis à tourbillonner à la lumière des lampadaires. Alva pensait qu'il ne s'agissait que de quelques flocons perdus, sans conséquence pour le temps, mais la température avait chuté et des nuages noirs s'étaient amoncelés à l'ouest. Les quelques flocons épars avaient cédé la place à des bourrasques de neige qui avaient inondé le ciel avec violence. Le froid s'était en outre intensifié.
Elle avait regretté avec amertume de ne pas pouvoir partir le plus tôt possible pour Berwick. Elle avait hâte de retrouver ses petites filles et de les serrer dans ses bras. Elle ne pensait pas Tom capable de brutalité envers ses propres enfants mais elle était à présent moins sûre d'elle depuis qu'elle l'avait vu sous un jour nouveau. Il s'était montré violent et acerbe au point de lui glacer le sang qui coulait dans ses veines.
Du bureau de Julien, elle regardait la neige tomber par la fenêtre, attendant qu'il revienne, se remémorant la conversation qu'elle avait eue la nuit précédente avec lui : Ils avaient passé la nuit à l'hôpital en raison des congères annoncées aux informations. Il lui avait proposé de se reposer dans son bureau tandis qu'il ferait le tour du service pour s'assurer que tout était en ordre. Il avait demandé à son ami, Jake Culver, s'il pouvait se libérer les deux prochains jours pour le remplacer au service de cardiologie. Son collègue s'était tout d'abord montré réticent, soulignant qu'il était attendu chez lui pour le début du week-end, et voyant la détresse de Julian, avait fini par céder. Il avait juste précisé qu'il ne pourrait pas le remplacer cette nuit, étant trop exténué pour travailler. Julian lui avait répondu que cela ne faisait rien, qu'il assurerait sa garde jusqu'à six heures du matin. Il n'aurait certes que trois heures de repos pour récupérer car il devait repasser à l'hôpital le midi mais il n'avait pas vraiment le choix. C'était les aléas de son métier !
Il avait finalement considéré ce temps exécrable comme une bénédiction, il ne voulait pas décevoir Alva en lui avouant qu'il ne pourrait pas l'accompagner dans l'immédiat. Quand elle lui avait annoncé, d'un ton grave, qu'ils devraient reporter leur escapade en raison du mauvais temps, il s'était réjoui intérieurement. Il s'épargnerait le luxe de lui avouer qu'il n'avait trouvé personne pour le remplacer. Il imaginait son désarroi et son angoisse pour ses trois filles mais ils ne pouvaient risquer leur vie sous cette tempête de neige.
- Vous avez fait le bon choix, Alva, lui dit-il pour la réconforter. Vous ne voudriez pas que vos filles se retrouvent orphelines parce que leur mère aurait tenté de les sauver en s'engageant sur une route dangereuse et impraticable !
Julian avait trouvé les bons arguments, elle lui avait répondu par un faible sourire et lui avait pris la main. Des larmes s'étaient mises à rouler le long de ses joues, sillonnant son visage. il l'avait enlacée, elle s'était laissée aller contre lui et il lui avait délicatement frotté le dos pour la rasséréner. Il avait pris son visage entre ses mains, scrutant tendrement ses yeux et lui avait embrassé le bout du nez, ce qui avait déclenché chez Alva un réel sentiment de reconnaissance.
- Julian, vous êtes quelqu'un d'extraordinaire ! s'était-elle exclamé.
- Oui, je sais, répondit-il d'un ton faussement modeste.
Ils s'étaient regardés et avaient poussé un éclat de rires, témoignant de leur complicité. Ils ne savaient pas encore qu'un sentiment étrange mais empli de passion était en train de naître au plus profond de leur conscience.


En ce début de soirée, le visage collé contre la vitre de la fenêtre donnant sur la cour de l'hôpital, Alva passait en revue ces derniers jours. Beaucoup de choses étaient arrivées, des évènements qui changeraient à jamais son destin. En entendant des pas s'approcher dans le couloir, elle tourna la tête et vit Julian entrer d'un pas ferme dans son bureau.
- J'ai terminé ma ronde, Alva ! Je pense que nous pouvons partir, le temps semble bien plus clément que ce matin lorsque j'ai terminé ma garde ! La radio a annoncé que les routes seraient dégagées en fin d'après-midi.
- Je vous suis vraiment reconnaissante pour tout ce que vous avez fait pour moi, Julian, dit-elle en lui prenant la main. Sans vous, j'aurais été incapable de prendre la bonne décision. Et m'offrir en outre l'hospitalité de cette façon me va droit au coeur. Vous êtes vraiment quelqu'un de spécial, vous savez ! continua-t-elle d'une voix adoucie.
- Je n'allais pas vous laisser regagner votre domicile avec tout ce que vous aviez vécu la veille. Et il y a de la place chez moi pour recevoir au moins dix personnes. Vous ne m'avez absolument pas gêné d'autant que j'étais à l'hôpital la moitié du temps !
Une fois sa garde de nuit terminée, Julian lui avait proposé de rester chez lui en attendant que le temps s'améliore. Il savait qu'Alva avaient vécu des évènements traumatisants ces derniers jours, il ne voulait pas remuer le couteau dans la plaie en la laissant seule chez elle. Passer la journée du jeudi lui avait semblé être une excellente solution. Elle pourrait se détendre tandis qu'il retournerait à l'hôpital régler certaines affaires qui ne pouvaient pas attendre. Alva était venue le rejoindre à l'hôpital en taxi pour gagner du temps. Elle avait préparé leurs bagages qui se résumaient au strict nécessaire. Julian lui avait suggéré de choisir deux ou trois tenues dans l'armoire de sa défunte pour la dépanner.
Ils gardèrent le silence un moment, Julian plongé dans ses pensées, Alva, le regard perdu dans le vide. Finalement, ils se mirent en route et rejoignirent la voiture de Julian garée dans le parking souterrain réservé au personnel.
- Avec cet imprévu de dernière minute, j'aurai finalement accompli quasiment toutes mes heures de garde jusqu'à lundi soir. Je suis de repos pour les fêtes de la Saint-Sylvestre !
- J'aurai préféré arriver hier. Je ne suis pas rassurée avec Tom qui s'est métamorphosé en un coup de baguette magique.
- Ne vous inquiétez pas, Alva, fit-il en posant sa main sur son bras gauche tandis qu'il passait la première vitesse, Tom est un père qui aime ses enfants, enchaîna-t-il pour la rassurer alors qu'il ne croyait pas un traître mot de ce qu'il disait. Son instinct paternel ne le poussera pas à faire quoique ce soit sur vos filles.
- J'aimerais vous croire ! répondit Alva incrédule.
- De toute façon, nous sommes en route pour les retrouver ! Ce n'est plus qu'une question d'heures !
- Oui, vous avez probablement raison ! ajouta-t-elle d'une voix où perçait la lassitude.
Ils quittèrent Longwood aux alentours de 20 heures, la circulation était fluide, les conducteurs ayant préféré rester chez eux plutôt que de s'engager sur des routes sinueuses et glissantes. Julian conduisit une heure durant et laissa sa place à Alva, trop épuisé pour poursuivre la route sans risquer de sombrer dans le sommeil. Alva était trop énervée et angoissée pour percevoir le moindre signe de fatigue. Elle n'avait qu'un but en tête : arriver aussi vite que possible et arracher les triplettes aux mains de son mari. Mais il en fut autrement. Des rafales de vent accompagnées de gros flocons de neige firent vibrer la voiture, l'obligeant à ralentir et, l'accumulation de neige sur les vitres la contraignirent à s'arrêter sur le bord de la chaussée. La visibilité était fortement limitée, on ne voyait pas à plus de cinq mètres, un épais brouillard avait soudainement fait son apparition.

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