04.03.2008

pratiques peu orthodoxes

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Pratiques peu orthodoxes est un roman à suspens qui vous tiendra en haleine du début à la fin. Il décrit avec précision l'adversité et la machine infernale de l'engrenage. Ce roman vous entraîne dans une véritable course contre la montre :

La vie de Jake Culver, brillant cardiologue à Denver, bascule du jour au lendemain suite à un grave accident de voiture. Son fils de 4 mois meurt de ses blessures et sa femme Alyssa est grièvement blessée. Au bout de longs mois de lutte acharnée, Jake réussit tant bien que mal à surmonter cette épreuve, reprenant goût à la vie. Mais le destin frappe à nouveau, plongeant Jake en plein désarroi : il est pris en filature par des gens peu scrupuleux. Sa vie et celle de sa famille tourne au cauchemar, ces gens sont prêts à mettre l'existence des Culver en péril. Face à ce danger imminent, Jake doit agir vite et mettre fin à cet engrenage qui se trame contre sa famille . . .

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Extrait du chapitre 10

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Quand Jake fut certain que plus personne ne rôdait dans le couloir, il se risqua à aller sur le palier recouvert d’une moquette bordeaux rappelant les hôtels prestigieux qu’il avait fréquenté plus jeune lorsqu’il se rendait à des séminaires. Le couloir était orné d’appliques murales toutes allumées comme s’il faisait encore nuit et des petits meubles en merisier sur lesquels reposaient des vases remplis de fleurs fraîchement coupées peuplaient le couloir. Une imposante horloge s’élevait au milieu de ce couloir, s’harmonisant avec le mobilier. L’ensemble était luxueux et n’avait rien de comparable avec la clinique qu’il avait quittée quelques heures plus tôt.
Au bout du couloir il aperçut une lucarne qui l’attira comme un aimant. Il était curieux de voir ce qu’il s’y cachait derrière. Une fois devant celle-ci, il regarda au travers de la vitre qui était quasiment opaque, résultat probable du temps de ces derniers jours. Il remarqua à l’horizon le bleu azur de la mer qui rongeait le rivage en grignotant les galets entassés le long de la jetée. La magnificence du paysage le laissa sans voix ; admirer une telle splendeur dans ces circonstances était appréciable mais le doute l’assaillit et il se demanda où il résidait actuellement. On ne pouvait pas prétendre que la mer se trouvait à portée de Denver. Mais où l’avait-on transporté ? Il commença à ressentir une boule d’angoisse se former au fond de la gorge. Des spasmes prirent possession de son corps au point d’en devenir insupportables. Jake ne se doutait pas un instant que le cauchemar ne faisait que commencer.

07.02.2008

extrait du chapitre 1

f31818b94ec992954a193be4c68da2d9.jpgMandy n’insista pas, elle comprit que son père était sérieux. Elle se dépêcha de rassembler ses affaires avant de monter en voiture. Il était dix-neuf heures passées quand ils prirent congé de la famille Mickaels. Jake perdit beaucoup de temps dans Denver avant de s’engager sur l’autoroute qui menait à Littleton, la petite ville dans laquelle ils habitaient. En temps ordinaire, il parvenait à la maison en une vingtaine de minutes mais en voyant les lourds flocons de neige tourbillonner devant son pare-brise, il se doutait bien qu’il mettrait plus de temps que d'habitude d’autant que la circulation était ralentie par un épais manteau de neige gelée recouvrant l’autoroute, le chasse-neige n’avait pas encore dégagé et salé la route. En dépit du chauffage poussé au maximum, de la neige s’était accumulée aux bords du pare-brise, ne laissant à Jake que deux croissants de vitre par lesquels il scruta consciencieusement l’autoroute. Il se montra extrêmement prudent. Il scruta l’horizon à la ronde, regarda régulièrement dans son rétroviseur et décida de rester sur la voie le plus à droite de l’autoroute. Le passage des voitures se fit de plus en plus rare si bien qu’il eut la désagréable impression d’être suivi quand il regarda pour la cinquième fois dans son rétroviseur. La même camionnette blanche le suivait depuis sa sortie de Denver. Il pensa qu’il devenait paranoïaque et que la fatigue accumulée de ces dernières semaines n’arrangeait rien. Il finit par se rendre à l’évidence que cette camionnette se trouvait dans la même situation que lui. Elle roule à la même vitesse que moi à cause de la neige et veut simplement éviter de glisser et de perdre le contrôle du véhicule ! se rassura Jake.

Jake arriva enfin à la sortie d’Englewood. Il lui restait encore cinq kilomètres avant d’atteindre l’entrée de Littleton. Le reste du trajet fut très pénible. La petite route sur laquelle il roulait, était dangereuse car elle était peu fréquentée et d’autant plus glissante. La visibilité était de plus en plus réduite : la neige tombait dru. Le manteau de neige qui recouvrait la route, s’était transformé en verglas. Jake eut beau roulé à 20 km/h, la Golf break ne tenait pas la route. Il jeta à nouveau un coup d’œil dans le rétroviseur, quelle ne fut pas sa stupeur quand il constata que la camionnette blanche était toujours derrière lui mais à une distante plus éloignée. Il essaya de se rassurer en se convaincant qu’il n’était pas le seul à prendre la sortie d’Englewood même si à cette heure tardive, la route était peu fréquentée.
Il perdit momentanément le contrôle de la Golf, ce qui lui fit oublier la présence de la camionnette. Les pulsations de son cœur s’accélérèrent car ce dérapage lui rappela l’accident survenu quelques mois plus tôt. Avec le temps, les détails de l’accident lui étaient revenu à l’esprit ainsi que d’autres évènements de sa vie qu’ils ne comprenaient pas car ils lui apparaissaient comme des flashes et puis tout s’effaçait comme si de rien n’était. Il avait l'impression que sa mémoire lui jouait des tours et refusait de lui transmettre la clé de son passé.

df96a6d6ccbc5df5a622d1c71cb52b7c.jpg Jake réussit tant bien que mal à redresser la voiture et il vit enfin la pancarte qui indiquait que l’on entrait dans Littleton. Jake et Alyssa habitaient au sud-ouest de Littleton dans une résidence de haut standing à l’abri de la circulation. Leur résidence se trouvait à côté d’un parc aménagé pour les enfants qui permettait de rejoindre le petit bois à la sortie de Littleton. Ils avaient longtemps hésité à acheter cet appartement en raison du prix élevé. Finalement, ils s’étaient vite rendu compte que celui-ci était une vraie petite merveille. Quand on entrait dans le hall, on avait une vue d’ensemble de l’appartement. A gauche de l’entrée, on accédait à une vaste cuisine séparée du séjour par un plan de travail de trois mètres de long et de soixante-dix centimètres de large. Le séjour, chaleureux et lumineux, donnait sur une magnifique terrasse à en couper le souffle. De nombreux arbustes ornaient la bordure de la terrasse, ce qui permettait d’être à l’abri des regards indiscrets. Alyssa avait investi dans un salon de jardin blanc et dans deux énormes jardinières qu’elle remplissait de fleurs de saison. Elle et Jake y passaient la plupart de leurs soirées d’été afin d’y admirer le coucher de soleil qui disparaissait derrière les collines de Littleton. Au centre de l’appartement dominait un immense salon muni d’une cheminée dernier cri qui remplaçait la terrasse lors des longues soirées d’hiver. A côté de la cheminée, quelques marches permettaient d’accéder aux trois chambres, dont l’une était inoccupée depuis la mort tragique de leur bébé et qu’ils avaient laissée en l’état. De jolies plantes exotiques à la taille imposante séparaient le bureau de Jake et Alyssa, situé à droite de l'appartement, des pièces à vivre. Alyssa, légèrement claustrophobe, ne supportait pas les espaces fermés où les ouvertures de pièce, trop étroites, donnent un accès limité aux autres pièces.

Extrait du chapitre 11

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....

Jake suivit Wendell dans le couloir. Ils traversèrent le palier que Jake avait parcouru l’après-midi même et descendirent la volée de marches menant au bureau de Wendell. Ils arrivèrent dans l’aile droite de la résidence, partie que Jake n’avait pas visitée. A leur gauche, il vit une immense véranda disparaissant sous un amoncellement de plantes vertes au centre de laquelle trônait une table blanche de jardin rectangulaire elle-même ornée de trois pots de fleurs de saison, des chrysanthèmes rouges, jaunes et blancs. Wendell fit une halte dans la cuisine et demanda à sa gouvernante déjà active en cette heure matinale de lui préparer du café et de le lui apporter dans son bureau. Ils longèrent ensuite les murs du corridor et pénétrèrent enfin dans son bureau.
Celui-ci était à l’image du bureau de la clinique. Wendell ne s’épargnait aucun luxe. Son bureau avait des allures de bureau de ministre. Jake eut l’impression que Wendell surestimait sa fonction et qu’une telle opulence ne pouvait avoir qu’un unique but : en mettre plein les yeux à ceux qui lui rendaient visite et les déstabiliser pour leur montrer que lui, Wendell, tenait les rênes. Tous les meubles de la pièce étaient en chêne massif, les fauteuils et le canapé en cuir, et l’immense lustre accroché au-dessus du secrétaire était doré à l’or fin. Le papier peint imprimé de petite feuilles vertes sur fond jaune illuminait la pièce dont l’ensemble était bien trop sombre au goût de Jake. Deux portes-fenêtres ouvraient sur une terrasse dominant un jardin rocailleux derrière lequel s’étalait une immense pelouse aux couleurs automnales. Wendell prit place dans son luxueux fauteuil de cuir et fit signe à Jake de faire de même.
- Je crois, Jake, que vous n’avez décidément pas saisi tout l’enjeu de notre établissement. Je vais donc tout reprendre depuis le début et vous verrez ensuite si tout les bâtons que vous nous mettez dans les roues en valent vraiment la peine ! expliqua Wendell d’une voix lénifiée.
- C’est la charité qui se fout de l’hôpital ! répliqua Jake en prenant une couleur rouge écarlate.
- Calmez-vous et écoutez-moi, répondit Wendell complaisamment.
- Tout ce que vous direz ne changera en rien mes positions !
- Vous avez toujours été borné Jake et ce n’est pas la puce que nous vous avons implantée dans le cerveau qui changera quoique ce soit à vos émotions, comme je peux le constater !
- Arrêtez vos sarcasmes et venez en aux faits qu’on en finisse une bonne fois pour toutes ! ajouta Jake d’un ton caustique.
- Votre fille et votre femme se trouvent ici même ! fit Wendell d’un ton serein en posant à plat les paumes de ses mains sur son bureau.
Jake faillit répondre qu’il était au courant et se ravisa au dernier moment. Wendell n’avait pas besoin de savoir qu’il avait inspecté les lieux.
- Nous envisagerons dès que possible des tests sur la petite Mandy. Elle est la seule à réagir positivement à une xénogreffe ! En outre nous soupçonnons Mandy d’avoir développé des anticorps contre le virus PERL.
- Qu’est-ce que vous me chantez là ! fit Jake exaspéré et bouillonnant de colère.
- Mon équipe a récemment découvert que certains patients étaient atteints du PERL et que ce virus est virulent dans le corps humain. Il s’avèrerait, d’après nos analyses que nous avons effectuées le mois dernier sur Mandy, qu’elle soit immunisée. Vous comprenez donc qu'elle est la candidate idéale dans cette affaire.
- Comment avez-vous pu manipuler ma fille sans mon consentement ! hurla Jake en prenant appui sur le bureau de Wendell et en le fusillant du regard.
- Je vous ai déjà tout expliqué Jake ! Parlons plutôt des tests que nous allons lui faire prochainement ! dit Wendell, les mains posées sur son bureau, en tournant machinalement ses pouces.
Le cerveau de Jake était en ébullition. Il était comparable à l’orage qui menaçait d’éclater dehors. Des nuages noirs s’amoncelaient à l’horizon balayant les premières lueurs rosées annonçant l’aube. Il ferait bientôt jour. Ce jour serait lugubre pour beaucoup de monde comme la tempête qui avançait doucement mais sûrement. Une pluie glacée d’automne se déversa sur la rocaille se répercutant tels des battements de tambour. Le vacarme dispersa quelques instants Jake qui tourna son regard vers la porte-fenêtre. Ce temps sinistre assombrit son moral déjà bien bas. Il finit par répondre à Wendell avec véhémence.
- De toute façon peu importe que je sois d’accord ou pas ! Vous allez utiliser ma fille dans un but purement lucratif et rien ne vous empêchera d’agir ! fit-il l’air courroucé. Et ne parlons pas de mon fils ! Vous êtes un être sans cœur et égoïste ! fulmina-t-il.
- Je ne crois pas que vous révéler l’existence de votre fils dans l’état dans lequel il se trouvait ait été pour vous une bonne chose, répondit-il pour se justifier.
- Mais qui êtes-vous donc pour décider à ma place de ce qui est bon ou pas ? Vous n’imaginez même pas ce que c’est que de perdre l’être de votre propre chair que vous avez aimé et chéri depuis sa naissance ! rétorqua Jake en commençant à perdre la maîtrise de lui-même.
- C’est là votre erreur, Jake. Figurez-vous que j’ai perdu moi-même ma femme et mon enfant du jour au lendemain dans un accident de voiture. Je peux tout à fait me mettre à votre place et imaginer ce que vous pouvez ressentir !
- Vous affirmez cela pour tenter de m'amadouer ! enchaîna Jake décontenancé.
Wendell prit le cadre photo qui trônait devant lui et lui montra d'une main tremblante sa femme et son fils Brice, quelques larmes ruisselant sur ses joues.
- J’ai vu votre fils le jour de votre accident. Il était totalement défiguré et brûlé au troisième degré. Je ne pense pas qu’un père ou une mère puisse supporter ce genre de spectacle. Vous n’auriez pas pu le tolérer et ses chances de survie étaient quasi nulles !
- Pourquoi lui avoir alors infligé autant de souffrances en lui greffant des tissus porcins ? demanda Jake, un regard de totale incompréhension.
- Je vais d’abord vous expliquer les raisons qui m ‘ont poussé à pratiquer des xénogreffes et vous comprendrez mieux ensuite ce qui m’a incité à sauver votre fils en dépit de son état désespéré.
Wendell lui narra dans tous les détails la souffrance qu’il avait ressentie à la mort de sa femme et de son fils, lui expliquant que sa femme aurait eu une chance de survivre si les xénogreffes avaient existé à cette époque. Sauver le fils de Jake était un devoir, une revanche contre le destin qui s’était acharné sur sa propre famille. Il voulait prouver qu’il était capable de sauver un cas en apparence sans espoir et redonner la joie de vivre à ses géniteurs, à savoir Jake et Alyssa. Wendell lui conta également que les freins de sa voiture avaient été trafiqués, que cette idée n’était pas de lui, qu’il n’avait jamais douté un instant que cet accident de voiture avait été provoqué volontairement. Wendell cherchait seulement à trouver un moyen d’empêcher Jake de tout dévoiler au grand jour lorsque celui-ci avait appris par hasard que l’A.S.Transplantation avait recours à des xénogreffes.
Jake, d’un naturel trop curieux, avait voulu savoir un jour pourquoi l’une de ses patientes était morte si soudainement et avait par conséquent entrepris des recherches sur le passé médical de la patiente et était tombé sur un dossier qu’il n’aurait jamais dû lire. A partir de ce moment, Wendell avait essayé en vain de le calmer dans ses ardeurs en lui révélant que sa propre fille avait été sauvée grâce une xénogreffe. Jake s’était momentanément apaisé mais son éthique avait repris le droit chemin et il avait décidé de révéler l’existence des xénogreffes au public. Wendell avait pris les menaces de Jake très au sérieux et en avait donc appelé au bon sens de Paul Steiner qui avait pris les choses en main pour mettre fin aux menaces de Jake. Steiner n’étant pas aussi sentimental que Wendell avait eu l’idée d’un accident de voiture qui passerait pour accidentel. Il voulait mettre un terme à l’existence de Jake. Ce dernier n’ayant eu qu’une légère commotion cérébrale, Steiner avait dû prendre de nouvelles mesures. Lors de son séjour à la clinique, il lui avait implanté une puce dans son cerveau. Suite à une commotion cérébrale, résultat des séquelles de l’accident, une opération chirurgicale avait été programmée et Steiner avait sauté sur l’occasion pour lui implanter la puce. Mais Wendell n’avait pas eu connaissance de cette implantation dont le but consistait à effacer certaines données du cerveau de Jake, notamment oublier son passé à l’A.S.Transplantation et le titre expérimental des xénogreffes. Cette puce dont Steiner se réservait le mérite était également une pure nouveauté dans le monde médical. Il n’avait aucune connaissance des effets à long terme, Jake étant le premier cobaye à la tester. En apparence Jake ne semblait pas développer d’effets secondaires mais Steiner espérait faire des analyses ultérieurement sur lui.
A cette époque, Wendell avait déploré la tactique de Steiner quand il avait appris inopinément l’implantation de cette puce, d’autant qu’il avait mis la vie de toute une famille en danger. Il n’approuvait pas les méthodes de Steiner mais il avait conscience que celui-ci parvenait toujours à ses fins. Pour cette raison, Wendell le gardait près de lui comme assistant, surtout en cette période où il était sur le point d’atteindre le paroxysme grâce aux xénogreffes. Jake n’avait pas vraiment tort quand il prétendait qu’il agissait par appât du gain même si au départ ce n’était pas ses réelles motivations.
D’une certaine façon, Jake ressentait de la compassion pour cet homme pour qui il n’avait eu que du mépris. Il ne restait pas indifférent à la souffrance que celui-ci avait endurée mais il ne pouvait lui pardonner d’avoir exploité sa famille dans le but d’assouvir sa soif de connaissances et de servir la science. On ne l’avait pas consulté, Jake avait été purement et simplement manipulé par une puce dont il ne connaissait pas les effets à longs termes et il ressentait tout simplement de la terreur. Il n’avait aucune idée de ce que lui réservait l’avenir, il avait peur pour Mandy, son fils qui était en mauvaise posture et il avait peur pour lui-même. Que se passerait-il s’il venait à disparaître ? Alyssa avait besoin de lui, elle n’était pas entièrement autonome depuis ce terrible accident qui lui avait presque coûté la vie. Cette idée lui était insupportable. Il avait failli perdre Alyssa pour des expérimentations médicales illégales dans le but de satisfaire la soif de quelques êtres immondes. Il prenait conscience aujourd’hui du poids de sa famille dans sa propre vie. Alyssa, Mandy et Julien étaient sa vie, sans eux il n’était rien. Même s’il exerçait un métier prestigieux qui lui permettait de sauver des vies, il savait désormais qu’il passerait plus de temps à la maison si le destin en décidait ainsi. Il était envahi de doutes, n’étant pas certain que sa famille sorte indemne de cette malheureuse expérience et cela le terrorisait plus que tout. Sauver sa famille coûte que coûte, était sa priorité !
Une fois que Wendell lui eut tout raconté dans les détails, Jake le dévisagea sans mot dire. Il était déstabilisé et son esprit était trop confus pour répondre avec dextérité. Wendell meubla finalement le silence, annonçant à Jake qu’il allait le conduire auprès de sa femme et de sa fille. Le regard de Jake s’illumina à l’annonce de cette nouvelle et s'assombrit aussi vite. Il craignait quelques manigances de sa part et se tint donc sur ses gardes, se montrant impassible.
- Quoique vous pensiez de nos méthodes, Jake, nous commencerons les tests sur votre fille aujourd’hui même ! dit Wendell tout à coup en prenant un air hautain.
Des éclairs de colère se lisaient dans le regard de Jake qui continua à se murer dans le silence.
- Ne vous inquiétez pas pour Mandy ! Nous veillerons à ce qu’elle ne manque de rien. Et n’oubliez pas qu’elle est notre patiente privilégiée. Elle est la seule à être en si bonne santé ! Enfin ! Tout cela je vous l’ai déjà dit ! Profitez à fond des heures que je vous offre auprès d’elle car son emploi du temps sera ensuite très chargé, ajouta Wendell une once d'ironie dans la voix.

extrait du chapitre 14

Samedi 29 Octobre, 14 heures


Flavie examinait les papiers d’identité du dernier passager quand elle vit le portrait robot que lui tendait Michael, l’un des vigiles de l’aéroport de Denver. Elle observa minutieusement le portrait qui la laissa indifférente. Elle le rendit à Michael et se dirigea vers la cafétéria pour y boire une tasse de café et se prélasser un moment. Elle s’installa à l’une des tables et alluma sa première cigarette de la journée. Elle en avait grandement besoin ; elle n’avait pas eu le moindre répit depuis son arrivée tôt ce matin. Elle étendit les jambes sous la table, fuma une première bouffée qu’elle transforma en une volute de fumée. Elle fit durer sa cigarette pour en savourer tous les délices se plongeant dans une réflexion passive. Elle se remémora brièvement sa matinée, se souvint de quelques passagers grincheux et sa réflexion s’arrêta sur l’un des passagers dont l’attitude lui avait semblé différente des autres. En se rappelant son visage, elle mit sa main devant sa bouche et écarquilla les yeux. Le type qui lui avait paru nerveux, regardant sans cesse sa montre, sautillant d’un pied sur l’autre, était en fait le type du portrait robot qu’elle avait examiné quelques instants plus tôt. Elle but d’un trait son café, paya la note et se rua vers Michael qui continuait sa ronde dans le hall de l’aéroport.
- Michael ! cria-t-elle à son intention.
- Oui ! répondit-il.
- Tu pourrais me remontrer le portrait robot ?
- Pourquoi ? Tu as croisé ce type ce matin ? fit-il d'un ton suspicieux.
- Je suis quasi certaine que l’un des passagers du vol 348 était ce type ! s’exclama-t-elle tout excitée.
- Tu en es sûre ? demanda-t-il en plongeant son regard dans le sien.
- A ton avis ? Pourquoi te demanderais-je le portrait robot alors ?
- Désolé, Flavie ! Je ne voulais pas t’offusquer.
- Tu ne m’offusques absolument pas ! Mais grouille toi l’avion décolle dans un quart d’heure !
- Attends-moi ici ! Je vais le chercher. Je l’ai laissé à l’accueil !
- Je viens avec toi !
- Si tu veux.
Deux minutes plus tard, Flavie avait à nouveau le portrait robot en main et affirmait avec certitude que le type sur la photo était bien celui dont elle avait examiné les papiers une heure auparavant. Michael appela du renfort sur son talkie-walkie et une horde de vigiles envahit le hall en un temps record.


Thomson Spencer alias Paul Steiner regardait au travers du hublot, l’air songeur. Toute son existence se déroulait là, devant ses yeux, comme un album photo que l’on feuillette. Il considérait sa vie étant bien remplie et n’avait aucun regret même s’il devait encore fuir ce monde d’incompétents, incapables de sélectionner les meilleurs éléments parmi les humains pour sauver l’avenir de l’humanité. Depuis vingt ans désormais, il s’acharnait à sauver des vies pour ceux qui le méritaient. Il avait commencé sa vie de jeune adulte dans un hôpital militaire en tant que simple aide-soignant. Très rapidement, il avait constaté qu’il ne servait à rien de s’obstiner à sauver des malades dont le destin n’apporterait rien de louable à l’humanité. Ces individus seraient un fardeau pour la société, et rien de plus. C’est ainsi qu’à cette époque, une idée avait germé dans son esprit. Il avait mûrement réfléchi à la situation de ces pauvres estropiés de guerre qui ne pourraient plus remarcher normalement un jour et seraient dans l’impossibilité de mener une existence normale car ils étaient mentalement atteints, conséquence des atrocités de la guerre.
Paul avait imaginé un scénario très simple dans lequel il éliminait ceux dont le corps et l’esprit étaient touchés. Ayant accès à la pharmacie de l’hôpital, il avait concocté un mélange foudroyant qu’il injectait dans les perfusions , entraînant un arrêt cardiaque dans l’heure qui suivait. La mort était inéluctable ! En mettant fin à leur misérable existence, il leur donnait l’occasion d’alléger leur souffrance et de servir l’humanité en faisant don de leurs organes. Ces victimes étaient certes devenues un fardeau pour la société mais il n’en résultait pas moins que certains de leurs organes étaient parfaitement sains ! Paul était ainsi intimement convaincu qu’il avait contribué au bien de l’humanité en prélevant des organes sur ces victimes pour sauver un homme qui en valait la peine. Selon sa propre définition, l’homme idéal était celui qui ne connaissait aucune faiblesse, aussi bien sur le plan mental que sur le plan physique ! Ce n’était pas parce que l’un de ses organes était momentanément défaillant qu’il fallait pour autant le considérer hors service. En revanche, il concédait qu’un homme à qui il manquait une case ou un de ses membres, n’avait aucun intérêt à vivre.
Grâce à quelques connaissances spécialisées en médecine, il avait pu sauver des centaines de personnes qui auraient succombé sans une greffe immédiate. Il avait réussi à faire fonctionner ce système durant trois ans, le temps de son séjour à l’hôpital militaire. Ensuite, les choses s’étaient un peu gâtées car on l’avait soupçonné d’avoir intenté à la vie de pauvres innocents. Mais sans preuves tangibles, l’affaire était tombé à l’eau et il fut libre comme l’air. Il décida de monter sa propre affaire en mettant sur le marché des organes à disposition pour amasser une petite fortune. Il ne lui restait plus qu’à trouver l’art et la manière de faire fleurir cette affaire.
En faisant le tour du monde, il sélectionna un type d’individus issus des bas milieux, d’aucune utilité pour la société ! Bien au contraire ! Il décida de les exploiter à leur détriment en leur proposant des sommes misérables en échange de l’un de leurs organes. D’excellents organes qui pourraient servir à des personnes d’un statut honorable, se dit Paul en se frottant les mains, un rictus au coin des lèvres. Au début, il se mit à agir avec plein d’égards pour ces gens en leur évitant toute souffrance inutile, puis il avait pris l’habitude, avec le temps, d’être de moins en moins sensible. Il ne voyait pas pourquoi il devrait s’apitoyer sur leur vie insignifiante ! Ils étaient condamnés à errer toute leur vie comme des âmes en peine. Il diminua ainsi les coûts en se montrant moins attentionné si bien que ses affaires fructifièrent plus vite. Il ne se donna plus la peine de prodiguer les soins nécessaires à ses victimes, les prélèvements d’organes se firent dans des conditions inhumaines, laissant Paul totalement indifférent. Ses premiers remords laissèrent place à l’avidité et à la conquête du monde. Tout ce qui lui importait désormais était de concevoir un monde dans lequel ne régneraient que des individus de première classe, des individus dont le QI serait supérieur à la norme et pourvu d'un corps résistant à toutes sortes d’attaques tels que des virus mortels.
L’un de ses collaborateurs l’avait traité de cinglé en lui montrant que sa théorie d’une société composée d'êtres humains parfaits était irréaliste. Paul l’avait regardé droit dans les yeux, de son regard perçant et intransigeant. Willy, son collaborateur, avait paniqué en voyant cette lueur glaciale traverser les pupilles de Paul et avait préféré s'échapper de l'emprise de ce nouveau Satan ! Il n’avait plus donné signe de vie, craignant que Paul exploite son propre corps pour en faire don aux hommes méritants comme il aimait à le répéter !
Ces souvenirs firent sourire Paul intérieurement. Il se sentait flatté de se sentir aussi invulnérable. Son sourire se métamorphosa en un hideux rictus à la vue des vigiles qui couraient d’un pas vif, mitraillette en main, sur la piste d’atterrissage en direction de l’avion dans lequel il siégeait. Il pressentit un mauvais présage si bien qu’il tint fermement l’arme glissée dans la poche gauche de son pantalon. Il se tenait prêt à agir et à la dégainer si les circonstances l’exigeaient. Il eut à peine le temps de rassembler ses esprits que les vigiles étaient déjà dans l’allée centrale de l’avion à vérifier les papiers d’identité de tous les passagers et à scruter le visage de chacun comme s'ils cherchaient une personne en particulier. En l’espace de deux secondes, le cœur de Paul fit un bond dans sa poitrine, il venait de comprendre l’enjeu de la situation. C’était lui qu’on recherchait ! Il le comprit à la lueur des yeux de l’un des vigiles quand il croisa son regard. Ce dernier glissa en effet quelque chose à l’oreille de son collègue, le scrutant avec ostentation, et les deux hommes s’approchèrent de lui d’un pas décidé.
montrer vos papi- Bonjour Monsieur ! Auriez-vous l’amabilité de nous ers ?
Les mâchoires de Paul se crispèrent mais il réussit à maîtriser la panique qui s’emparait de son corps. Il sortit ses papiers de la poche intérieure de sa veste en velours, saisit l’occasion pour prendre discrètement l’arme cachée dans son pantalon et tendit ses papiers au vigile qui les examina avec le plus grand soin.
- Je vous demanderai de bien vouloir nous suivre Monsieur, fit-il d’un ton comminatoire en pointant sa mitraillette sur l’épaule de Paul.
Paul fit mine de se lever et braqua, sans prévenir, son arme sur la tempe de son voisin de voyage pour le prendre en otage. Celui-ci eut le visage déconfit, son teint rubicond se transforma en un teint blafard et il fut sur le point de tomber en pâmoison en voyant l’arme pointé sur lui. Paul le retint de justesse et l’empoigna fermement par le bras droit. Les vigiles étaient pantois, ne sachant comment faire face à cet imprévu. Ils essayèrent de calmer Paul en lui affirmant qu’il ne s’agissait que d’un contrôle de routine, espérant intérieurement qu’il finirait par laisser tranquille cette pauvre victime qui n’avait strictement rien à voir avec cette affaire. Une tension croissante se lut sur le visage de Paul, il commençait à s’impatienter alors les vigiles comprirent rapidement qu’ils n’obtiendraient aucune faveur de sa part.
Deux vigiles qui se profilaient discrètement au fond de l’avion s’approchèrent à pas de velours de Paul, toujours la mitraillette en main, ils voulaient le déstabiliser en lui prenant son arme. Paul sentit le coup venir, il se retourna brusquement et tira sur le vigile. La balle atteignit la tête de celui-ci qui sentit un voile diaphane s’abattre devant ses yeux et s’écroula. Le crâne éclata en une gerbe de sang, d’os et de matière cérébrale. Les passagers, pétrifiés, poussèrent des hurlements de terreur, se précipitant vers la sortie et se bousculant les uns les autres tandis que les vigiles, blancs comme un linge, regardaient le spectacle effroyable de leur collègue qui n’était plus qu’un geyser de sang.
Paul profita de cet interlude pour s’éclipser de l’avion. C’était sa dernière chance d’échapper aux autorités. En le voyant prendre la fuite, plusieurs vigiles se mirent à le poursuivre, sans résultat. Paul avait réussi à les semer en se camouflant à l’intérieur d’une remorque à bagages qui se dirigeait vers le hall de l’aéroport.